Périple en Terres Karens.

— Paul, volontaire MEP en Thaïlande depuis 9 mois est arrivé en novembre dans le village de Maetowo. Il remplace ainsi Thaïs et Clément dans le suivi des projets de Terres Karens en Thaïlande, mais depuis un nouveau lieu de mission. Au revoir Maesot, welcome à Maetowo. Il vous fait part de ses premiers jours au service des Karens —

Mi-septembre, j’arrive à Maetowo pour prendre la suite de Clément et Thaïs sur le suivi des projets de Terres Karens en Thaïlande. La nuit en bus depuis Bangkok, l’arrivée au petit matin à Mae Sod puis les 3 heures de Songteo n’ont pas douché mon enthousiasme. Après 9 mois au Siam, c’est normal pour moi.

Maetowo, petit village qui borde la Moei, frontière avec la Birmanie qui est pour ainsi dire, au bout du jardin. C’est aussi le dernier point logistique avant de s’élancer vers Mae Sariang et les nombreux villages Karens qui parsèment les montagnes. Mae Woei Clo en fait partie, excentré, isolé, mais centre de gravité pour Terres Karens. L’épicentre de l’activité s’y trouve, bien que la mise en place de tissage à Ponouyapou suit son cours.

Me voici donc à passer du temps à Maetowo, découvrir ce nouvel environnement, et les enfants du centre. A peine quelques jours passent et le Père Alain (co-fondateur de Terres Karens) me récupère pour aller à Mae Woei, profitant ainsi de sa voiture pour aller travailler sur place. Ces dernières étant rares, il faut saisir les occasions à moins de faire les 13 km de piste à pied ! Voulant arriver dans la plus grande discrétion, le Pado s’est raté sur ce coup ! Le mystère entourant la date de sa venue a été éventée par les villageois, et ce sont les grands honneurs qui l’attendent. Arrivée à dos d’éléphants, tradition réservée aux grandes occasions, puis discours des différentes personnalités locales : le chef de village, le chef chrétien, les catéchistes, les professeurs, les enfants qui chantent… Grande joie de voir son pasteur de retour au bercail, pour s’occuper de ses ouailles.

Après une journée bien festive, le lendemain le travail commence. Il s’agit de mettre au clair un certain nombre de points avec Quentin, volontaire MEP sur place, et qui est en quelques sortes mes yeux et mes oreilles à Mae Woei. Le fonctionnement de Terres Karens n’est pas toujours très parlant puisqu’il s’agit de laisser les Karens gérer au maximum le projet, ce qui implique des procédures de prime abord peu orthodoxes, mais surtout adaptées au contexte local. Car c’est cela qui est important : Permettre aux Karens d’acquérir de l’autonomie sur le projet.

Quentin, jeté dans le bain rapidement, apprécie de pouvoir mieux comprendre son rôle et le fonctionnement plus général de Terres Karens. C’est pour moi l’occasion de toucher du doigt un certain nombre de réalités importantes à connaitre. L’atelier et ses machines à pédale, les types de fils, la technicité différente des lés, et mille autres contraintes inconnues pour le néophyte que je suis dans le tissage traditionnel. De longues discussions avec Philimo sur l’organisation de l’atelier, de la production de lés, en anglais – Karen – thaï ; on fait comme on peut ! Et puis des idées qui germent pour plus tard, les couturières qui me montrent comment elles réalisent tel ou tel article… Passionnant et indispensable que de passer plusieurs jours dans cet atelier à observer, questionner, écouter ces femmes qui ont un savoir-faire pour moi inaccessible ! Contrôles de la qualité, point sur la comptabilité, sur les besoins futurs, les accessoires, la production qui va arriver, tout y passe. Revue complète afin de s’assurer que tout le monde a les mêmes informations entre la coopérative / Quentin et moi. De ce fait, nous pouvons envisager la suite sereinement.

Le village de Mae Woei, niché au fond d’une vallée, baigné par une rivière, offre des panoramas somptueux. Quelle chance de se réveiller chaque matin avec cette vue à couper le souffle et le soleil qui perce doucement les fines rainures des volets de la maison. Baignade dans la rivière, au grand air pour se réveiller, c’est bien mieux que la douche à la maison. Pas de problème de débit ! Et puis le dénivelé pour se rendre vers les rizières à flanc de collines vous assurent une forme olympique. Quelques promenades avec Quentin agrémentent mon séjour et permettent de souffler entre le travail à l’atelier & les séances photos réclamées par Paris. Ajoutez à cela le Pado qui vous dresse une liste de choses à réparer impressionnante, il y en a un qui ne va pas chômer prochainement !

Un village Karen, c’est aussi une vie communautaire forte. Par 2 fois je suis invité à venir prier dans la maison de villageois, invitation large à laquelle une bonne cinquantaine de personnes répondent à chaque fois. Les motifs sont divers, mais obéissent à la même règle : lorsque l’on a un évènement particulier, on invite ses voisins à prier chez soi.

Dans la pénombre j’entre dans ces grandes maisons au volume impressionnant. L’entrée est haute, une ampoule faiblarde éclaire la pièce. A l’étage, un coin prière éclairé par des bougies, devant lequel l’assistance se rassemble. Chants en Karen, Je vous salue Marie, bénédiction par le Père. La simplicité avec toute la beauté que cela comporte. Et comme il suffit d’être rassemblé au nom du Seigneur pour qu’il soit là, rien n’empêche de prier avec simplicité.

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Après une semaine, il est temps de quitter Mae Woei, pour y revenir d’ici quelques semaines. Mae Sod m’appelle pour quelques jours de travail intensif ! Courses pour prendre contact avec les interlocuteurs ad hoc, réception de lés, envoi de certains lés pour production, envoi de produits, réflexions sur les futures commandes, jointure avec Esprit Karen Bangkok… Les journées sont intenses et je passe même 2 jours de plus sur place qu’imaginé. Je remonte ensuite à Mae Tan pour me diriger à Ponouyapou.

Ponouyapou est un village à quelques km de Mae Tan, à mi-chemin entre Mae Sod et Maetowo. Accessible en toutes saisons, le centre surplombe la vallée avec une vue à couper le souffle sur les rizières en contrebas. C’est ici qu’en avril, un second pool de tissage a été initié. La demande augmentant, il s’agit de trouver de nouvelles tisserandes puis, à terme, d’arriver à créer un atelier à Ponouyapou également. Guillaume, volontaire depuis 6 mois, achète chaque semaine les lés tissés puis les fait parvenir à Mae Sod. Il s’agit donc de contrôler la qualité et la taille, pour s’assurer que le prix payé correspond au travail demandé ! Un rôle important pour le développement de ce pool de tissage. Guillaume termine son temps de volontariat et est remplacé par Sébastien qui restera un an. Ce changement nous a permis de bien mettre d’équerre le fonctionnement et ce que j’attendais des tisserandes ici, ainsi que du futur. Inventaire du fil restant, reconstitution de pelotes, vérification des comptes et du mode de fonctionnement. Tout y passe et il n’y a rien à redire, tout comme à Mae Woei. Les volontaires passent, Terres Karens n’est pas aux abois.

Deux belles journées plus tard il est temps de rentrer à Maetowo, après un beau périple dans les différents endroits où Terres Karens soutient des projets. Le transport fait partie de mon quotidien mais les paysages fabuleux aident à voyager, je suis heureux de faire de la route !

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Visite des projets de Terres Karens en Thaïlande – suite

— par Pierre-Yves, membre de Terres Karens —

Après une semaine entre Mae Sot et Mae Woei pour visiter les projets de Terres Karens, je me dirige vers Ponouaypou le samedi 30 avril. Je fais un rapide passage à Mae Tan pour y visiter le chantier d’un nouveau centre, auquel Terres Karens apporte son soutien.

Ponouaypou est un petit village karen où j’ai effectué mon volontariat avec les MEP en 2011-2012. Il faut quitter la route principale 15 minutes avant d’arriver à Mae Tan en descendant de Mae Woei. La piste s’élance, bordée de nombreuses maisons de Karens ayant fui la guerre en Birmanie et installés depuis une quinzaine d’années. Je croise un premier pick-up qui me prend dans sa benne. La route descendant donne cette impression que l’on s’enfonce toujours plus profondément dans la montagne. La voiture me dépose un peu avant le village, aux premières habitations avant de prendre un autre chemin. Je continue ma route à pied avant d’être dépassé pars un second pick-up. Le conducteur me lance de grands « Hello! Where are you going ? ». Il me dépose ensuite devant le pensionnat de Ponouaypou, de l’autre côté du village, un peu à l’écart. Ce pensionnat, une ancienne école d’agriculture, accueille aujourd’hui sur un grand terrain et dans de magnifiques bâtiments, une vingtaine de jeunes élèves de primaires et de collégiens, issus de villages de montagne souvent sans école. Ils suivent leurs cours à l’école primaire du village puis au collège de Mae Tan, à 25 min en voiture. A Ponouaypou, mon objectif est de rencontrer de potentielles tisserandes et d’amorcer une nouvelle coopérative. Oui, rien que ça !

Le dimanche soir, je visite Héprémo (oui, il est normal que ce nom vous dise quelque chose, c’est le nom donné à une de nos pochettes). Héprémo est une amie. Elle à 4 grands enfants, et quand j’étais volontaire à Ponouaypou elle enseignait la couture dans un atelier que je gérais. Nous nous connaissons bien et après de belles retrouvailles je lui parle du tissage. Originaire de Mae Woei elle a cependant suivi son mari dans son village natal (ce qui ne se fait pas, en règle générale, chez les Karens, société matrilinéaire dans laquelle les hommes viennent habiter chez leurs femmes). Elle connait donc le projet de Terres Karens à Mae Woei. Rapidement elle se montre enthousiaste à l’idée de tisser. Je lui demande alors de réfléchir à quatre de ses amies qui pourraient répondre à une première commande de la part de la coopérative.

Je suis rejoint le lundi par Thaïs, Clément (volontaires pour Terres Karens à Maesot), Jean (volontaire de Mae Woei), et Guillaume, (nouveau volontaire pour Ponouaypou). L’après-midi, c’est réunion Terres Karens Thaïlande. Après un rapide résumé à Jean de nos précédents travaux avec Thaïs et Clément, nous passons en revue les derniers points : comptabilités, indépendance du projets, formation de la gérante de la coopérative et de l’atelier de couture. Un beau moment de travail. Il est décidé que Thaïs & Clément suivront le lancement du tissage à Ponouaypou.

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Le lendemain matin, nous allons à la rencontre d’Héprémo pour faire les présentations. Elle nous montre le stock de chemises et jupes karens qu’elles tissent sans pouvoir les vendre et les écouler rapidement. Elle se plaint aussi de son fil de mauvaise qualité. Nous lui réexpliquons le projet. Le soir-même je lui passerai la première commande. Finalement pour cette première, elle ne tissera qu’avec sa belle-sœur, n’ayant pu rencontrer les autres potentielles tisserandes. Nous avons en effet décidé de commencer petit et de développer au fur et à mesure cette nouvelle structure.

Je m’offre deux jours de vacances dans un village un peu perdu, Takodei, chez des amis. Le soir, en haut de cette montagne, regardant tisser les jeunes mariées de l’année comme les grands-mères, j’imagine le jour où nous pourrons aussi proposer de l’emploi dans ce village très reculé. Il y a encore beaucoup de travail et de belles perspectives !

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Vendredi je redescends à Mae Sot chez Thaïs & Clément. Dernière réunion puis je rends visite à Cynthia. Cynthia est une Karen. Elle habite à Mae Sot et a un petit commerce d’artisanat local de son ethnie. Elle est partie avec Terres Karens aux USA l’été dernier représenter l’artisanat karen au marché de l’IFAA. Partenaire de Terres Karens, elle revend sur Mae Sot des produits issus de la coopérative de tisserandes et de l’atelier de couture de Mae Woei. Nous vous en reparlons très bientôt. Elle nous fait découvrir les différences de tissages entre les groupes et les sous-groupes karens, et nous explique que le tissage de Mae Woei a quelque chose de particulier que ceux des autres villages n’ont pas.

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Le magasin de Cynthia, à Mae Sot

Le départ s’annonce pour Bangkok puis Paris avec plein d’images en tête. C’est toujours une grande joie de partager des moments avec les Karens, et donc forcément c’est avec un petit (énorme) pincement au cœur que l’on rentre en France (où nous vous donnons rendez-vous le 21 mai pour une nouvelle vente. L’occasion d’échanger directement avec vous sur les projets !!!)

Visite des projets de Terres Karens en Thaïlande

— par Pierre-Yves, membre de Terres Karens —

Arrivé le vendredi 22 avril au soir à Bangkok, je saute dans un taxi, traverse la cité des anges, pour attraper mon bus de nuit, direction Mae Sot. Le bureau m’a missionné pour visiter les projets de Terres Karens en Thaïlande et accompagner le lancement de nouveaux défis ! Deux semaines avec un programme bien ficelé ! J’arrive à 5h00 du matin à Mae Sot chez Thaïs et Clément, volontaires MEP et responsables de Terres Karens en Thaïlande.

Après une fin de nuit bien méritée, nous passons en revue l’ensemble des projets de l’association. Tout y passe : fiche de poste, comptabilité, processus, communication interne. Nous essayons d’identifier tous les problèmes comme les bonnes pratiques. L’après-midi, la chaleur nous oblige, si nous voulons être productifs, à aller travailler dans un café climatisé, avec pour seule boisson un grand café glacé ! Nous y parlons projets pour Terres Karens, et pour les Karens surtout. Projets dont, j’espère, nous pourrons vous parler très rapidement.

Lundi matin, après nous être mis d’accord sur nos objectifs à court et moyen terme et après avoir distribué les tâches à réaliser, je pars en songthaew (transport local, deux bancs à l’arrière d’un pick-up) pour rejoindre le village de Mae Woei, village des projets pilotes de la coopérative et de l’atelier de couture. Arrivé à Mae Tan, je trouve une voiture pour Mae Woei. J’y serai le soir même, avec plus de 200km de voiture derrière moi.

Commence alors une petite semaine de travail avec les couturières et les tisserandes.Ma première surprise est la maison de Sémouklémo. Sémouklémo est une des premières couturières de l’atelier de couture. Seule avec sa fille, abandonnée sans un sous par son mari, elle vivait jusqu’alors dans une toute petite cabane de bambou. Aujourd’hui, grâce à ses économies réalisées en travaillant à l’atelier de couture, elle a pu se payer une nouvelle maison, plus grande et plus résistante aux intempéries, et même un cochon, signe significatif de richesse chez les Karens.

Je retrouve Lily, ancienne volontaire MEP à Mae Woei pour notre projet, et styliste de Terres Karens (vous lui devez, entre autres, la trousse Olouti, ou encore le sac qui porte son nom karen, le sac Nauporé). Elle est arrivée il y a une semaine pour travailler sur de nouveaux produits et enseigner de nouvelles techniques aux couturières. Ses dernières sont ravies de (re)travailler avec elle. C’est beau d’observer la grande complicité qu’elle a avec chacune. Le bruit des machines à coudre à pédale est mêlé désormais à de grands éclats de rires. Les nouveaux produits seront disponibles en France en fin d’année et vous pourrez être assurés qu’ils ont été cousu dans un atelier débordant de joie. Très motivées pour apprendre à faire de nouveaux produits et acquérir de nouvelles techniques, les couturières ont même demandé à faire des heures supplémentaires plusieurs jours par semaine ! Nous avons hâte de vous présenter leur travail !

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Le mardi après-midi, je fais le point avec la responsable de la coopérative et de l’atelier de couture, une jeune maman, Philipmo qui travaille pour les projets de Terres Karens depuis maintenant 4 ans ! Toujours aussi motivée, elle se démène pour mener vie de famille et travail, ce qui ne l’empêche pas d’être pro-active et de proposer de nouvelles pistes de développement des projets qu’elle administre. Elle continue ses études, plusieurs week-end par an.

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Si le nombre de tisserandes régulières semble avoir un peu diminué, il semble être un signe que le besoin d’argent a diminué dans le village. Un rythme de croisière s’est installé et le projet fonctionne bien. L’indépendance recherchée approche, même si la présence d’un volontaire est toujours nécessaire. Cela nous permet de nous concentrer sur le développement de structures identiques dans des villages demandeurs et dans le besoin. Développement qui occupera la deuxième partie de mon déplacement.

Ici la saison chaude est à son paroxysme. Les premières pluies se font attendre, mais cela nous permet de justifier si il le fallait, de longues baignades en fin d’après-midi, baignade bien méritée par des journées de travail sous plus de 40°c.

Les grandes vacances se finissent tout doucement et les professeurs des écoles de montagnes viennent de passer quatre jours à préparer la rentrée et les objectifs de l’année.

Les enfants des couturières profitent de ce temps de vacances pour passer du temps à l’atelier et observent, attentifs, leurs « Mohmoh » travailler.

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Des nouvelles des projets à Mae Woei !

Départ de Cyrille – arrivée de Florian et autres péripéties à Mae Woei

Par Florian, volontaire à Ma Woei Clo

Le village de Mae Woei Clo est le lieu où se trouve la coopérative Terres Karens et un des ateliers de couture qui servent à confectionner les produits vendus en France.

Cyrille y était volontaire depuis 3 mois, il est parti début Octobre. Je le remplace depuis ce moment. Pour fêter son départ, une prière avait été organisée à la maison du volontaire où de nombreux villageois sont venus. Comme c’est la tradition ici, celui qui reçoit pour la prière chez lui offre ensuite des petits gâteaux et quelques boissons. L’évènement étant cette fois-ci particulier, les victuailles étaient bien fournies et la soirée s’est prolongée tard avec des rires et des chants. Je pense pouvoir dire que Cyrille s’en souviendra longtemps.

cyrille grpeSuite à son départ, j’ai donc repris les rênes du projet sur place. La mission au quotidien consiste à gérer les deux éléments sur place : le magasin de fils et l’atelier. Pour ce qui est du magasin, il faut gérer les ventes (en karen dans le texte) avec les femmes de Mae Woei et des villages alentours, tenir la caisse et suivre l’évolution du stock de fils pour éviter les ruptures et en commander à temps. Le mois dernier, nous avons vendu l’équivalent de 15,000 baths de fils.

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Pour ce qui est de l’atelier de couture, il est plus autonome car supervisé par la fantastique Bleshrih. Elle fait le lien entre les couturières et le volontaire pour les instructions sur les produits à réaliser et pour l’aspect gestion qui comprend les stocks de cotonnades (divers petites pièces à acheter qui servent à la confection : fermetures éclaires, écussons, toile cirée…), le calcul du coût de revient des produits et le salaire des couturières. Le choix des produits est fait avec les volontaires de Mae Sot en fonction des retours des points de ventes en Lanthanide et de la France.

Tout ce petit monde est assisté par l’incontournable Kitirot, qui, de la réparation des machines à coudre aux commandes de fils en passant par tous les imprévus possibles et imaginables, a réponse à tout.

Mon quotidien est donc en partie occupé par cela mais le reste du temps il s’agit de le partager avec le village. Les activités ne manquent pas et arrivent toujours à l’improviste : pêche au filet en remontant la rivière, chasse dans la jungle, travail à la rizière, moments de la vie religieuse très active du village et en partie liée au cycle de la culture du riz…

Tout cela entrecoupé de quelques descentes à Mae Sot pour livrer les commandes de produits et de lés au couple de volontaires sur place (les fantastiques Benoît et Yzé partis en octobre [remplacés par Solenne]) qui s’occupe ensuite de la vente de d’autres ateliers de couture. C’est aussi l’occasion pour moi de reconnecter avec la France car Mae Woei ne dispose d’aucun moyens de communication (téléphone ou internet), de parler un peu français et bien sûr de diversifier un peu mon régime alimentaire avec autre chose que du riz !

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Je retourne bientôt dans ma vallée donc je vous salue tous et je vous dis à très vite, lors de ma prochaine descente !

Nouvelles de Mae Woei – août 2013

Si les premières semaines de juillet suggéraient une saison des pluies plutôt calme, ça y est  cette fois ci la pluie est bien arrivée ! Avec une période de 10 jours de pluie non stop, les inondations sur les routes ont fait leur apparition, rendant la circulation et la communication bien difficile jusqu’à la fin du mois de juillet.

A Mae Woei pourtant la vie suit son cours, sans que la pluie ne semble perturber les habitants.

La vie de la coopérative, elle, subit quelques changements !

Jean baptiste et Cyrille ont salué le retour du soleil en même temps que l’arrivée de l’association « coup de pouce » pour 15 jours à Mae Woei. 12 jeunes pro français plein d’entrain et de générosité sont venus à notre aide pour la construction du nouveau bâtiment ! Pendant 15 jours, et grâce aux fonds apportés au projet, « coup de pouce » et sa bonne humeur ont donné enfin vie à la maison qui accueillera la coopérative et l’atelier de couture !

Maçonnerie, carrelage, mais aussi peinture, enduit, binage, rien n’aura eu raison de leur détermination sur le chantier. Le tout sous l’œil vigilant de Trichopa, le maçon du village, le regard professionnel de jean baptiste et l’attention d’Adrien, le chef de mission.

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Le village s’est particulièrement réjouit de leur présence joyeuse notamment lors de la kermesse qu’ils ont organisé pour les enfants karens et la soirée festive avant leur départ !

Un bon bol d’air pour les volontaires JB et Cyrille qui en ont profité pour faire un bon plein du pays, et retrouver les saveurs du Ricard et du vin rouge bien offert par coup de pouce. !réconfortant après les 6 heures de travail quotidien sur le chantier.

Le départ de coup de pouce laisse une petite sensation de vide après ces 15 jours intenses en travail et en amitié ! carrelage et finition de peinture restent à faire avant d’investir entièrement le nouveau bâtiment .Adrien, Gaël, Anne-Gab, Sophie, Florian, Marie-Alexia, Laure, Alban, Violaine, Julia, Thibault, Jacques un immense merci pour votre bel investissement !

groupe à Mae Woei

Un nouveau bâtiment pour les projets TK

– Par Jean-Baptiste Lassalas, volontaire Terres Karens à Mae Woei –

Les premières pluies font leur apparition, le climat étouffant de la saison chaude commence à se dissiper peu a peu. Mais ce n’est pas la chaleur qui a empêché les villageois de défricher et brûler des hectares de jungle afin de préparer la rizière. A présent les dernières braises finissent de se consumer, il est temps de creuser! Et c’est avec des outils très rudimentaires et beaucoup de courage que les Karens entreprennent ce travail titanesque !

Au cœur des villages les tisserandes continuent à travailler sérieusement et réalisent généralement deux lés par semaine, elles sont de plus en plus nombreuses a vouloir tisser pour Terres Karens car c’est l’unique moyen pour elles de gagner de l’argent tout en s’occupant du foyer. Ce qu’elles touchent leur permet d’améliorer leur confort et de varier d’avantage la couleur de la soupe.

A Mae Woei, la coopérative et l’atelier couture suivent leur petit bonhomme de chemin.

Un nouveau bâtiment actuellement en construction accueillera courant mai les machines à coudre, les couturières et leur bonne humeur. Ce bâtiment plus spacieux plus calme et plus lumineux leurs permettra de travailler dans un milieu plus confortable.   En juillet l’association coup de pouce viendra terminer la construction pour qu’en Août le magasin de fil et la coopérative puisse investir les lieux. Merci coup de pousse !

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L’équipe de football de Mae Woei a recruté un nouvel ailier gauche, c’est un avant puissant mais incroyablement maladroit. « Parepo » c’est comme ça qu’on l’appel au village, ce qui veut dire grand frère bien mais qui est resté enfant.

Il fait bon séjourner à Mae Woei,  le village est  magnifique paisible et joyeux.
Et au milieu coule une rivière.

Découverte du village de Mae Woei Clo par les dames d’Esprit Karen Bangkok

– Par Yzé et Benoit Thillaye, volontaires Terres Karens à Mae Sot –

Le 16 mars, nous avons eu la joie d’accueillir 5 expatriées d’Esprit Karen au village de Maei Woei Clo. Après un long trajet de 5 heures, d’abord en mini-van et puis en pick-up, nous arrivons enfin vers 15h dans ce magnifique petit village au bord de la rivière. Une fois installées dans la guesthouse, les 5 dames sont parties à la rencontre de Jean-Baptiste Lassalas (volontaire à Mae Woei). Il nous a fait une visite du village et de l’atelier de couture. La rencontre entre les 5 dames de Bangkok et les 4 couturières (+ Blechrie) s’est très bien déroulée. Une petite séance « shooting photo » s’est imposée, tout le monde était ravi de prendre sa plus belle pose pour immortaliser le moment.

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Le lendemain, dimanche, la journée commença par une messe, à la fin de laquelle eut lieu la « cérémonie » d’accueil par les villageois. Distribution de sacs et vestes karens ainsi qu’un petit mot pour présenter le village. Direction ensuite vers une grande salle en bois où un spectacle haut en couleurs, créé pour l’occasion, avait lieu. Au programme : danses traditionnelles, pièces de théâtre mettant en scène la réalisation du fil de coton à la création des lés.  Chacun pouvait participer aux différentes étapes et aider au tissage des lés. Ce fût une très belle expérience !

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La fin de matinée était consacrée à la vente de fils et à l’achat des lés des tisserandes par la coopérative. Tout était contrôlé : qualité du tissage, propreté et longueur du lé… Si le résultat n’était pas jugé satisfaisant, une petite amende de 20 THB était donnée à la tisserande, et elle était priée de revenir la semaine d’après pour donner un lé impeccable.

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Avant de quitter le village, Jean-Baptiste nous a montré le chantier où avait lieu la construction du nouvel atelier de couture. Situé juste derrière l’école, il sera plus grand et plus lumineux que l’ancien.

14h, heure de départ vers Maetane où les expatriées avaient rendez-vous avec leurs couturières afin de discuter des collections futures. La réunion dura jusqu’au soir !

Lundi matin, le Songthew (taxi collectif) nous ramena jusqu’à l’aéroport de Maesot où les dames prirent leur avion pour rentrer chez elles, à Bangkok, la tête pleine de beaux souvenirs.

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Des nouvelles de la coopérative et de l’atelier de couture !

– Par Claire Scaramus, volontaire Terres Karens à Mae Woei Clo –

Bonjour à tous,

Ça y est, me revoilà pour quelques nouvelles de la coopérative de tisserandes et couturières de Mae Woei Clo City!

Des nouvelles des tisserandes

Depuis plusieurs semaines, le travail des tisserandes tourne au ralenti. Il y a le travail à la rizière bien-sur, mais surtout, tout le monde part dans la forêt à la recherche de manioc. Leur récolte est rachetée le jour-même par une famille, qui elle, les revend à la ville la plus proche, c est une source de revenu rapide pour tous. Du coup, dimanche, au rachat des tissus, résultat : cinq tissages nous reviennent (pour une trentaine auparavant) et trois femmes qui viennent pour chercher du fil pour tisser. Gloups ! Et cela, juste à la période où les commandes affluent… Il faut donc s’organiser et jouer avec le réseau des villages de la montagne.

La coopérative lance malgré-elle une nouvelle mode à Mae Woei. Je m’explique, lorsque une tisserande fait des erreurs dans le tissage du lès, elle doit racheter le fil, le retisser et du coup, ce lès loupé lui appartient. Depuis quelques temps, les femmes transforment ce lès en sarong pour leur mari. Je croise alors des hommes avec des sarongs colorés, aux rayures absolument pas traditionnelles (les lés tissés sont des rayures que les femmes ont inventées pour la coopérative, mais ne sont pas des motifs utilisés pour les vêtements Karens). De même que je me suis mise à tisser des sacs en empruntant des motifs de la coopérative, les femmes ont trouvé que c était joli et se mettent à tisser de nouveaux sacs. (D’autres infos sur le projet coopérative ici).

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– l’apprentissage du tissage aux plus jeunes –

Des nouvelles des couturières

Ça y est, nous avons racheté les deux dernières machines à coudre. Dorénavant, il ne devrait plus y avoir de problème. Les conditions de travail des couturières en sont nettement améliorées ainsi que la qualité de leur travail. Bleshri se met aussi à l’apprentissage de la couture puisque les anciennes machines sont maintenant disponibles. C’est une bonne chose puisqu’elle sera amenée à juger de la qualité de la production. En même temps, elle continue à se former à la gestion de la coopérative.

Les couturières sont autonomes ! Dernière étape de leur apprentissage, je leur ai demandé de coudre des produits de leur choix avec tissus de leur choix en mon absence. A mon retour, le bilan est très positif : elles ont bien compris l’harmonisation des couleurs (au goût des occidentaux !), ont choisi des produits pas très faciles et la qualité est bonne. Bref, elles se lancent et se débrouillent comme des chefs ! Lorsque je suis à l’atelier, nous en profitons pour apprendre à créer de nouveaux produits.

Dans un mois, leur formation touchera à sa fin. Ma mission se termine et elles devront alors poursuivre leur travail seules. J’ai confiance en elles et ça aura été une grande chance pour moi de travailler avec ce groupe qui a appris vite et qui a montré sans relâche motivation, engagement et application. Mais ça aura été avant tout une belle aventure humaine avec des liens forts qui se sont tissés. (Plus d’infos sur l’atelier de couture ici).

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Nouvelles au coeur de la saison des pluies

Par Claire Scaramus, volontaire Terres Karens à Mae Woei Clo

Bonjour à tous,

Nous sommes ce mois-ci au plus fort des pluies, elles sont incessantes jours et nuits. Il a fallu charier les lés de tissu à dos d’éléphant, la voiture ne pouvant plus traverser la rivière en crue et atteindre la coopérative. Au retour, le fil a été porté à dos d’homme, ainsi que les deux nouvelles machines à coudre que nous avons achetées.
L’entraide est une évidence chez les karens : tout le monde vient aider dans la joie et la bonne humeur, même sous une pluie battante.
Les tisserandes sont moins nombreuses ce mois-ci : il faut aller défricher la rizière ou les plantations de piment tous les jours.

Kitirot et Bleshri apprennent à maîtriser le nouveau Coco que Thibault nous a concocté (logiciel de gestion de la cooperative) et que nous avons traduit en thai.
Côté atelier de couture, nous avons donc décidé de racheter de nouvelles machines à coudre de meilleure qualité, étant donné l’investissement des couturières et les problèmes que nous rencontrons depuis des mois. Nous en avons déjà acquises deux, restent encore deux machines en commande. Les autres seront revendues à bas prix aux villageoises intéressées et une sera gardée pour que Bleshri puisse s’initier elle aussi à la couture.

Les couturières assurent ! Alors que j ai du m’absenter, je leur avais confié du travail qu’elles avaient à réaliser pour la première fois seules. A mon retour, bilan de ce qu’elles ont produit : c’est super ! Résultat vraiment encourageant pour la suite. Nous avons aussi commencé la sous-traitance de produits faits faire habituellement à Mae Sai par Terres Karens, elles s’en sortent pour le moment très bien. Cette forme de sous-traitance était l’objectif à l’origine du projet couture à Mae Woei. Les couturières auront à l’avenir des commandes comme celle-ci venant de Terres Karens et leurs créations en periode creuse, vendues ensuite en France. C est Bleshri qui s’occupera de prendre les commandes a Mae Sot auprès des volontaires et qui les transmettra aux couturières.

Fin de mois, le soleil revient et nous offre de belles journees, la saison des pluies touche a sa fin, ca fait du bien !!!

Rendez-vous le mois prochain pour d’autres nouvelles et bonne rentrée a tous !

Des nouvelles de Mae Woei : mai 2012

Par Claire Scaramus, volontaire à Mae Woei Clo depuis le mois de décembre 2011. Claire initie la création d’un atelier de couture pour la coopérative. 

Ce mois ci a été marqué par la rentrée des classes. On sent vraiment que la vie du village est de nouveau rythmée par la scolarité des enfants. Avec ça, l’arrivée des pluies que l’on attendait avec impatience : la chaleur était devenue insoutenable. Marie et Vincent Roqueplo sont venus quelques jours à Mae Woei pour faire un reportage sur la coopérative. Interviews de Porimoh, Posemoh et Kitirot, à l’aise devant la camera qu’ils n’avaient pourtant jamais vue. Ils ont ainsi pu parler de leur travail, de leur motivation, échanges très intéressants.

Lorsqu’on demande à Kitirot comment il envisage son avenir au sein de la coopérative, il répond qu’il aimerait y travailler toujours et étendre ce projet à d’autres villages. Il aimerait que le monde connaisse les Karens et ses savoir-faire comme le tissage, partie intégrante de leur culture. Porimoh remercie le Père Alain de leur apporter de nouveaux métiers dans le village et dit que si les karens avaient des sources de revenu, cela éviterait la déforestation pour faire la rizière. Ils pensent aussi que ce projet aide à la sauvegarde de leur culture.

J’apprends qu’hier, lors d’une réunion des villageois avant l’élection des Obautos (fonctionnaire qui s’occupe de l’aménagement du terrain, des routes…), leur chef a posé beaucoup de questions sur la coopérative et aurait dans l’idée de reproduire le projet dans d’autres villages de la montagne. Il a beaucoup entendu parler de la coopérative qui commence a être connue de tout le secteur.

L’atelier couture marche toujours aussi bien. La marque de nos créations s’appellera Takinya (ce qui, en karen, signifie « tissu », « tissage »). Les produits réalisés sont de plus en plus difficiles mais les couturières ne se découragent pas et progressent rapidement. Nos conditions de travail ne sont pas toujours évidentes : chaleur, manque de lumiere parfois, machines pas très bonnes (heureusement que Posepah est toujours là pour nous les réparer !), fers a charbon moyenâgeux, trop chauds ou vite froids…

On espère que vous avez recu notre début de production en France et que les créations seront appréciées. Voilà maintenant trois mois que les femmes se forment a la couture, elles devraient commencer à toucher un revenu sur leurs produits le mois prochain. Revenu qui sera bien apprécié, par Semuklemo entre autres, qui vit dans une toute petite maison de bambou et qui élève seule sa fille, sans aide de personne. La courageuse a refait son toit de feuilles seule et tisse sur son temps libre pour avoir un peu d’argent.

Porimoh en plein travail

Nous travaillons aussi sur la pérennité du projet afin que l’atelier continue à tourner après mon depart. Bleshri, qui vient de finir ses études et qui est rentrée au village, a été employée par la coopérative et est formée à la coordination de l’atelier de couture. Elle a déjà appris à calculer le coût de revient d’un produit, sera formée à la comptabilité, c’est elle qui jugera (avec Kitirot et moi) de la qualité des produits, paiera les couturières chaque semaine, tiendra le cahier de production, sera le lien entre Mae Sot et Mae Woei, portera la production, achètera la mercerie dont les couturières auront besoin, prendra les commandes auprès des volontaires… il reste sept mois pour la former à tout ça. Je vais préparer aussi petit a petit les couturières à leur autonomie, je vais les laisser petit à petit coudre seules et observer là où elles rencontrent des difficultés. Petit à petit, une partie de la production de la filière de commerce équitable Esprit Karen faite a Mae Sai et vendue en France, sera sous-traitée à Mae Woei.

Encore merci à tous pour votre soutien et rendez-vous le mois prochain pour d’autres nouvelles !