Dernières semaines de Claire à MaeWoei

– Par Claire Scaramus, volontaire Terres Karens à Mae Woei Clo –

Bonjour a tous,

Je reviens vers vous pour une dernière newsletter, début décembre ma mission se terminera.

Novembre : la récolte du riz

Ce mois ci, les Karens sont allés couper le riz, ils sont plutôt contents, la récolte est bonne. Travail harassant, il fait chaud, les sangsues vous grimpent sur les jambes, les plans entaillent les mains et donne des démangeaisons sur les bras, les insectes piquent, mal au dos…le riz coupe, il faut ensuite le battre pour en récolter les grains, puis le redescendre a dos d homme au village. Ensuite il faudra le piler pour le séparer de sa coque, puis le tamiser. Les villageois arrivent au bout de leur réserve de bois, les femmes reviennent chaque jour avec de lourds fagots sur le dos. Chaque jour il faut aussi aller chercher à manger dans la jungle, laver le linge à la rivière, aller chercher et préparer la bouffe pour les cochons, s’occuper des enfants…pas de repos pour un Karen.

Il n y a presque plus de manioc dans la forêt, l’activité tissage a donc un peu repris, mais sans être à fond puisque les femmes vont à la rizière pour la récolte.

Dernières nouvelles de l’atelier de couture

Les 4 couturières ont décidé de s’acheter une machine à coudre. L’une d’entre-elles veut en acheter une neuve, les autres rachèteront à moitie prix nos anciennes machines, elles paieront de manière échelonnée. Durant ces dernières semaines, nous en profitons pour apprendre a créer un produit d’après photo, revoir les produits dont elles ne sont pas sures de se souvenir, traduire en Karen le cahier de patrons et ses fiches techniques et aussi passer du bon temps ensemble comme une journée pêche, cueillette et pique-nique dans la jungle.

Quelle chance j’ai eu de travailler avec ce groupe de femmes ! Elles ont accompli un travail formidable en 10 mois de formation, sont restées engagées, appliquées, motivées jusqu’au bout, elles ont défait et refait leur ouvrage des centaines de fois sans jamais râler ni se décourager, le résultat de leur persévérance est là aujourd’hui. Leur niveau est très satisfaisant et, surtout, elles sont autonomes, grâce entre autres à la belle entraide et complémentarité qu’il y a entre elles. L’arrivée de Bleshri dans le groupe est une chance, elle va assurer la pérennité du projet grâce à son travail de gestion et de coordination.

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Merci !

Une merveilleuse année passée avec les Karens, à partager leur quotidien, leurs joies, leurs peines, leurs traditions. La vie en immersion dans le village et dans leur culture a été pour moi une expérience humaine très profonde. Ici on est dans l instant, dans le cœur à cœur, dans le vrai. Un grand merci au Père Alain et à Terres Karens de m’avoir soutenue dans ce projet, à l’école Sainte Louise et sa coopérative d’élèves (Paris) qui nous ont donné les fonds pour le démarrer et à tous les villageois de Mae Woei, pour m’avoir accueillie avec tant de gentillesse et de générosité dans leur village, leur maison et leur cœur.

Jean Baptiste qui me succède est arrivé, je lui souhaite autant de bonheur que tout ce que j’ai vécu ici et plein de courage et d’énergie pour poursuivre ce beau projet.

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Des nouvelles de Mae Woei : mai 2012

Par Claire Scaramus, volontaire à Mae Woei Clo depuis le mois de décembre 2011. Claire initie la création d’un atelier de couture pour la coopérative. 

Ce mois ci a été marqué par la rentrée des classes. On sent vraiment que la vie du village est de nouveau rythmée par la scolarité des enfants. Avec ça, l’arrivée des pluies que l’on attendait avec impatience : la chaleur était devenue insoutenable. Marie et Vincent Roqueplo sont venus quelques jours à Mae Woei pour faire un reportage sur la coopérative. Interviews de Porimoh, Posemoh et Kitirot, à l’aise devant la camera qu’ils n’avaient pourtant jamais vue. Ils ont ainsi pu parler de leur travail, de leur motivation, échanges très intéressants.

Lorsqu’on demande à Kitirot comment il envisage son avenir au sein de la coopérative, il répond qu’il aimerait y travailler toujours et étendre ce projet à d’autres villages. Il aimerait que le monde connaisse les Karens et ses savoir-faire comme le tissage, partie intégrante de leur culture. Porimoh remercie le Père Alain de leur apporter de nouveaux métiers dans le village et dit que si les karens avaient des sources de revenu, cela éviterait la déforestation pour faire la rizière. Ils pensent aussi que ce projet aide à la sauvegarde de leur culture.

J’apprends qu’hier, lors d’une réunion des villageois avant l’élection des Obautos (fonctionnaire qui s’occupe de l’aménagement du terrain, des routes…), leur chef a posé beaucoup de questions sur la coopérative et aurait dans l’idée de reproduire le projet dans d’autres villages de la montagne. Il a beaucoup entendu parler de la coopérative qui commence a être connue de tout le secteur.

L’atelier couture marche toujours aussi bien. La marque de nos créations s’appellera Takinya (ce qui, en karen, signifie « tissu », « tissage »). Les produits réalisés sont de plus en plus difficiles mais les couturières ne se découragent pas et progressent rapidement. Nos conditions de travail ne sont pas toujours évidentes : chaleur, manque de lumiere parfois, machines pas très bonnes (heureusement que Posepah est toujours là pour nous les réparer !), fers a charbon moyenâgeux, trop chauds ou vite froids…

On espère que vous avez recu notre début de production en France et que les créations seront appréciées. Voilà maintenant trois mois que les femmes se forment a la couture, elles devraient commencer à toucher un revenu sur leurs produits le mois prochain. Revenu qui sera bien apprécié, par Semuklemo entre autres, qui vit dans une toute petite maison de bambou et qui élève seule sa fille, sans aide de personne. La courageuse a refait son toit de feuilles seule et tisse sur son temps libre pour avoir un peu d’argent.

Porimoh en plein travail

Nous travaillons aussi sur la pérennité du projet afin que l’atelier continue à tourner après mon depart. Bleshri, qui vient de finir ses études et qui est rentrée au village, a été employée par la coopérative et est formée à la coordination de l’atelier de couture. Elle a déjà appris à calculer le coût de revient d’un produit, sera formée à la comptabilité, c’est elle qui jugera (avec Kitirot et moi) de la qualité des produits, paiera les couturières chaque semaine, tiendra le cahier de production, sera le lien entre Mae Sot et Mae Woei, portera la production, achètera la mercerie dont les couturières auront besoin, prendra les commandes auprès des volontaires… il reste sept mois pour la former à tout ça. Je vais préparer aussi petit a petit les couturières à leur autonomie, je vais les laisser petit à petit coudre seules et observer là où elles rencontrent des difficultés. Petit à petit, une partie de la production de la filière de commerce équitable Esprit Karen faite a Mae Sai et vendue en France, sera sous-traitée à Mae Woei.

Encore merci à tous pour votre soutien et rendez-vous le mois prochain pour d’autres nouvelles !

Des nouvelles de Claire ! Mars 2012

Claire Scaramus, volontaire à Maewe

Voila quelques nouvelles toutes fraîches arrivant de Mae Woei ! Enfin, toutes fraîches … Il commence a faire bien chaud !

Ca y est : les villageois ont brûlé les terres pour faire la rizière. Ce jour-là personne ne tisse : les anciens disent que ça apporterait de mauvais presages pour la riziere.

Ce sont maintenant les grandes vacances, les enfants sont heureux et passent leur journée à se baigner dans la rivière, à pêcher, à s’amuser, ce qui n’empêche pas leurs mères de travailler. C’est aussi l’époque où les villageois refont leurs toits de feuilles avant l’arrivée de la saison des pluies, l’époque des réserves de bois et des mariages.

La cooperative fonctionne bien et les tisserandes ont du travail. Elles sont une quinzaine à Maewe à tisser toutes les semaines et demandent du fil avec impatience. L’autre jour, alors que je m’étais absentée pour aller refaire faire mon visa,  que je revenais d’une longue route, à peine un pied dans la maison et les villageoises m’ont alpaguées, réclamant du fil pour tisser. Elles ne me ménagent pas !

Claire et les tisserandes, dans le magasin coopératif de fil

Une trentaine de lés sont donc tissés par semaine, parfois plus, sans compter les autres vilages. Kitirot est vigilant sur la qualité des tissages. Nous avons essayé de trouver des moyens pédagogiques pour expliquer à celles qui ne connaissent pas les mesures, la largeur des frises… pour les tissus de Laure, qui est venue cette semaine.

L’autre jour, une femme me racontait que des villageoises de Mepohki (un village voisin, à deux heures de marche) ont voulu aller acheter leur fil à Mae Tan (la grande ville la plus proche, à 90 kilomètres). Elles ne l’ont pas trouvé de bonne qualite et, sont donc revenues a Mae Woei pour faire leurs achats en disant qu’elles préféraient le fil de la coopérative. La bonne blague !

A mon avis il va y avoir plus de femmes qui tisseront le mois prochain avec le retour au village, pour les vacances, des jeunes filles qui étudient à la ville.

L’atelier couture fonctionne bien ! Ca y est,la quatrième machine à coudre a été achetée, elles ont donc maintenant chacune leur outil de travail.

La quatrième machine à coudre, en route pour la montagne

Les couturières progressent chaque jour et restent motivées et investies. Elles ont fait une jolie production joyeuse et colorée que l on vous enverra pour la vente de Mai. Il a été décidé que les couturières pourraient continuer à tisser une fois qu’elles commenceront à toucher un revenu sur la vente des produits. Elles sont quatre, s’entendent bien, se complètent et s’entraident.

Porimoh en plein travail

Maintenant que l’atelier a commencé, d’autres voudraient venir apprendre mais nous manquons de place. L’une des couturieres a décidé de s’acheter une machine pour coudre chez elle, une autre le prévoit aussi.

J’ai prévu d’organiser des cours le samedi pour les villageoises de Mae Woei qui aimeraient venir apprendre en dilettantes, et coudre par exemple leurs jupes.

Bientôt Sonkran, la fête de l’eau, des jours fériés à respecter, qui vont me permettre de partir me promener.

Tout va bien, je suis toujours aussi heureuse !

En savoir plus sur le projet d’atelier de couture 

Plus de photos du mois de mars

Un atelier de couture

Claire Scaramus, volontaire à MaeWoeiClo

 

 La formation Couture a commencé ! 

J’ai acheté tout le matériel pour commencer la formation (restent encore une machine à coudre, une armoire, un fer et une planche à repasser).  Mi-janvier, nous avons fait une réunion avec les femmes qui aimeraient se lancer dans la couture.  Après avoir pris connaissance du projet, des règles d’engagement… elles ont eu un temps pour réfléchir et parler ensemble, puis nous nous sommes à nouveau réunies.  Plusieurs aimeraient apprendre mais ont des enfants en bas âge avec personne pour les garder.

Pendant la réunion : “moi j’ai une question ! Est-ce qu’on pourra mâcher du bétel ? Non, mais parce que moi je ne tiendrai jamais une matinée sans chiquer !» Si ça ne tient qu’à ça … on peut chiquer !

In fine, quatre couturières : Pojimo (la chiqueuse), Tjepomo, Hkupomo et Semuklemo.

Une belle table de coupe a été faite par Emoupah ; nous avons acheté en plus une grande armoire de rangement à un thaï vendeur ambulant (visite rarissime). L’armoire a un grand miroir, quand les villageoises sont venues le dimanche chercher du fil, toutes riaient de se voir, parfois peut-être pour la première fois, en pied dans notre armoire !

Toutes sont très motivées, ponctuelles, appliquées, engagées. Un début qui promet.

Pourquoi une formation couture ? 

La création d’un atelier de couture au sein de la coopérative répond à des besoins locaux forts :

  1. Minimiser les coûts de la coopérative et les délais de production : la transformation des tissus se fait sur place, et la coopérative économise le temps et l’argent qu’elle investit pour se rendre à MaeSaï.
  2. Proposer une formation professionnalisante à des jeunes femmes : contrairement au tissage, la couture leur permet d’acquérir un savoir faire professionnel qu’elles pourront valoriser dans la vallée, si elles éprouvent le désir de quitter leur village.
  3. Participer à la pérennité de la coopérative : la coopérative internalise la transformation des tissus, et s’affranchit d’un intermédiaire extérieur. Le projet d’atelier de couture contribue à valoriser les savoir-faire traditionnels (le tissage) et à proposer de nouvelles sources de revenus aux femmes.
  4. Favoriser le lien social : les plus jeunes transforment le tissu de leurs mères ou de leurs grands-mères.

Cinq personnes … c’est tout ? 

Le projet est testé à une micro-échelle pendant un an. C’est de cette manière que nous aimons développer de nos projets : si le projet répond à un besoin fort, il se développera ; si c’est une erreur d’appréciation, il ne se poursuivra pas, et les dépenses auront été minimisées.

En savoir plus sur l’atelier de couture …