Découverte du village de Mae Woei Clo par les dames d’Esprit Karen Bangkok

– Par Yzé et Benoit Thillaye, volontaires Terres Karens à Mae Sot –

Le 16 mars, nous avons eu la joie d’accueillir 5 expatriées d’Esprit Karen au village de Maei Woei Clo. Après un long trajet de 5 heures, d’abord en mini-van et puis en pick-up, nous arrivons enfin vers 15h dans ce magnifique petit village au bord de la rivière. Une fois installées dans la guesthouse, les 5 dames sont parties à la rencontre de Jean-Baptiste Lassalas (volontaire à Mae Woei). Il nous a fait une visite du village et de l’atelier de couture. La rencontre entre les 5 dames de Bangkok et les 4 couturières (+ Blechrie) s’est très bien déroulée. Une petite séance « shooting photo » s’est imposée, tout le monde était ravi de prendre sa plus belle pose pour immortaliser le moment.

DSCN0695

Le lendemain, dimanche, la journée commença par une messe, à la fin de laquelle eut lieu la « cérémonie » d’accueil par les villageois. Distribution de sacs et vestes karens ainsi qu’un petit mot pour présenter le village. Direction ensuite vers une grande salle en bois où un spectacle haut en couleurs, créé pour l’occasion, avait lieu. Au programme : danses traditionnelles, pièces de théâtre mettant en scène la réalisation du fil de coton à la création des lés.  Chacun pouvait participer aux différentes étapes et aider au tissage des lés. Ce fût une très belle expérience !

DSCN0678

La fin de matinée était consacrée à la vente de fils et à l’achat des lés des tisserandes par la coopérative. Tout était contrôlé : qualité du tissage, propreté et longueur du lé… Si le résultat n’était pas jugé satisfaisant, une petite amende de 20 THB était donnée à la tisserande, et elle était priée de revenir la semaine d’après pour donner un lé impeccable.

DSCN0764

Avant de quitter le village, Jean-Baptiste nous a montré le chantier où avait lieu la construction du nouvel atelier de couture. Situé juste derrière l’école, il sera plus grand et plus lumineux que l’ancien.

14h, heure de départ vers Maetane où les expatriées avaient rendez-vous avec leurs couturières afin de discuter des collections futures. La réunion dura jusqu’au soir !

Lundi matin, le Songthew (taxi collectif) nous ramena jusqu’à l’aéroport de Maesot où les dames prirent leur avion pour rentrer chez elles, à Bangkok, la tête pleine de beaux souvenirs.

DSCN0804

Publicités

Des nouvelles de la coopérative et de l’atelier de couture !

– Par Claire Scaramus, volontaire Terres Karens à Mae Woei Clo –

Bonjour à tous,

Ça y est, me revoilà pour quelques nouvelles de la coopérative de tisserandes et couturières de Mae Woei Clo City!

Des nouvelles des tisserandes

Depuis plusieurs semaines, le travail des tisserandes tourne au ralenti. Il y a le travail à la rizière bien-sur, mais surtout, tout le monde part dans la forêt à la recherche de manioc. Leur récolte est rachetée le jour-même par une famille, qui elle, les revend à la ville la plus proche, c est une source de revenu rapide pour tous. Du coup, dimanche, au rachat des tissus, résultat : cinq tissages nous reviennent (pour une trentaine auparavant) et trois femmes qui viennent pour chercher du fil pour tisser. Gloups ! Et cela, juste à la période où les commandes affluent… Il faut donc s’organiser et jouer avec le réseau des villages de la montagne.

La coopérative lance malgré-elle une nouvelle mode à Mae Woei. Je m’explique, lorsque une tisserande fait des erreurs dans le tissage du lès, elle doit racheter le fil, le retisser et du coup, ce lès loupé lui appartient. Depuis quelques temps, les femmes transforment ce lès en sarong pour leur mari. Je croise alors des hommes avec des sarongs colorés, aux rayures absolument pas traditionnelles (les lés tissés sont des rayures que les femmes ont inventées pour la coopérative, mais ne sont pas des motifs utilisés pour les vêtements Karens). De même que je me suis mise à tisser des sacs en empruntant des motifs de la coopérative, les femmes ont trouvé que c était joli et se mettent à tisser de nouveaux sacs. (D’autres infos sur le projet coopérative ici).

ImageImage

– l’apprentissage du tissage aux plus jeunes –

Des nouvelles des couturières

Ça y est, nous avons racheté les deux dernières machines à coudre. Dorénavant, il ne devrait plus y avoir de problème. Les conditions de travail des couturières en sont nettement améliorées ainsi que la qualité de leur travail. Bleshri se met aussi à l’apprentissage de la couture puisque les anciennes machines sont maintenant disponibles. C’est une bonne chose puisqu’elle sera amenée à juger de la qualité de la production. En même temps, elle continue à se former à la gestion de la coopérative.

Les couturières sont autonomes ! Dernière étape de leur apprentissage, je leur ai demandé de coudre des produits de leur choix avec tissus de leur choix en mon absence. A mon retour, le bilan est très positif : elles ont bien compris l’harmonisation des couleurs (au goût des occidentaux !), ont choisi des produits pas très faciles et la qualité est bonne. Bref, elles se lancent et se débrouillent comme des chefs ! Lorsque je suis à l’atelier, nous en profitons pour apprendre à créer de nouveaux produits.

Dans un mois, leur formation touchera à sa fin. Ma mission se termine et elles devront alors poursuivre leur travail seules. J’ai confiance en elles et ça aura été une grande chance pour moi de travailler avec ce groupe qui a appris vite et qui a montré sans relâche motivation, engagement et application. Mais ça aura été avant tout une belle aventure humaine avec des liens forts qui se sont tissés. (Plus d’infos sur l’atelier de couture ici).

Image

A la découverte du Siège Asie de Terres Karens : Mae Sot City.

Il est 6h22 quand l’hôtesse dans son tailleur pas du tout taillé à sa taille vous tapote sur l’épaule avec un grand sourire pour vous réveiller. Elle vous invite à descendre du bus. Ce réveil vous l’avez déjà vécu lorsque vous aviez 5 ans. A la fin d’un voyage de nuit familial en voiture, on vous arrache votre doudou et votre sommeil, vous grommelez, on vous dit que le voyage est fini mais vous en voulez à toute la terre(s) (Karens) entière.

Vous sortez donc du bus et vous êtes agréablement surpris par la douceur du temps, loin de l’humidité de Bangkok quitté 9 heures auparavant. Vous êtes enfin arrivé à la gare de bus de Mae Sot avec ses moto-taxis, ses Sangtheo, ses pubs Pepsi et ses odeurs de poissons. Une fois votre sac sorti de la soute vous prenez un taxi-moto qui vous amène au 184 Intharakheeree Road. Il vous dépose devant un petit portail en bois après avoir traversé la ville et croisé 15 chiens errants, 3 temples bouddhistes, 7 magasins de massage, 2 thaïlandaises en pyjama et 17 moines en train de mendier leur nourriture pour la journée.

Vous poussez le portail et continuez tout droit sur 25 mètres pour tomber sur une magnifique petite maison en bois sur pilotis de 30 m² ; (roulements de tambour) vous voici enfin arriver devant le « Terres Karens Asian Head Office » !! Vous ne cachez pas votre joie et un grand sourire illumine votre visage de volontaire MEP heureux et radieux et crasseux aussi.

A l’intérieur, l’ancien couple gérant de l’exercice 2011-2012 a vraiment fait un super boulot, tout est parfaitement agencé. Dans une seule et même pièce on trouve un « espace réception » avec une table basse de 50 cm², deux sofas (coussin en fait), portrait du roi, de JP2 ; un « espace bureau » avec ordinateur, imprimante, pot à crayons et clés USB et enfin un « espace stock » avec une armoire de tissus pleine à craquer.  On trouve également dans la maison une chambre et une salle de bains ; bref le grand luxe pour une belle mission.

C’est dans cet environnement que le PDG-volontaire travaille pour l’association. Au programme : gestion des comptes, analyse financière des cours du tissu, gestion des stocks de lés, enregistrement des commandes, création de nouveaux supports de com, marketing vestimentaire, réceptions des produits et envoi à Bangkok et en France. En définitive, cette maison est une vraie plateforme pour la gestion de la production et pour l’envoi.

Si vous voulez devenir le prochain PDG de Terres Karens Asie, inscrivez-vous rapidement sur : http://volontariat.mepasie.org/.

François-Xavier Lot, PDG de Terres Karens Asie

Des nouvelles de Mae Woei : mai 2012

Par Claire Scaramus, volontaire à Mae Woei Clo depuis le mois de décembre 2011. Claire initie la création d’un atelier de couture pour la coopérative. 

Ce mois ci a été marqué par la rentrée des classes. On sent vraiment que la vie du village est de nouveau rythmée par la scolarité des enfants. Avec ça, l’arrivée des pluies que l’on attendait avec impatience : la chaleur était devenue insoutenable. Marie et Vincent Roqueplo sont venus quelques jours à Mae Woei pour faire un reportage sur la coopérative. Interviews de Porimoh, Posemoh et Kitirot, à l’aise devant la camera qu’ils n’avaient pourtant jamais vue. Ils ont ainsi pu parler de leur travail, de leur motivation, échanges très intéressants.

Lorsqu’on demande à Kitirot comment il envisage son avenir au sein de la coopérative, il répond qu’il aimerait y travailler toujours et étendre ce projet à d’autres villages. Il aimerait que le monde connaisse les Karens et ses savoir-faire comme le tissage, partie intégrante de leur culture. Porimoh remercie le Père Alain de leur apporter de nouveaux métiers dans le village et dit que si les karens avaient des sources de revenu, cela éviterait la déforestation pour faire la rizière. Ils pensent aussi que ce projet aide à la sauvegarde de leur culture.

J’apprends qu’hier, lors d’une réunion des villageois avant l’élection des Obautos (fonctionnaire qui s’occupe de l’aménagement du terrain, des routes…), leur chef a posé beaucoup de questions sur la coopérative et aurait dans l’idée de reproduire le projet dans d’autres villages de la montagne. Il a beaucoup entendu parler de la coopérative qui commence a être connue de tout le secteur.

L’atelier couture marche toujours aussi bien. La marque de nos créations s’appellera Takinya (ce qui, en karen, signifie « tissu », « tissage »). Les produits réalisés sont de plus en plus difficiles mais les couturières ne se découragent pas et progressent rapidement. Nos conditions de travail ne sont pas toujours évidentes : chaleur, manque de lumiere parfois, machines pas très bonnes (heureusement que Posepah est toujours là pour nous les réparer !), fers a charbon moyenâgeux, trop chauds ou vite froids…

On espère que vous avez recu notre début de production en France et que les créations seront appréciées. Voilà maintenant trois mois que les femmes se forment a la couture, elles devraient commencer à toucher un revenu sur leurs produits le mois prochain. Revenu qui sera bien apprécié, par Semuklemo entre autres, qui vit dans une toute petite maison de bambou et qui élève seule sa fille, sans aide de personne. La courageuse a refait son toit de feuilles seule et tisse sur son temps libre pour avoir un peu d’argent.

Porimoh en plein travail

Nous travaillons aussi sur la pérennité du projet afin que l’atelier continue à tourner après mon depart. Bleshri, qui vient de finir ses études et qui est rentrée au village, a été employée par la coopérative et est formée à la coordination de l’atelier de couture. Elle a déjà appris à calculer le coût de revient d’un produit, sera formée à la comptabilité, c’est elle qui jugera (avec Kitirot et moi) de la qualité des produits, paiera les couturières chaque semaine, tiendra le cahier de production, sera le lien entre Mae Sot et Mae Woei, portera la production, achètera la mercerie dont les couturières auront besoin, prendra les commandes auprès des volontaires… il reste sept mois pour la former à tout ça. Je vais préparer aussi petit a petit les couturières à leur autonomie, je vais les laisser petit à petit coudre seules et observer là où elles rencontrent des difficultés. Petit à petit, une partie de la production de la filière de commerce équitable Esprit Karen faite a Mae Sai et vendue en France, sera sous-traitée à Mae Woei.

Encore merci à tous pour votre soutien et rendez-vous le mois prochain pour d’autres nouvelles !

Des images du terrain

À 3 au bout du monde : Marie-Alix et Vincent Roqueplo

Grâce à Vincent et Marie-Alix Roquplo et au soutien de la Bac Asso, vous pouvez maintenant suivre les dernières avancées de nos projets … en images !

Trois reportages sur

Voilà un peu plus d’un an que Vincent et Marie-Alix sont mariés, le même goût du voyage chevillé au coeur.

Mercredi 29 février 2012, ils ont quitté Paris, familles, métros-boulot pour aller réaliser une trentaine de reportages vidéos sur les trois “continents” où sont présentes les deux associations qui s’associent à leur projet : l’ordre de Malte et la BacAsso (Missions Etrangères de Paris). L’objectif est de mettre en lumière les initiatives positives méconnues.

Ils publient leurs reportages sur leur blog, et le plus largement possible dans les médias.

BacAsso regroupe les initiatives portées par des anciens volontaires des Missions Etrangères de Paris, comme notre projet Terres Karens.

Des nouvelles de Claire ! Mars 2012

Claire Scaramus, volontaire à Maewe

Voila quelques nouvelles toutes fraîches arrivant de Mae Woei ! Enfin, toutes fraîches … Il commence a faire bien chaud !

Ca y est : les villageois ont brûlé les terres pour faire la rizière. Ce jour-là personne ne tisse : les anciens disent que ça apporterait de mauvais presages pour la riziere.

Ce sont maintenant les grandes vacances, les enfants sont heureux et passent leur journée à se baigner dans la rivière, à pêcher, à s’amuser, ce qui n’empêche pas leurs mères de travailler. C’est aussi l’époque où les villageois refont leurs toits de feuilles avant l’arrivée de la saison des pluies, l’époque des réserves de bois et des mariages.

La cooperative fonctionne bien et les tisserandes ont du travail. Elles sont une quinzaine à Maewe à tisser toutes les semaines et demandent du fil avec impatience. L’autre jour, alors que je m’étais absentée pour aller refaire faire mon visa,  que je revenais d’une longue route, à peine un pied dans la maison et les villageoises m’ont alpaguées, réclamant du fil pour tisser. Elles ne me ménagent pas !

Claire et les tisserandes, dans le magasin coopératif de fil

Une trentaine de lés sont donc tissés par semaine, parfois plus, sans compter les autres vilages. Kitirot est vigilant sur la qualité des tissages. Nous avons essayé de trouver des moyens pédagogiques pour expliquer à celles qui ne connaissent pas les mesures, la largeur des frises… pour les tissus de Laure, qui est venue cette semaine.

L’autre jour, une femme me racontait que des villageoises de Mepohki (un village voisin, à deux heures de marche) ont voulu aller acheter leur fil à Mae Tan (la grande ville la plus proche, à 90 kilomètres). Elles ne l’ont pas trouvé de bonne qualite et, sont donc revenues a Mae Woei pour faire leurs achats en disant qu’elles préféraient le fil de la coopérative. La bonne blague !

A mon avis il va y avoir plus de femmes qui tisseront le mois prochain avec le retour au village, pour les vacances, des jeunes filles qui étudient à la ville.

L’atelier couture fonctionne bien ! Ca y est,la quatrième machine à coudre a été achetée, elles ont donc maintenant chacune leur outil de travail.

La quatrième machine à coudre, en route pour la montagne

Les couturières progressent chaque jour et restent motivées et investies. Elles ont fait une jolie production joyeuse et colorée que l on vous enverra pour la vente de Mai. Il a été décidé que les couturières pourraient continuer à tisser une fois qu’elles commenceront à toucher un revenu sur la vente des produits. Elles sont quatre, s’entendent bien, se complètent et s’entraident.

Porimoh en plein travail

Maintenant que l’atelier a commencé, d’autres voudraient venir apprendre mais nous manquons de place. L’une des couturieres a décidé de s’acheter une machine pour coudre chez elle, une autre le prévoit aussi.

J’ai prévu d’organiser des cours le samedi pour les villageoises de Mae Woei qui aimeraient venir apprendre en dilettantes, et coudre par exemple leurs jupes.

Bientôt Sonkran, la fête de l’eau, des jours fériés à respecter, qui vont me permettre de partir me promener.

Tout va bien, je suis toujours aussi heureuse !

En savoir plus sur le projet d’atelier de couture 

Plus de photos du mois de mars

Tout va bien ! Novembre 2011

Coopérative, on rentre dans la cours des grands !

 Par Augustin Duport, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris à Mae Woei Clo, le village de la coopérative de tissus dont la création a été initiée par Terres Karens il y a maintenant 14 mois. La coopérative continue de se professionaliser et de se développer sur le terrain. 

Augustin Duport, volontaire à Mae Woei Clo

Production sur commande

Depuis quelques semaines maintenant, la coopérative n’organise la production de tissus qu’en réponse aux commandes pour la conception de produits finis. Les tissus sont désormais réalisés à la ligne près et nous pouvons répondre à un nombre important de commandes tout en garantissant notre qualité. Kitirot et les trois responsables élues y veillent !

Withoupih

Un an d’activité déjà…On tient le coup. 

La coopérative est bénéficiaire sur sa première année d’activité économique, grâce au soutien d’Esprit Karen Bangkok et des partenaires de la coopérative. Nous avons aujourd’hui une vue globale sur les variations de productions dues aux différentes activités des villages, de la rizière à la cueillette de fruits et légumes diverses. Ce premier retour d’expérience est précieux pour pouvoir nous organiser pour répondre au mieux à nos commandes ! Quand les unes ne sont plus disponibles, nous savons que nous pouvons compter sur le réseau des tisserandes de nos six villages.

Blédimoh

Vannerie … vous n’en verrez qu’en photos !

Le projet vannerie ne se développera qu’en Thaïlande, la législation thaïlandaise étant trop protectionniste pour l’export du bambou. Il y a actuellement quatre familles de produits en production a Mae Woei Clo : Ustensiles de cuisine, Arts de la table, Maison et Décoration d’intérieur. N’hésitez pas à nous contacter si vous connaissez des marchés en Thaïlande pour les produits de Mae Woei Clo !

Vannerie

Mae sot, un mois chargé

Par Thibault et Adélaïde Asselot, volontaires pour les Missions Etrangères de Paris à MaeSot. Thibault et Adélaïde soutiennent le travail d’Augustin dans la vallée en organisant la transformation des tissus de Maewe en produits et accessoires de mode. 

Thibault et Adélaide Asselot, volontaires à MaeSot

Lancement d’une nouvelle collection à Maesaï

Voilà un mois que nous sommes à Mae Sot, ayant pour mission de faire le lien entre la coopérative de Mae Woei Clo, Bangkok et la France. Après avoir fait le tri, le classement, l’inventaire et le rangement de tous les lès stockés dans notre maison, nous sommes allés à Mae Saï, dans le Grand Nord Thaïlandais, à l’atelier de couture, afin de lancer une nouvelle production destinée à la France. Nous y avons passé trois jours complets à peaufiner les produits avec Pee Noy, la responsable de l’atelier, pour qu’ils soient le plus réussis possible. Ce fut aussi l’occasion pour nous de profiter d’un cadre incroyable, niché aux pieds des montagnes, habité par 200 enfants de 3 à 18 ans qui semblent être totalement autonomes dés le plus jeune âge… et de prendre des douches CHAUDES !

Escapade à Mae Woei Clo

A peine de retour chez nous, nous sommes partis avec Augustin découvrir enfin LE village de Mae Woei Clo. Hissés à l’arrière d’un pickup nous avons profité pendant six bonnes heures, en plus du vent, des paysages époustouflants de la région ! Nous avons pu rencontrer les tisserandes de la coopérative et mieux comprendre l’environnement dans lequel elles évoluent.

Récolte

Ce voyage à Maewoei Clo a aussi été l’occasion de participer à la coupe du riz pendant une matinée entière. Malgré la difficulté de la tâche sous un soleil de plomb, nous avons bien « riz » et profité de l’hospitalité légendaire des Karens au cours d’un délicieux déjeuner préparé en notre honneur.

Recherche de débouchés en Thaïlande

Pour ce qui est du démarchage en Thaïlande, nous sommes retournés dans la boutique de Mae Sot ou nos prédécesseurs avaient négocié un dépôt vente de certains de nos produits. Nous bénéficierons lors d’un prochain rendez vous d’un état des lieux précis. D’autres magasins semblent également intéressés par le projet et souhaiteraient entreposer pour nous. Nous travaillons donc à l’élaboration de supports de communication en anglais et allons tâcher d’exploiter toutes les opportunités qui s’offrent à nous !

Un atelier de couture 

Dans trois semaines, Augustin reviendra en France, et c’est Claire Scaramus qui prendra le relais à Mae Woei Clo. Claire a déjà passé deux années comme volontaire dans la région, et est couturière de formation.

Sa mission, en plus de la gestion de la coopérative de tissu, sera donc d’initier la création d’un atelier de couture à Maewe, pour permettre à quatre ou cinq femmes du village de se former pour apprendre à coudre. C’est la réponse à un besoin de la coopérative qui doit aujourd’hui solliciter des ateliers de la vallée pour valoriser les tissus et les transformer.

Un projet d'atelier de couture à Maewe

Ce nouveau projet est en cohérence avec l’évolution de la coopérative, qui cherche à gagner en autonomie et à pouvoir répondre, à terme, à des commandes de produits et accessoires de mode sur mesure.

Plus de nouvelles de ce projet dans les prochaines newsletters !

En France, toute l’équipe se mobilise 

Vente des produits 

Nous continuons à nous organiser pour vous proposer les produits de la gamme Esprit Karen, et vous permettre de soutenir concrètement les tisserandes de Maewe, en achetant des produits qui vous plaisent.

Bientôt, nous pourrons réunir un stock suffisant de produits identiques qui vous permettra de commander sur une boutique en ligne.

Aujourd’hui, parce une meilleure gestion de notre stock, nous continuons à fonctionner par ventes privées.

Merci à tous ceux qui ont accepté de nous accueillir pour en organiser chez eux, et à tous ceux qui ont répondu à notre invitation. La coopérative continue de se développer en grande partie grâce à vous.

Terres Karens en vente privée

Pour connaître les lieux et horaires de nos ventes, n’hésitez pas à consulter le site internet rubrique Agenda : vous accédez à l’ensemble des points de vente des produits de la collection d’automne.

En particulier, à la veille de Noël, nous serons présents à la boutique des Missions Etrangères de Paris (128 rue du Bac, à Paris) tous les samedis, et à la Christmas Gallery, les 17 et 18 décembre. Nous vous attendons nombreux !

Un carnet de voyage 

Pour découvrir le village de Mae Woei Clo et comprendre le fonctionnement du projet coopérative, nous avons conçu un carnet de voyage, en partenariat avec Véronique Duflos. Plongez au coeur de Terres Karens !

Terres Karens rejoint la BacAsso 

BacAsso ? Une association cadre pour tous les projets portés par des anciens volontaires de solidarité internationale en Asie. Le lancement de la BacAsso a eu lieu samedi et dimanche aux Missions Etrangères de Paris ! Les membres de l’association Terres Karens en France ont pu assister à des conférences sur l’engagement associatif en France et dans le monde, avec l’Ordre de Malte, Lazare, Simon de Cyrène, ou des intervenants prestigieux du monde de l’entreprise (Henri Cattala et Pierre de Lauzun). Un événement riche, et un partenariat qui s’annonce fructueux !

Bac Asso

Passation réussie ! Octobre 2011

Par Augustin Duport, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris. Augustin est arrivé depuis maintenant deux mois. Impressions et premiers bilans…

Arrivé le 19 août à la coopérative de Mae Woei Clo, Augustin est laissé seul par Alexis (depuis rentré en France) 4 jours plus tard. Il a donc entre ses mains la responsabilité d’un projet entamé il y a plus de dix mois. Face à lui, un immense défi empreint d’incertitudes mais aussi d’espérances. Une inquiétude naturelle l’habitait mais sa volonté et son engagement l’ont aidé à relever cet objectif et répondre ainsi aux espérances des Karens. Cette adaptation a été facilitée par trois aspects essentiels : le soutien et la rassurante présence de Marion venue a Mae Woei Clo une semaine durant après le départ d’Alexis ; la prise en main du projet par les karens eux-mêmes ; et le soutien de l’équipe française : Alexis n’étant parti que physiquement, et conseillant Augustin tous les WE, ainsi que du soutien de tout les acteurs investis dans le projet. Après 2 mois de mission, Augustin prend ses marques tout en continuant d’apprendre (la langue, les coutumes, le fonctionnement de la coopérative, etc.)

Augustin et Kitirot

La coopérative a aussi beaucoup évolué durant cette période. Après avoir laissé les tisserandes confectionner les lés de leur choix pour évaluer l’étendue de leur créativité, la coopérative répond désormais à des commandes déterminées. Depuis deux semaines, un tableau indiquant les commandes d’Esprit Karen Bangkok et d’Esprit Karen France a ainsi été installé dans la coopérative. La prise de conscience de la rigueur qu’impliquent les commandes est maintenant effective pour l’ensemble des tisserandes de Mae Woei Clo. D’autre part, Augustin s’est penché sur la question de la vannerie, qui pourrait concerner les hommes du village. La coopérative s’est ainsi dotée de 70 paniers pour ranger les fils et les protéger. La prochaine étape sera d’évaluer les différents produits pouvant être réalisés et leur possible commercialisation en Thaïlande.

Des paniers dans la coopérative !

Maesot :

Par Adélaïde Asselot, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris ; et Marion Le Coz, volontaire pour Enfants du Mékong.

En mission d’un an pour Enfants du Mékong, Marion Le Coz a participé au projet Esprit Karen qui a vu le jour il y a 4 ans en Thaïlande. Pendant cette année, ce projet a beaucoup évolué, notamment avec la création de la coopérative de tisserandes et le développement de la filière française. Cela a demandé beaucoup de coordination entre chacun des pôles : équipe de Bangkok, coopérative, atelier de coutures, équipe en France, etc. Marion a été ravie de participer au développement de ce projet. Il reste encore de nombreux défis à relever et la perspective de pouvoir s’investir lors de son retour en France est très motivante.

Marion et Kitirot

Thibault et Adélaïde Asselot sont arrivés à Bangkok le 6 septembre et remplaceront Foulques Le Tarnec (parti en juillet) et Marion Le Coz. Après un mois de cours de thaï, ils vont enfin rejoindre Maesot le 22 octobre pour un an. Leur mission sera de faire l’intermédiaire entre la coopérative de Mae Woei Clo, les ateliers de couture, Esprit Karen Bangkok et Esprit Karen France. Il y a actuellement deux ateliers de couture chargés de confectionner des produits avec les lés. L’un est situé à Maetan, à 1h30 en voiture de Maesot et fait travailler trois couturières Karens à plein temps. Les produits sont destinés à Esprit Karen Bangkok. L’autre atelier se trouve à Maesai, ville la plus au nord de la Thaïlande située à 9h en voiture de Maesot. Cet atelier appartient à une école fondée par la communauté de Bétharam où des étudiantes apprennent notamment la couture. Les produits qui y sont confectionnés seront destinés à la France. Actuellement, la collection de Noël est bloquée à Maesai à cause des inondations qui frappent la Thaïlande depuis plusieurs mois. Les routes joignant le nord au sud du pays sont presque toutes fermées empêchant l’acheminement des produits jusqu’à Bangkok.

Néanmoins, Bangkok est une des rares villes à être encore épargnée par l’eau ; mais n’étant qu’à deux mètres au dessus du niveau de la mer et étant traversée par le Chao Praya, qui peut sortir de son lit à tout moment, la capitale est loin d’être à l’abri. Des quartiers entiers se barricadent derrière des murs de sacs de sable et des centaines de pompes à eau ont été déployées aux abords du Fleuve. De plus, suite à la demande du Roi, des milliers de bateaux  ont parcouru le fleuve pour créer un fort courant et ainsi permettre à l’eau de s’écouler plus rapidement vers la mer. Ces inondations ont déjà fait plus de 300 morts et des millions de victimes.

Inondations à Bangkok (photo : lemonde.fr)

 

En France :

C’est la rentrée ! Après un ralentissement des activités dû aux retours des volontaires et aux vacances, l’association repart de l’avant ! Grâce à des volontaires reposés et disponibles, le projet va pouvoir se développer plus amplement. C’est dans cette optique que toute l’équipe s’est réunie le vendredi 7 octobre. Au programme de la réunion : la réorganisation des pôles et les événements à venir. En ce qui concerne le premier point, l’association s’est agrandie ! (pour plus d’information, consultez l’organigramme sur http://www.terres-karens.org/pages/notre-organisation/notre-organisation.html). Cette réorganisation a aussi permis une meilleure affectation des volontaires selon leurs compétences.

Les événements à venir sont quant à eux dans la continuité des démarches effectuées l’an dernier : multiplication des ventes de produits karens (consultez l’agenda !) et démarches relationnelles et administratives pour développer au mieux le projet et aider ainsi un maximum de femmes dans la montagne.

Au suivant ! Août 2011

Petit bilan d’une année sur le terrain …

Par Alexis BALMONT, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris, créateur de l’association Terres Karens et de la coopérative de Mae Woei Clo. Arrivé en Thaïlande le 1er septembre 2010, son temps de volontariat touche à sa fin.

La fin ?

Demain soir, mon avion m’emmène à Paris. C’est la fin de mon année à Mae Woei Clo.

La fin d’une aventure entrepreneuriale de terrain, aux côtés de ceux qui m’ont ouvert leurs maisons et leurs cœurs. La fin d’une année très dense, à tous points de vue.

Une dernière semaine à Mae Woei Clo, avec un seul mot d’ordre : la joie. Ils disent qu’on aura bien le temps de pleurnicher plus tard. C’est un peu comme quand ils enterrent quelqu’un : ils jouent de l’argent aux cartes toute la nuit, pour ne pas que la tristesse s’installe.

La fin ? En fait, tout vient à peine de commencer. Le projet Terres Karens n’a que 18 mois d’existence, et la coopérative fonctionne depuis moins de 9 mois. Le chemin parcouru depuis un an et demi est important, mais nous venons à peine de l’emprunter.

Quelques chiffres

En cette fin de mois d’août, la coopérative propose ses services à plus d’une centaine de femmes réparties sur sept villages. Ils sont tous très isolés, sans réseau téléphonique, sans internet, accessibles uniquement par pistes de terre, non carrossables pendant la saison des pluies.

Elles ont accès à un fil 30% moins cher que celui du marché, et peuvent répondre à des commandes qui leur donnent une vraie source de revenus supplémentaires, au point que le village de Mae Woei Clo vit cette année sans rizières, pour les raisons que vous connaissez déjà.

La coopérative organise l’acheminement d’une tonne et demie de riz dans la montagne par mois.

Le capital de la coopérative est de l’ordre de 13 000 euros. Cela correspond strictement à l’ensemble des dons que nous avons reçus depuis le début du projet. Il appartient à ses membres : des karens vivant pour la très grande majorité en dessous du seuil de pauvreté.

La coopérative est à l’équilibre financier depuis le mois de mars. Elle a même dégagé un bénéfice net de 1000 euros cette année, notamment grâce à l’envoi de produits en France et à l’expérience de l’association Esprit Karen à Bangkok. Nous le réinvestissons dans le projet en achetant ‘Keuboyou’, notre nouvelle moto. ‘Keuboyou’, en karen, cela signifie ‘avion’. En karen, on peut donc dire que l’on va de villages en villages en avion, un trait d’humour qui nous console après une saison de pluies plus qu’épuisante dans la montagne.

Le projet est pris en main par les karens

Le projet est pris en main par les tisserandes. Depuis plus d’un mois, je joue au mort : je ne parle plus aux réunions, je ne donne pas mon avis en cas de problème. La cheffe des tisserandes me demande si je suis malade. Non, je suis juste content et un peu vexé à la fois : tout à l’air de bien se passer.

L’organisation, qui repose sur l’autorité des trois cheffes, semble fonctionner. Pour le riz, pas de problèmes importants non plus pour le moment.

Un autre bénéfice du projet : le lien social

La coopérative a permis de créer un vrai lien social entre les femmes de Mae Woei Clo, et entre les tisserandes des autres villages. Tout le monde se réunit dans une bonne ambiance le dimanche. Ca rigole et ça papote. Ca tranche avec les mauvaises nouvelles de l’année, et notamment avec l’impossibilité de faire les rizières. Elles s’organisent entre elles et vont tisser les unes chez les autres, se chambrent sur la qualité des tissus. Les hommes ne sont pas en reste. Ils disent que leurs femmes se sont toutes remariées avec moi, et qu’ils vont organiser des trafics de riz en bandes pour faire couler la coopérative et retrouver une situation conjugale qui les mette mieux en valeur. Parce que c’est leurs femmes qui ont maintenant les moyens d’acheter le riz. Tout ça par ma faute.

Un social-business de type II

J’ai lu la semaine dernière le dernier livre de Mohammad Yunus : Pour une économie plus humaine. J’ai compris que l’initiative Terres Karens n’était pas isolée, mais qu’elle apportait sa petite pierre à un mouvement de beaucoup plus grande ampleur. La coopérative de Mae Woei Clo est typiquement ce que Yunus appelle un social-business de type II : une structure économique appartenant aux plus démunis, qui permet de lutter durablement contre la pauvreté. C’est un fonctionnement bien distinct de celui des ONG ou des organisations de bienfaisance : le projet acquière une indépendance financière qui lui donne de la pérennité. Le don n’est pas une perte : il est investi économiquement, donne du travail à ceux qui n’en ont pas et fructifie pour le bénéfice de ceux qui le reçoivent.

L’essentiel du travail consiste à apporter un soutien de compétences à la création et au suivi du projet. C’est par exemple ce que nous avons fait en mettant en place un système informatique de gestion de la coopérative : les logiciels BOB (MaeSot) et COCO (Mae Woei Clo), et la clé USB qui assure leurs synchronisations : HERMES. C’était un vaste chantier de cette année, qui est maintenant terminé. Aucun salarié local n’aurait pu programmer COCO, mais Kitirot sait en revanche le faire fonctionner. Et sait comment nous contacter en cas de problème, par le réseau des Missions Etrangères de Paris, par l’association d’anciens volontaires Terres Karens.

Le mot de la fin : une semence qui ne demande qu’à croître

Le projet ne prétend pas résoudre les problèmes rencontrés par les communautés karens de la région de MaeSot, mais il contribue à apporter quelques propositions de solutions à son échelle. On peut considérer que c’est du gâchis de consacrer autant de temps pour un petit village de 300 habitants, et des tisserandes isolées des montagnes qui forment la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande.

Mohammed Yunus répond à sa manière : « Même si vous n’améliorez la vie que de cinq personnes, cela vaut la peine d’être fait. Il n’est pas nécessaire de trouver des formules permettant d’atteindre des millions d’individus. Mais si vous réussissez à exercer un impact positif sur cinq ou dix personnes, vous aurez inventé une semence que vous pourrez planter un million de fois ».

Nous avons déjà planté deux graines. La coopérative ne demande aujourd’hui qu’à grandir, comme l’association Terres Karens.

Il faut espérer que le projet donnera envie à d’autres de se lancer dans des aventures analogues. Les organismes qui proposent l’envoi de volontaires sont nombreux, et vous pouvez par exemple postuler, comme moi, aux Missions Etrangères de Paris. Ou vous engager dans des projets correspondant mieux à votre profil ou à vos disponibilités. En tout cas, les opportunités, et surtout les besoins ne manquent pas !

Ce n’est en tout cas pas le genre d’expérience qui déçoivent, ou que l’on regrette. Et, contrairement à ce que beaucoup pensent, on peut espérer que la réussite soit au bout du chemin, ce qui ne représente pas une petite chose pour les personnes que l’on vient aider.

Et comme dit Brel « Au suivant ! » :

Par Augustin Duport, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris. Augustin vient d’arriver en Thaïlande : il restera quatre mois à Mae Woei Clo et s’occupera à mi-temps de la coopérative. Premières impressions après une semaine dans la montagne.

J’ai découvert avec joie et admiration l’impressionnante structure que constitue la coopérative : tous les gens qu’elle rassemble et fait travailler ensemble, les espoirs qu’elle nourrit etc… Pas de points négatifs à relever en une semaine en tout cas. Le projet semble assimilé et j’ai avant tout un rôle de maintien de l’ordre.

Mais un système bien rôdé ne signifie pas pour autant un volontariat inactif. Nous avons déjà développé cette semaine avec Alexis un projet proposant d’utiliser les capacités masculines du village (pas de sexisme !) : le tressage de paniers en bambou. Nous avons ainsi commandé environ 70 paniers pour contenir le fil en présentation dans le magasin de la coopérative. Une première initiative !

Voici une belle aventure qui s’annonce et j’ai encore aujourd’hui bien plus de chose à faire qu’à raconter : plus de nouvelles dans un mois un demi !

Et Esprit Karen France : on en est ou ?

En France, les mois de Juillet et Août signifient pour beaucoup départ en vacances et baisse de l’activité. En Thaïlande, c’est un peu le contraire, il nous fallait préparer la rentrée : des ventes privées sont prévues à partir du mois de septembre, et il faut donc des produits ! Le stock de lés actuel nous permettait d’en faire beaucoup, alors nous n’avons pas hésité. Foulques, Matthieu, Lorraine et Nicolas ont d’abord consulté l’équipe de Bangkok qui vend des produits Esprit Karen, à Bangkok, depuis trois ans. Nous avons pu utiliser leurs prototypes et grâce à leur expertise, une production de plus de 700 produits a été lancée à l’atelier de couture de Mae Saï. Ceux-ci sont maintenant en route, par bateau, vers le port du Havre.

Le 6 septembre, une nouvelle volontaire, Adélaïde, arrivera à Mae Sot. Elle remplacera Foulques (rentré en France en juillet) et sera chargée de la coordination entre la France et la Thaïlande ainsi que de la confection de produits qui seront ensuite vendus en France.

Le mot du bureau

La rentrée s’annonce chargée : de nouveaux volontaires, de nouvelles ventes et des nouveaux projets. Alexis revient en France, et va mettre son talent au profit du projet Esprit Karen France, qui est en train de se structurer. Les solutions pour le développement de la coopérative peuvent être trouvées ici, sur un terrain entrepreneurial plus accessible et plus connu pour l’ensemble de notre équipe.

Foulques est également rentré en France. Son travail, en collaboration avec l’équipe de Bangkok, nous a permis de réaliser la première vente de produits transformés en France. L’activité ne demande maintenant qu’à grandir pour le développement économique des Karens, en espérant que notre collaboration dure et s’enrichisse.

Un grand merci à eux deux pour leur investissement cette année sur le terrain, aux Missions Etrangères de Paris qui continuent à nous faire confiance et à nous soutenir, et à l’association Esprit Karen à Bangkok, qui inspire nos deux projets et nous aide à les mettre en place.

Nous mettons d’autre part en place des outils pour soutenir le travail des volontaires sur le terrain, et les accompagner comme nous le pouvons par nos expériences ou nos compétences.

Nous accueillons donc deux nouveaux volontaires, preuve du dynamisme de Terres Karens, et de la confiance des Missions Etrangères de Paris. Adelaïde remplacera Foulques pour la coordination d’Esprit Karen et Augustin remplacera Alexis pour la coordination de la coopérative. Un jeu de chaises musicales délicat mais qu’il faut espérer enrichissant. Une belle mission les attend : bienvenue à tous les deux !

Juin 2011 : Paré pour la saison des pluies !

Mauvais temps pour les karens …

Regard terne. Ambiance humide. Il pleut. Les moustiques sont revenus et flirtent autour de vos oreilles. La chaleur n’est pas tombée. Pas encore. Tout le monde sourit mais le cœur a du mal à y être.

Il a plu cette année un mois plus tôt que prévu. Une simple déprime sans les caresses du soleil ? C’est plus grave que ça. Les premiers orages se sont abattus sur les rizières, avant que les villageois n’aient eu le temps de les brûler. Des brûlis sans lesquels la terre ne peut donner. Ils ont bien essayé de faire comme si de rien n’était, mais la terre gorgée d’eau ne les a pas suivis.

Cette année, il n’y aura pas de récoltes.

Les plus anciens disent ne jamais avoir vu ça.

Ca a été difficile à digérer. Tout le monde s’est réuni. Plusieurs fois. On construira les maisons à côté des champs, pour la récolte prochaine. C’est toujours ça de pris. Elles n’ont jamais été construites aussi vite, comme pour se rattraper. Et puis, il a fallu faire face. Trouver des solutions.

 Certains envoient leurs enfants dans la vallée. Ils trouveront sûrement un emploi, et reverseront quelques sous à leurs familles. D’autres vont se louer dans les villages qui ne se sont pas faits surprendre (la majorité). Il faut savoir faire preuve d’humilité.

L’ambiance n’est pas à la fête, mais les karens ne sont pas encore du genre à déprimer.

Les hommes rigolent. Ils veulent apprendre à tisser, pour ‘gagner autant d’argent que leurs femmes !… ‘. Ils me demandent si on peut commercialiser de la vannerie. La concurrence est rude, j’ai peur que ce soit difficile… Et au contraire des produits transformés à partir de tissu, on ne peut pas ‘adapter’ les pièces en bambou à un marché-cible. La marge de manœuvre est presque nulle.

Dans ce contexte, le projet ‘coopérative’ prend une autre ampleur. La plupart des familles comptent sur nous. Certaines avaient choisies de tisser à plein temps, toutes sont maintenant contraintes de le faire.

C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle que nous ayons pu apporter une solution, qui, a posteriori, permettra à beaucoup de foyers de continuer à vivre dans la montagne. Une mauvaise nouvelle pour la coopérative, parce que nous n’avions pas prévu un tel afflux de pièces de tissu. Nous avions compté que la production baisserait à partir de Pâques, les femmes retournant aux champs pour aider leurs maris. C’est le contraire qui s’est produit. Le stock augmente semaine après semaine, encore dans des proportions raisonnables. Et après ?

C’est un défi posé par les nuages. Si nous nous arrêtons, ou si nous nous limitons, de nombreuses familles partiront dans la vallée. Un exode rural contraint qui ne les ravit pas toutes.

Un défi que nous allons essayer de relever, avec les petits moyens que nous avons. Nous ne proposons pas de solutions révolutionnaires ou d’assistance humanitaire hors norme. Nous proposons simplement un travail aux femmes. En tissant deux pièces de tissu par semaine, on gagne de quoi nourrir sa famille.

Lancement de la coopérative de riz

Dans ce contexte, nous avons choisi de lancer les ‘opérations riz’. Sur le même principe que le fil, si tout le monde va acheter son riz ensemble, on économise le moyen de transport, et un peu plus. Avec soixante sacs de riz (le volume de notre première opération), nous proposons un sac de riz moins cher qu’à la ville la plus proche (à deux heures de route). Grand succès ! Grâce aux dons, nous avons pu avancer les achats, et nous gardons les sacs en stock, le temps que chacun trouve de quoi les acheter. Il baisse petit à petit et l’argent revient dans la caisse. Il faut espérer que le prix n’augmente pas trop entre temps … !

Les plus sceptiques ont attendu de le voir pour y croire. Et veulent acheter le riz qu’ils n’ont pas commandé ! Dimanche, nous organiserons une opération ‘retardataires’… A laquelle nous convions aussi les villages voisins, qui n’ont pas des volumes suffisants pour organiser un transport.

Le règlement intérieur a fait l’objet de longues discussions. Il est impossible, m’a-t-on expliqué, qu’une famille seule ne puisse plus participer au programme si elle ne peut acheter le sac qu’elle a commandé. ‘Tout le monde les regarderait de travers, et ils se sentiraient exclus’, m’explique la directrice de l’école (personnalité reconnue et écoutée par tous, porte-parole de l’affaire auprès des villageois).

Pas question pour autant de fonctionner à perte, ou d’autoriser les non-remboursements. C’est le seul moyen pour que la coopérative de riz périclite après quelques semaines de fonctionnement.

Il a fallu ruser ! Les mauvais payeurs pourront tisser une pièce compliquée pour l’acheter en dernier recours. Sinon, le sac en question retournera à la coopérative, qui n’aura aucun mal à le vendre dans les villages voisins, qui ne participent que de loin au programme parce que nous ne pouvons pas livrer le riz chez eux. Avec peu de mauvais payeurs, la coopérative ne perdra que le prix de petits trajets en moto dans les villages voisins. Le mauvais payeur, lui, ‘donnera son sac de riz au village voisin’ (je cite). Une manière comme une autre de voir les choses… !

Pour l’anecdote de la fin, nous avons répondu à une commande de 20 sacs supplémentaires dans un village très peu accessible, pas même en moto au cœur de la saison des pluies. – Comment sont-ils venus les chercher à Mae Woei Clo ? En éléphant, bien sûr ! Deux magnifiques éléphantes qui ont regardé avec une pointe de mépris la demie-tonne de riz que nous avons chargé sur leur dos, et sont reparties comme si de rien n’était…

Des nouvelles de Foulques et Marion

Après avoir expédié les produits pour la vente du 28 mai avec succès, la coopérative se devait de trouver de nouveaux débouchés. Deux secteurs possibles : le marchés des lés de tissu, et celui des produits transformés. Le premier est, localement, très difficile d’accès, et pour cause : les tissus produits dans les camps de réfugiés sont vendus à des prix défiant toute concurrence, et notamment celle de la coopérative. Nous nous sommes donc concentrés sur le marché des produits finis, à l’image de ceux que nous exportons en France. Nous avons ainsi conclu des partenariats avec des boutiques locales. Nos produits y sont exposés moyennant une marge à la vente pour le boutiquier.

Nous travaillons d’autre part à une nouvelle gamme de produits destination … la France !

Une première vente réussie !

Pour notre plus grande joie, la première vente privée d’Esprit Karen s’est en effet déroulée avec succès. Ravissement des yeux et joie partagée pour tous, nous avons pu exposer nos premiers produits. Les finitions et les gammes ont été appréciées par les amis, familles ou inconnus qui se sont rendus aux Missions Etrangères de Paris le samedi 28 mai, en répondant à notre rendez-vous. Un grand merci aux MEP de nous avoir accueillis !

Les bénéfices de cette vente ont entièrement été reversés à la coopérative, ce qui lui permet de continuer à fonctionner pendant la saison des pluies, malgré les imprévus climatiques de cette année.

L’univers art de la table, ou se mêlaient sets de table, maniques, range-couverts, des objets cocooning de trousses de toilette ou pochettes ont plongé les participants en Terres Karens, notamment aussi grâce aux aquarelles et photos qui défilaient sur le grand écran. Les plus curieux ont pu profiter des informations données par les membres de l’équipe de Paris, pour la plupart anciens volontaires de Thaïlande. Les recommandations et les appréciations de nos visiteurs nous permettront de développer une gamme de produits plus homogène, et qui corresponde de mieux en mieux aux attentes du marché français. Rendez-vous à la rentrée pour apprécier nos nouveaux produits !

Le mot du bureau

Ce mois de mai s’est avéré particulier pour l’association. La première vente de produits d’un côté, une anomalie météorologique de l’autre, dans la montagne. Un imprévu lourd de conséquences, une réussite. Terres Karens doit plus que jamais continuer à développer ses projets pour proposer à bien des familles une alternative à l’exode rural. La coopérative et Esprit Karen vont essayer de tenir leurs promesses !

Malgré la grosse production de tissus, que nous n’avions pas prévue, nous choisissons de continuer à soutenir les femmes tisserandes. C’est un investissement que nous faisons, en comptant que le succès de la vente du 28 mai pourra se reproduire à la rentrée, et que le stock de lés s’écoulera. Nous comptons sur votre aide pour nous guider et nous accompagner dans nos projets, et nous remercions tous ceux qui nous soutiennnent déjà ! A bientôt !