Des nouvelles de Mae Woei : mai 2012

Par Claire Scaramus, volontaire à Mae Woei Clo depuis le mois de décembre 2011. Claire initie la création d’un atelier de couture pour la coopérative. 

Ce mois ci a été marqué par la rentrée des classes. On sent vraiment que la vie du village est de nouveau rythmée par la scolarité des enfants. Avec ça, l’arrivée des pluies que l’on attendait avec impatience : la chaleur était devenue insoutenable. Marie et Vincent Roqueplo sont venus quelques jours à Mae Woei pour faire un reportage sur la coopérative. Interviews de Porimoh, Posemoh et Kitirot, à l’aise devant la camera qu’ils n’avaient pourtant jamais vue. Ils ont ainsi pu parler de leur travail, de leur motivation, échanges très intéressants.

Lorsqu’on demande à Kitirot comment il envisage son avenir au sein de la coopérative, il répond qu’il aimerait y travailler toujours et étendre ce projet à d’autres villages. Il aimerait que le monde connaisse les Karens et ses savoir-faire comme le tissage, partie intégrante de leur culture. Porimoh remercie le Père Alain de leur apporter de nouveaux métiers dans le village et dit que si les karens avaient des sources de revenu, cela éviterait la déforestation pour faire la rizière. Ils pensent aussi que ce projet aide à la sauvegarde de leur culture.

J’apprends qu’hier, lors d’une réunion des villageois avant l’élection des Obautos (fonctionnaire qui s’occupe de l’aménagement du terrain, des routes…), leur chef a posé beaucoup de questions sur la coopérative et aurait dans l’idée de reproduire le projet dans d’autres villages de la montagne. Il a beaucoup entendu parler de la coopérative qui commence a être connue de tout le secteur.

L’atelier couture marche toujours aussi bien. La marque de nos créations s’appellera Takinya (ce qui, en karen, signifie « tissu », « tissage »). Les produits réalisés sont de plus en plus difficiles mais les couturières ne se découragent pas et progressent rapidement. Nos conditions de travail ne sont pas toujours évidentes : chaleur, manque de lumiere parfois, machines pas très bonnes (heureusement que Posepah est toujours là pour nous les réparer !), fers a charbon moyenâgeux, trop chauds ou vite froids…

On espère que vous avez recu notre début de production en France et que les créations seront appréciées. Voilà maintenant trois mois que les femmes se forment a la couture, elles devraient commencer à toucher un revenu sur leurs produits le mois prochain. Revenu qui sera bien apprécié, par Semuklemo entre autres, qui vit dans une toute petite maison de bambou et qui élève seule sa fille, sans aide de personne. La courageuse a refait son toit de feuilles seule et tisse sur son temps libre pour avoir un peu d’argent.

Porimoh en plein travail

Nous travaillons aussi sur la pérennité du projet afin que l’atelier continue à tourner après mon depart. Bleshri, qui vient de finir ses études et qui est rentrée au village, a été employée par la coopérative et est formée à la coordination de l’atelier de couture. Elle a déjà appris à calculer le coût de revient d’un produit, sera formée à la comptabilité, c’est elle qui jugera (avec Kitirot et moi) de la qualité des produits, paiera les couturières chaque semaine, tiendra le cahier de production, sera le lien entre Mae Sot et Mae Woei, portera la production, achètera la mercerie dont les couturières auront besoin, prendra les commandes auprès des volontaires… il reste sept mois pour la former à tout ça. Je vais préparer aussi petit a petit les couturières à leur autonomie, je vais les laisser petit à petit coudre seules et observer là où elles rencontrent des difficultés. Petit à petit, une partie de la production de la filière de commerce équitable Esprit Karen faite a Mae Sai et vendue en France, sera sous-traitée à Mae Woei.

Encore merci à tous pour votre soutien et rendez-vous le mois prochain pour d’autres nouvelles !

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Un atelier de couture

Claire Scaramus, volontaire à MaeWoeiClo

 

 La formation Couture a commencé ! 

J’ai acheté tout le matériel pour commencer la formation (restent encore une machine à coudre, une armoire, un fer et une planche à repasser).  Mi-janvier, nous avons fait une réunion avec les femmes qui aimeraient se lancer dans la couture.  Après avoir pris connaissance du projet, des règles d’engagement… elles ont eu un temps pour réfléchir et parler ensemble, puis nous nous sommes à nouveau réunies.  Plusieurs aimeraient apprendre mais ont des enfants en bas âge avec personne pour les garder.

Pendant la réunion : “moi j’ai une question ! Est-ce qu’on pourra mâcher du bétel ? Non, mais parce que moi je ne tiendrai jamais une matinée sans chiquer !» Si ça ne tient qu’à ça … on peut chiquer !

In fine, quatre couturières : Pojimo (la chiqueuse), Tjepomo, Hkupomo et Semuklemo.

Une belle table de coupe a été faite par Emoupah ; nous avons acheté en plus une grande armoire de rangement à un thaï vendeur ambulant (visite rarissime). L’armoire a un grand miroir, quand les villageoises sont venues le dimanche chercher du fil, toutes riaient de se voir, parfois peut-être pour la première fois, en pied dans notre armoire !

Toutes sont très motivées, ponctuelles, appliquées, engagées. Un début qui promet.

Pourquoi une formation couture ? 

La création d’un atelier de couture au sein de la coopérative répond à des besoins locaux forts :

  1. Minimiser les coûts de la coopérative et les délais de production : la transformation des tissus se fait sur place, et la coopérative économise le temps et l’argent qu’elle investit pour se rendre à MaeSaï.
  2. Proposer une formation professionnalisante à des jeunes femmes : contrairement au tissage, la couture leur permet d’acquérir un savoir faire professionnel qu’elles pourront valoriser dans la vallée, si elles éprouvent le désir de quitter leur village.
  3. Participer à la pérennité de la coopérative : la coopérative internalise la transformation des tissus, et s’affranchit d’un intermédiaire extérieur. Le projet d’atelier de couture contribue à valoriser les savoir-faire traditionnels (le tissage) et à proposer de nouvelles sources de revenus aux femmes.
  4. Favoriser le lien social : les plus jeunes transforment le tissu de leurs mères ou de leurs grands-mères.

Cinq personnes … c’est tout ? 

Le projet est testé à une micro-échelle pendant un an. C’est de cette manière que nous aimons développer de nos projets : si le projet répond à un besoin fort, il se développera ; si c’est une erreur d’appréciation, il ne se poursuivra pas, et les dépenses auront été minimisées.

En savoir plus sur l’atelier de couture …