Un Noël pas comme les autres

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Thibault et Adélaïde sont en Thaïlande depuis maintenant 6 mois chez les Karens. Ils vous racontent comment ils ont vécu Noël dans des conditions inoubliables.

La fête de Noël s’étale en réalité sur un mois. En effet, les prêtres ont en charge un nombre important de villages qu’ils visitent pour célébrer la messe, bénir les familles et faire la fête avec les villageois. Nous avons donc assisté à 8 Noëls en suivant le Père Nicolas, jeune prêtre des Missions Etrangères de Paris et ses catéchistes, tout juste sortis de l’université thaïe et rentrés donner deux ans de leur vie pour la mission.

Nous avons commencé par Ponouaypou, petit village karen où habite le Père Nicolas. De Maesot, la ville où nous vivons, il faut prendre le songtheo, une sorte de pick-up taxi à trajet prédéfini qui vous arrête et vous prend où vous voulez sur la route. 3 heures de trajet mémorable où gens, animaux et marchandises s’entassent et papotent dans une ambiance unique.

Arrivés au village, nous avons assisté à la décoration de l’église : affichage d’icônes et images pieuses, préparation d’une crèche en paille illuminée par des guirlandes multicolores, installation de l’étoile du berger qui sera hissée en-haut d’un mât devant l’église avant de débuter la célébration.

La fête de Noël commence par un grand banquet qui réunit tous les chrétiens du village. Au menu : un cochon entier tué et préparé pour l’occasion, des assortiments de petits légumes, plantes bouillies, pousses de bambous, fleurs de bananes, omelettes et bien sûr du riz, en quantité. Un vrai régal ! Les gens se servent et s’assoient en cercle autour de petites tables. Le prêtre bénit le repas et tout le monde commence. En moins d’une demi-heure, le dîner est plié car tout le monde a fini son plat.

Après la nourriture terrestre, place à la spirituelle ! Que la messe commence ! D’un côté les femmes et les bébés, de l’autre les hommes et la chorale des enfants. Chacun a mis son vêtement traditionnel et l’assemblée est multicolore. Dans cette petite église, les bancs seraient superflus. Tout le monde est assis par terre, prie et chante avec une ferveur et un recueillement à faire pâlir les églises françaises. Avec nos 15 mots de karen, nous ne comprenons pas grand chose, mais le mystère de Noël agit en nous. Dieu se fait petit enfant et prend place parmi nous dans cette petite église où nous sommes en communion avec nos frères karens. Nous n’avons pas le même mode de vie, la même culture, mais nous partageons la même foi en un Dieu incarné qui se fait proche de nous. Et lorsque retentit en langue karen le traditionnel « Il est né le Divin enfant », suivi des « Anges dans nos campagnes », nous chantons avec eux à pleins poumons :

« Kloooooooooooooooo riiiiiaaaaaa, imlechsteeeesisteo »

A la fin de la messe, chacun vient se prosterner avec humilité pour embrasser l’enfant Jésus et déposer un petit bâtonnet d’encens incandescent au pied de la crèche.

Après la messe viennent les festivités. Tous les villageois sont conviés, même ceux qui ne sont pas chrétiens. On commence par le visionnage du film « Marie de Nazareth » doublé en langue karen, avec Francis Lalanne dans le rôle de Joseph. Nous ne pensions pas pouvoir autant rire devant ce film un jour ! S’enchainent ensuite les spectacles préparés par les enfants de l’école, très influencés par la culture thaïe. Chaque classe y va de sa chorégraphie digne de Kamel Ouali en exécutant des danses sur les tubes thaïs du moment. Les meilleurs danseurs reçoivent de la main du prêtre, du chef des chrétiens ou des anciens des gâteaux et des bonbons en guise de récompense. Vient enfin le moment de la loterie où chaque ticket est gagnant et qui permet à chaque famille de recevoir des couvertures, glacières, rice cookers, lessives et produits de toilette.

Attention, la soirée n’est pas encore terminée, vient le moment pour le Père Nicolas d’aller bénir les familles et chanter dans les maisons ! Accompagnés du petit Jésus dans sa mangeoire, nous visitons une par une les maisons. Après la bénédiction du prêtre, tout le monde s’assoie en cercle et entonne des chants traditionnels. La guitare des catéchistes rythme la soirée et les verres d’alcool de riz passent de main en main, pour symboliser l’unité du groupe présent.

En tout, nous avons visité 6 villages karens en une semaine. L’hospitalité, l’accueil et les sourires qui nous étaient réservés nous ont profondément bouleversés. Nous nous rendons compte à quel point travailler aux côtés de ces personnes est une chance.


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Juin 2011 : Paré pour la saison des pluies !

Mauvais temps pour les karens …

Regard terne. Ambiance humide. Il pleut. Les moustiques sont revenus et flirtent autour de vos oreilles. La chaleur n’est pas tombée. Pas encore. Tout le monde sourit mais le cœur a du mal à y être.

Il a plu cette année un mois plus tôt que prévu. Une simple déprime sans les caresses du soleil ? C’est plus grave que ça. Les premiers orages se sont abattus sur les rizières, avant que les villageois n’aient eu le temps de les brûler. Des brûlis sans lesquels la terre ne peut donner. Ils ont bien essayé de faire comme si de rien n’était, mais la terre gorgée d’eau ne les a pas suivis.

Cette année, il n’y aura pas de récoltes.

Les plus anciens disent ne jamais avoir vu ça.

Ca a été difficile à digérer. Tout le monde s’est réuni. Plusieurs fois. On construira les maisons à côté des champs, pour la récolte prochaine. C’est toujours ça de pris. Elles n’ont jamais été construites aussi vite, comme pour se rattraper. Et puis, il a fallu faire face. Trouver des solutions.

 Certains envoient leurs enfants dans la vallée. Ils trouveront sûrement un emploi, et reverseront quelques sous à leurs familles. D’autres vont se louer dans les villages qui ne se sont pas faits surprendre (la majorité). Il faut savoir faire preuve d’humilité.

L’ambiance n’est pas à la fête, mais les karens ne sont pas encore du genre à déprimer.

Les hommes rigolent. Ils veulent apprendre à tisser, pour ‘gagner autant d’argent que leurs femmes !… ‘. Ils me demandent si on peut commercialiser de la vannerie. La concurrence est rude, j’ai peur que ce soit difficile… Et au contraire des produits transformés à partir de tissu, on ne peut pas ‘adapter’ les pièces en bambou à un marché-cible. La marge de manœuvre est presque nulle.

Dans ce contexte, le projet ‘coopérative’ prend une autre ampleur. La plupart des familles comptent sur nous. Certaines avaient choisies de tisser à plein temps, toutes sont maintenant contraintes de le faire.

C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle que nous ayons pu apporter une solution, qui, a posteriori, permettra à beaucoup de foyers de continuer à vivre dans la montagne. Une mauvaise nouvelle pour la coopérative, parce que nous n’avions pas prévu un tel afflux de pièces de tissu. Nous avions compté que la production baisserait à partir de Pâques, les femmes retournant aux champs pour aider leurs maris. C’est le contraire qui s’est produit. Le stock augmente semaine après semaine, encore dans des proportions raisonnables. Et après ?

C’est un défi posé par les nuages. Si nous nous arrêtons, ou si nous nous limitons, de nombreuses familles partiront dans la vallée. Un exode rural contraint qui ne les ravit pas toutes.

Un défi que nous allons essayer de relever, avec les petits moyens que nous avons. Nous ne proposons pas de solutions révolutionnaires ou d’assistance humanitaire hors norme. Nous proposons simplement un travail aux femmes. En tissant deux pièces de tissu par semaine, on gagne de quoi nourrir sa famille.

Lancement de la coopérative de riz

Dans ce contexte, nous avons choisi de lancer les ‘opérations riz’. Sur le même principe que le fil, si tout le monde va acheter son riz ensemble, on économise le moyen de transport, et un peu plus. Avec soixante sacs de riz (le volume de notre première opération), nous proposons un sac de riz moins cher qu’à la ville la plus proche (à deux heures de route). Grand succès ! Grâce aux dons, nous avons pu avancer les achats, et nous gardons les sacs en stock, le temps que chacun trouve de quoi les acheter. Il baisse petit à petit et l’argent revient dans la caisse. Il faut espérer que le prix n’augmente pas trop entre temps … !

Les plus sceptiques ont attendu de le voir pour y croire. Et veulent acheter le riz qu’ils n’ont pas commandé ! Dimanche, nous organiserons une opération ‘retardataires’… A laquelle nous convions aussi les villages voisins, qui n’ont pas des volumes suffisants pour organiser un transport.

Le règlement intérieur a fait l’objet de longues discussions. Il est impossible, m’a-t-on expliqué, qu’une famille seule ne puisse plus participer au programme si elle ne peut acheter le sac qu’elle a commandé. ‘Tout le monde les regarderait de travers, et ils se sentiraient exclus’, m’explique la directrice de l’école (personnalité reconnue et écoutée par tous, porte-parole de l’affaire auprès des villageois).

Pas question pour autant de fonctionner à perte, ou d’autoriser les non-remboursements. C’est le seul moyen pour que la coopérative de riz périclite après quelques semaines de fonctionnement.

Il a fallu ruser ! Les mauvais payeurs pourront tisser une pièce compliquée pour l’acheter en dernier recours. Sinon, le sac en question retournera à la coopérative, qui n’aura aucun mal à le vendre dans les villages voisins, qui ne participent que de loin au programme parce que nous ne pouvons pas livrer le riz chez eux. Avec peu de mauvais payeurs, la coopérative ne perdra que le prix de petits trajets en moto dans les villages voisins. Le mauvais payeur, lui, ‘donnera son sac de riz au village voisin’ (je cite). Une manière comme une autre de voir les choses… !

Pour l’anecdote de la fin, nous avons répondu à une commande de 20 sacs supplémentaires dans un village très peu accessible, pas même en moto au cœur de la saison des pluies. – Comment sont-ils venus les chercher à Mae Woei Clo ? En éléphant, bien sûr ! Deux magnifiques éléphantes qui ont regardé avec une pointe de mépris la demie-tonne de riz que nous avons chargé sur leur dos, et sont reparties comme si de rien n’était…

Des nouvelles de Foulques et Marion

Après avoir expédié les produits pour la vente du 28 mai avec succès, la coopérative se devait de trouver de nouveaux débouchés. Deux secteurs possibles : le marchés des lés de tissu, et celui des produits transformés. Le premier est, localement, très difficile d’accès, et pour cause : les tissus produits dans les camps de réfugiés sont vendus à des prix défiant toute concurrence, et notamment celle de la coopérative. Nous nous sommes donc concentrés sur le marché des produits finis, à l’image de ceux que nous exportons en France. Nous avons ainsi conclu des partenariats avec des boutiques locales. Nos produits y sont exposés moyennant une marge à la vente pour le boutiquier.

Nous travaillons d’autre part à une nouvelle gamme de produits destination … la France !

Une première vente réussie !

Pour notre plus grande joie, la première vente privée d’Esprit Karen s’est en effet déroulée avec succès. Ravissement des yeux et joie partagée pour tous, nous avons pu exposer nos premiers produits. Les finitions et les gammes ont été appréciées par les amis, familles ou inconnus qui se sont rendus aux Missions Etrangères de Paris le samedi 28 mai, en répondant à notre rendez-vous. Un grand merci aux MEP de nous avoir accueillis !

Les bénéfices de cette vente ont entièrement été reversés à la coopérative, ce qui lui permet de continuer à fonctionner pendant la saison des pluies, malgré les imprévus climatiques de cette année.

L’univers art de la table, ou se mêlaient sets de table, maniques, range-couverts, des objets cocooning de trousses de toilette ou pochettes ont plongé les participants en Terres Karens, notamment aussi grâce aux aquarelles et photos qui défilaient sur le grand écran. Les plus curieux ont pu profiter des informations données par les membres de l’équipe de Paris, pour la plupart anciens volontaires de Thaïlande. Les recommandations et les appréciations de nos visiteurs nous permettront de développer une gamme de produits plus homogène, et qui corresponde de mieux en mieux aux attentes du marché français. Rendez-vous à la rentrée pour apprécier nos nouveaux produits !

Le mot du bureau

Ce mois de mai s’est avéré particulier pour l’association. La première vente de produits d’un côté, une anomalie météorologique de l’autre, dans la montagne. Un imprévu lourd de conséquences, une réussite. Terres Karens doit plus que jamais continuer à développer ses projets pour proposer à bien des familles une alternative à l’exode rural. La coopérative et Esprit Karen vont essayer de tenir leurs promesses !

Malgré la grosse production de tissus, que nous n’avions pas prévue, nous choisissons de continuer à soutenir les femmes tisserandes. C’est un investissement que nous faisons, en comptant que le succès de la vente du 28 mai pourra se reproduire à la rentrée, et que le stock de lés s’écoulera. Nous comptons sur votre aide pour nous guider et nous accompagner dans nos projets, et nous remercions tous ceux qui nous soutiennnent déjà ! A bientôt !

En avril, la coopérative vend encore du fil – Avril 2011

Par Alexis BALMONT, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris, responsable du projet ‘coopérative’ pour l’association Terres Karens. Alexis, parti en septembre 2010 pour créer une coopérative au village de Mae Woei Clo, initie le projet cette année en organisant les tisserandes du village.

La phase de croissance touche à sa fin

Le stock de tissu est constitué !

Deux cent lés de tissu : c’est le stock que nous avons constitué en plus de nos commandes pour pouvoir proposer un service uniforme sur toute l’année. Qu’il pleuve, qu’il vente, ou que les tisserandes boudent, nous pourrons proposer un service à nos clients en puisant dans notre armoire. Il s’agit donc, à partir de maintenant, de transformer les pièces de tissu hebdomadaires en produits finis (grâce aux couturières de Mae Tan ou de Mae Saï) pour les placer dans des boutiques de la région, ou les envoyer à l’équipe du projet K4K en France.

Quelques lés de tissu de la coopérative en cascade …

Les tisserandes sont fidèles …

Les hommes sont repartis aux champs, mais la production n’a pas baissé … ! Les femmes ont donc choisi de nous faire confiance et ont fait du tissage un métier à plein temps.

Deux-tiers des références sont en magasin

Grâce aux dons, la coopérative continue à s’équiper en couleurs pour pouvoir proposer aux tisserandes le plus de références de fils possible. Dans la gamme du fournisseur qu’elles ont choisi, il reste encore 44 couleurs. Dans un mois, elles seront en magasin !

Un projet pour la rentrée prochaine : un bâtiment

Une petite pièce ne suffit plus  pour stocker les fils proposés aux tisserandes. Le succès de la coopérative de tissus est confirmé par six mois d’activité et de croissance ; la confiance est acquise et tous ne demandent qu’à étendre les activités de la structure à d’autres secteurs (riz, essence). Il est temps aujourd’hui de prévoir la construction d’un bâtiment pour organiser nos activités, et continuer de les développer.

Le bâtiment s’inscrira dans un projet plus global : la coopérative s’insérera derrière une maternelle (pour que les jeunes tisserandes gardent un œil sur leurs enfants), et proposera un potager alimenté par … les nouvelles toilettes de l’école primaire ! Voici un aperçu de ces bâtiments que nous espérons pouvoir commencer à construire dés la fin de la saison des pluies, en octobre prochain.

De gauche à droite : l’école (déjà construite), la maternelle et les toilettes, et … la coopérative !

Le plan de la cooperative

Vue de face

Vue arrière

Vue de haut

Coupe vue de haut – face

Vue de derrière, avec son potager

Si tout se passe bien, ces bâtiments devraient être financés en grande partie par une caisse constituée par les bénéfices des premières ventes de l’équipe en France.

Vie privée, vie publique

Si beaucoup de femmes m’ont avouées qu’elles se débrouillaient dans les premiers mois pour se procurer du fil quand je n’étais pas chez moi, ou qu’elles envoyaient une audacieuse ambassadrice un peu plus courageuse que les autres prendre se procurer du fil chez le ‘grand gars à la peau blanche et au grand nez’ (mes trois caractéristiques principales ici), en voyant avec le temps que je mordais personne ni n’en insultais aucune, la tendance s’est inversée. Parfois un peu trop. D’aucunes n’hésitent plus à aboyer mon nom avant même que les premiers coqs ne se réveillent pour m’acheter trois bobines et me demander un peu troublées quand même par mon air rogue : ‘Tu es malade aujourd’hui ? Tu dors beaucoup ! Il est déjà presque cinq heures du matin !’.

Chodiphi, grande specialiste des reveils matinaux …

Un bâtiment distinct de la maison du volontaire pourrait au moins épargner le sommeil de mon successeur …

Créer du lien social …

Aujourd’hui, la plupart des tisserandes se regroupent dans la maison des unes ou des autres pour pouvoir, tout en travaillant, échanger leurs ragots sur les amourettes des plus jeunes ou les dernières nouvelles des jeunes partis à Bangkok. C’est une réalité bien connue de tous les volontaires de la région que, même sans réseau téléphonique et sans internet, l’information circule dans la montagne à une vitesse étonnante. Les cercles de tisseuses font partie de ces réseaux de cancaneries mystérieux par lesquels on peut, avec un peu de patience et quelques flatteries, obtenir les dernières nouvelles de la vallée. Par ce phénomène, les rassemblements de tisserandes sont naturels et recherchés.

L’idée serait de proposer aux tisserandes un endroit pour réunir celles qui le souhaitent, à proximité du magasin de fil et de la maternelle.

Une affaire à suivre (encore une…) !

Visite de l’équipe de Bangkok

L’équipe de Bangkok est montée à Mae Woei ! Deux jours dans la montagne pour réunir toute notre équipe ‘Thaïlande’ autour des tisserandes et renforcer notre collaboration avec l’équipe des femmes d’Esprit Karen. Au programme : visite de l’atelier de MaeTan, et rencontre des tisserandes de Mae Ou La Clo et Mae Woei Clo. Quelques photos de la rencontre !

L’équipe Esprit Karen de Bangkok en route vers Maewe …

Porimoh découvre une trousse Esprit Karen faite avec du tissu … de Mae Woei Clo !

Kitirot et la cheffe des tisserandes de Mae Ou La Clo

Kupomoh en plein travail sous l’oeuil attentif de toute l’équipe

Un nouveau coéquipier : Molly

Molly, petit singe déniché sur la route de Mae Woei Ta, a intégré notre équipe il y a maintenant deux mois. Très vite adopté par les jeunes et les moins jeunes, il contribue sans trop s’en douter à l’intégration de son maître, le ‘grand gars à la peau blanche et au grand nez’.

Quelques nouvelles de la vallée …

Par Foulques Le Tarnec, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris. Foulques, en école de commerce à Marseille, est arrivé en Thaïlande fin janvier. Sa mission : trouver de nouveaux débouchés pour la coopérative en coordonnant notamment la mise en place d’une filière de commerce équitable, K4K, qui exporterait des produits à l’étranger.

Entre les démarches administratives, les recherches de fonds, les évolutions du terrain et les renseignements logistiques, le dernier mois a été bien rempli ! Au-delà de ces différentes missions, le fait marquant du mois d’Avril a été les quelques jours que nous avons partagés à Mae Woeï Clo avec les tisserandes, Khem et Chichi (les couturières), Céline, Delphine, Julie, Françoise et Estelle (une partie de l’équipe Esprit Karen Bangkok), Marion, Alexis et Kitirot. Outre la possibilité de déguster quelques mets difficilement accessibles depuis Mae Woeï Clo (saucissons et gâteaux au chocolat, préparés par l’équipe Esprit Karen Bangkok), ce week-end « corporate » a surtout été l’occasion pour chacun de découvrir l’univers de l’autre. L’équipe d’Esprit Karen a ainsi pu découvrir les conditions de travail des tisserandes et découvrir sur le terrain quels étaient les effets de la coopérative tandis que les tisserandes ont pu apercevoir les produits que l’équipe Esprit Karen réalisait à partir des lés tissés. La réaction des femmes tisserandes face au « trois en un » (sorte de trio suspendu dans lequel l’on peut déposer toute sorte d’objet) était assez…étonnante ! Bref, cette rencontre a permis aux différentes parties de mieux se connaître et de réaliser que tous les efforts consentis depuis le début du projet en valent la chandelle !

 S’en sont suivis des rendez-vous à Bangkok auprès d’entrepreneurs, d’exportateurs et de transporteurs pour définir au mieux le processus que doivent respecter les produits finis depuis leur sortie de l’atelier de couture de Mae Saï. Il est donc arrêté que la coopérative s’associera avec une entreprise exportatrice de produits (textiles si possible) en France afin de simplifier les démarches administratives. Une fois en France, les produits seront alors à nouveau sous le giron de Terres Karens. Cette étape à Bangkok a aussi été l’occasion de récupérer des fonds confiés par l’AFB (Accueil Francophone de Bangkok) qui seront alloués à l’achat de nouvelles couleurs de fil de Chiang Maï.

Après quelques jours de repos nécessaires pour le renouvellement de mon visa au Cambodge (où j’ai fait d’une pierre deux coups : tampon sur mon visa et visite d’Angkor, avec une large préférence pour la seconde pierre !), j’ai dû rester quelques jours de plus à Bangkok : le pays était « paralysé » à cause de Sonkran (nouvel an local qui dure cinq jours pendant lesquels le pays se transforme en terrain de jeu pour une bataille d’eau géante). Après plusieurs seaux d’eau dans la tête du « farang » (moi), me voilà de retour à Mae Sot (après avoir lavé mon honneur) où les quinze prochains jours vont être intensifs ! Les produits réalisés par l’atelier de Mae Saï vont en effet être livrés la semaine prochaine ! Après un contrôle qualité sous l’œil exercé de l’équipe Esprit Karen Bangkok, ils seront expédiés en France… où l’équipe locale pourra enfin voir le résultat de leur travail ! Les quinze prochains jours seront aussi l’occasion de continuer les procédures de déclaration de la coopérative et de réaliser les derniers ajustements logistiques.

Quelques nouvelles de Paris (K4K) … une invitation !

Les Missions Etrangères de Paris vous ouvrent leurs portes le 28 mai pour une vente privée dont tous les profits seront reversés à l’association Terres Karens ! Soutenez nos projets en venant découvrir nos produits et accessoires de mode, et … plongez en terres karens !

Invitation aux MEP le 28 mai !

Et le mot du bureau !

Le mois dernier, la décision de lancer la première production de produits en Thaïlande en vue d’une première vente privée en France a été prise. Toute l’équipe s’est donc mobilisée afin que ce premier événement soit une réussite. Dans le but de définir exactement l’action de K4K, nous avons multiplié les rencontres. Ces dernières nous ont permis d’avancer et d’affiner le projet. La coopérative est désormais bien établie et son bâtiment est conçu virtuellement.

Des premiers partenaires nous font confiance : l’Accueil Francophone de Bangkok, le séminaire Saint Sulpice, et nous avons remporté le concours organisé par la Coordination des Jeunes Promotions de l’Ecole Centrale Paris. Si vous souhaitez soutenir nos projets, n’hésitez pas à télécharger et à diffuser la présentation de nos initiatives !

Terres Karens – Présentation

Quelles sont les nouvelles – Janvier 2011

La coopérative de tisserandes continue de se développer !

Fin novembre, je vous racontais comment nous avions décidé avec Kitirot de nous lancer dans l’aventure de la création d’une coopérative de tisserandes, pour lancer les opérations sur un exemple concret. Après six semaines de fonctionnement riches en expérience et l’intégration de trois nouveaux villages à la structure, nous proposons aujourd’hui du travail et du fil à une soixantaine de femmes. Elles ont accès aux meilleures matières premières de la région à un prix unitaire en-dessous de celui du marché ; et peuvent aujourd’hui commercialiser leurs pièces de tissu jusqu’à Bangkok. Last but not least, si tout se passe bien, on trouvera bientôt des produits confectionnés à partir de tissus karens … en France ! Tous les détails dans cette partie !

Quelques mots pour se remettre en tête le fonctionnement de notre coopérative :

Une idée simple : s’organiser pour travailler ensemble

Acheter ensemble

Le projet est fondé sur une idée toute simple : si toutes les femmes se fédèrent, elles acquièrent un pouvoir économique qui leur permet de faire des économies importantes en achetant leurs matières premières à des prix de gros. Dans cette logique, elles peuvent aller acheter du fil de meilleure qualité à un prix unitaire plus bas.

En pratique, Kitirot et moi sommes allés enquêter dans les villes de la province ; et nous avons fait affaire avec un négociant de la ville de Chang Mai, à plus de 500 kilomètres de Mae Woei Clo. Monsieur Ngamlertrat, que nous appelons maintenant par son prénom (Ratana), nous envoie du fil à MaeSot en nous faisant profiter des accords qu’il a passés avec une entreprise de transport industriel thaï. Ce fil, de la meilleure qualité que l’on puisse trouver sur le marché, peut ainsi ensuite être revendu à Mae Woei Clo à un prix de bobine unitaire de 11 Baths. Une petite révolution pour nos tisserandes qui devaient faire deux heures de route pour acheter du fil de moins bonne qualité … à 15 Baths la bobine !

Vendre ensemble

En fonctionnant ensemble, les femmes acquièrent une structure pour vendre leurs produits sur les marchés. Seules, elles ne peuvent réunit suffisamment de tissu pour amortir le prix du transport jusqu’aux marchés thaïs ; et n’ont donc pas d’autres possibilités que de vendre leurs pièces d’artisanat aux villages alentours.

Petit souci : il y a peu de débouchés commerciaux pour les chemises traditionnelles karens…

Nous leur avons donc proposé de tisser des lais (c’est l’unité de mesure du tissu : une pièce de 3 mètres de long sur 45 centimètres de large) unies, et récemment plus compliquées, que nous nous chargeons de vendre, principalement à Esprit Karen, une association qui imagine et commercialise des produits à partir de tissu karen dans les réseaux expatriés de Bangkok.

S’organiser

Les femmes se réunissent tous les dimanches soirs pour prendre les décisions ensemble. Ce sont elles qui fixent les prix de rachat des pièces finies (en fonction des possibilités de vente et de la complexité des tissus) ; et qui sanctionnent le cas échéant les tissus de mauvaise qualité (chose que ni Kitirot ni moi n’avons le courage de faire).

La semaine, chacun peut se référer à Eyrimoh, cheffe élue de la nouvelle structure, qui doit prendre les décisions avec au moins deux autres tisserandes. Ces décisions devront être validées par tous à la fin de la semaine, mais il n’y a généralement pas de soucis.

Eyrimoh, la cheffe élue de la coopérative de tisserandes

Trois nouveaux villages s’intègrent au projet

Ayant eu vent des changements, des femmes des villages alentours ont voulu s’intégrer à cette nouvelle organisation pour profiter des prix de rachat du fil et trouver de nouvelles sources de revenus pour leurs foyers. Nous les avons acceptées avec joie, et elles ont élues leur responsable, qui se rendent toutes les semaines à MaeWoei pour participer aux réunions.

Toutes les tisserandes de ces nouveaux villages peuvent venir acheter leur fil à MaeWoei, et participer aux commandes de lais de tissu.

Ces trois villages, MaePoKi, PoMuBaLeKo et MaeOuLaKlo, sont situés à moins d’une heure de piste.

Un nombre croissant de tisserandes

Partant, ce sont aujourd’hui une soixantaine de femmes qui participent aux activités de la toute nouvelle coopérative, qui en achetant simplement quelques bobines de fil, qui en devenant tisserande à plein temps pour les commandes … Les choses avancent très vite ! Chacune est libre de tisser quand elle veut, mais il faudra veiller à faire suffisamment de stock pour proposer un service continu toute l’année à nos partenaires commerciaux, service qui ne tienne pas compte des saisons agricoles.

Cela fait des réunions plus joyeuses qu’aux tous débuts !

Qui tisse pour la coopérative de Mae Woei Clo ?

Diversification des achats et des ventes

Nous avons fait un catalogue qui donne un aperçu du savoir-faire des tisserandes ; il a fallu pour cela photographier tous les motifs de toutes les tisserandes, chacune ayant sa compétence propre… Une fois que chacune avait bien compris ce que la coopérative pouvait proposer comme produits à l’extérieur (des pièces de tissu normées et de bonne qualité), et avait fait ses preuves en tissant une lai unie de bonne qualité, nous lui proposons de tisser des pièces plus compliquées, qui, vendues plus chères, permettent d’augmenter ses revenus.

Un aperçu du catalogue

En conséquence, nous avons du nous procurer d’autres types de fil pour produire des tissus bien spécifiques (Kitirot et moi sommes devenus de véritables spécialistes : nous connaissons mieux que beaucoup de vieilles femmes les fils et les motifs traditionnels, leurs noms et leurs points de vente. Inutile de dire que tous les hommes ne se privent pas de se moquer de ces deux gaillards qui sont devenus plus renseignés que leurs propres femmes sur ces sujets bien féminins. C’est une source intarissable de blagues en tout genre…).

Pour vous donner un petit aperçu, nous nous procurons par exemple du fil karen (« prakegno ») dans un village de la montagne assez inaccessible (Poblaki), et du fil délavé bicolore (« a ki ») auprès de la Karen Women Organisation (KWO), une association qui travaille avec les femmes des camps de réfugiés. Heureusement, l’essentiel du fil est maintenant acheté au téléphone à Chang Maï. C’est plus simple : le réseau téléphonique n’est qu’à deux heures de piste…

Une meilleure qualité de fil au service d’une production haut-de-gamme

Aujourd’hui, il semble que nous devions nous placer sur un marché haut-de-gamme, qui tienne compte à la fois de la qualité de nos fils et de l’exigence de notre artisanat (qui implique une valorisation importante du travail de la tisserande). En ce sens, Esprit Karen, qui propose des produits aux réseaux expatriés de Bangkok, est un interlocuteur adapté.

Des commandes, enfin !

Si nous avons déjà vendu un premier stock de tissus unis, nous avons reçu la semaine dernière notre première commande de tissus complexes ! Elle vient de Bangkok, Esprit Karen. Nous la répartirons dimanche entre toutes les tisserandes. C’est, il faut l’espérer, le début d’un partenariat de long terme !

Et puis, si l’équipe de Bangkok parvient à séduire le marché expatrié, pourquoi ne pas développer une ligne de produit vers les marchés français ?

Un projet de commerce équitable : K4K (Karens for Karens)

Ce serait bien dommage de ne pas tenter l’aventure ! La nouvelle équipe fraichement élue de Terres Karens se lance à l’assaut de ce nouveau projet : plus de détails dans les paragraphes qui suivent …

Une nouvelle équipe pour Terres Karens

L’équipe de Terres Karens à Paris s’est réunie pour élire une nouvelle équipe : merci à tous les anciens, et place au nouvel organigramme !

L’association vivra cette année autour du commerce équitable, pour relayer la toute nouvelle coopérative de Mae Woei Clo. Parole à Nicolas Boutin, nouveau président de l’association :

 » Nous formons cette année une équipe de 8 étudiants issus d’écoles d’ingénieur et  de commerce,  et nous nous sommes ralliés à l’association Terres Karens d’Alexis avec pour objectif de créer une filière de commerce équitable. Nos compétences, conjuguées à l’expérience de volontariat que certains d’entre nous ont déjà faite au service de cette ethnie minoritaire, les Karens, nous permettent de bien cerner les enjeux de ce projet.

L’objectif à ce jour est de relayer la mise en place à Mae Woei Clo d’une coopérative de tisserandes, et de structurer un atelier de couture permettant de confectionner toute une gamme de produits karens : coussins, chemins de table, trousses, hamacs, sacs aux mille et une couleurs de ce peuple. Dans un second temps, importer ces produits sur le marché français permettra d’aider toujours plus de femmes karens (et tous leurs foyers…). Cette entreprise portera le nom de K4K (Karen for Karen).

Foulques, un membre de notre équipe, part rejoindre Alexis mi-janvier. Sa mission va être de définir un statut juridique à notre entreprise, afin que celle-ci soit conforme à la législation thaïlandaise, et d’assurer la cohésion et le travail d’équipe de toutes les parties-prenantes potentielles du projet sur le terrain : Esprit Karen (notre projet vient compléter le leur), coopératives de tisserandes, ateliers de couture… 

 De notre côté depuis Paris, fin février, nous pourrons commencer à démarcher les boutiques en France et voir comment les produits karens sont perçus sur le marché, pour confectionner des produits qui s’adaptent au marché français. « 

Un nouveau volontaire sur le terrain : Foulques LE TARNEC

Vous l’avez lu : nouveau projet, nouveau volontaire ! Foulques LE TARNEC, étudiant en école de commerce à EUROMED (Marseille), mettra donc pour cinq mois ses compétences au service de l’action de Terres Karens sur le terrain, pour aboutir, il faut l’espérer, à la création d’une entreprise permettant de proposer un nouveau débouché pérenne à la coopérative de tisserande de Mae Woei Clo. Pourquoi une entreprise ? C’est une structure plus pérenne et plus professionnelle qu’une association, qui sera plus crédible auprès des marchés français.

J’accueille Foulques à l’aéroport samedi, et nous fonçons dans les montagnes pour que je lui explique tout ce que je sais du terrain et des karens. Nous y définirons plus précisément les détails pratiques de sa mission, toujours en accord avec les Missions Etrangères de Paris, pour qui nous sommes tous les deux volontaires cette année.

Plus de nouvelles de ce projet dans la prochaine newsletter !

La coopérative de tisserandes : un exemple concret au service de la mise en place d’une structure plus large

Vous l’aurez compris, la création d’une coopérative de tisserandes n’est pas mon objectif principal. L’enjeu est de tester un modèle de coopérative qui permettrait, outre les tisserandes, d’apporter une structure pour organiser et moderniser la vie agricole ; et, à long terme (5 ou 10 ans), être suffisamment solide financièrement pour supporter des activités de crédit. Ces trois activités sont les trois activités qu’autorise la loi thaïlandaise.

Le projet initial de Terres Karens : une coopérative, mais pas seulement pour les femmes

Si vous avez lu les dossiers de présentation du projet ‘coopérative’, téléchargeables sur le site internet de Terres Karens (www.terres-karens.org, rubrique Nos Projets), vous savez déjà qu’une coopérative développant ces trois activités apporterait des solutions concrètes aux problèmes rencontrés par les villages karens de la région de Tak. L’objectif, pour cette année, plus humble, est de créer une coopérative à l’échelle d’un village.

L’enjeu est le suivant : si la structure est effectivement adaptée aux besoins de la région et trouve un accueil favorable (ce qu’on peut espérer au vu des premiers résultats de la coopérative de tisserandes), elle se développera facilement aux villages alentours, « naturellement », c’est-à-dire de la même manière que la coopérative de tissage se développe : en répondant aux demandes concrètes des habitants des villages voisins. Si tout se passe bien, ce sera l’objet d’un second projet qui commencera avec un nouveau volontaire à la rentrée prochaine.

Il faut donc qu’à un moment ou un autre la structure, profitant de l’exemple très concret des tisserandes, applique les mêmes principes pour développer d’autres activités.

Le déclic : « Mais, Alexis, pourquoi on ne ferait pas pareil pour le riz, ou pour l’essence ? »

La phrase est de Kitirot. Elle montre que l’idée fait son chemin dans les esprits des uns et des autres, et permet d’espérer une diversification des activités de la coopérative sous peu. Si l’organisation des tisserandes a encore besoin d’un accompagnement à plein temps pour au moins un bon mois, on peut espérer pouvoir appliquer les mêmes principes pour organiser un cadre pour la vie agricole ou l’approvisionnement en produits ‘non concurrentiels’ (il ne s’agit pas de priver les trois épiceries du village de leurs sources de revenus) : le riz, le piment, l’essence … Ce sera sans doute en ce sens que nous progresserons dans les prochaines semaines. Plus de détails, encore, dans la prochaine newsletter !

Gros plan sur …

Le logiciel de gestion de la coopérative

Dans la rubrique ‘innovation’, je vais vous présenter plus particulièrement aujourd’hui le logiciel de gestion de la coopérative. Je vous avais écrit dans les premières semaines que je me formais au langage de programmation d’Excel (ce qui n’a pas forcément du vous passionner) ; je peux vous donner aujourd’hui un aperçu de ce que ce travail m’a permis de faire (ce qui est un peu plus intéressant).

La problématique est la suivante : nous créons une structure économique un peu complexe à destination d’un public qui n’a pas forcément eu la chance de se former pour la gérer. A titre d’exemple, Kitirot ne connait pas les chiffres décimaux… Il faut donc créer un outil simple très simple d’utilisation qu’il sache utiliser. S’il pouvait me faciliter la vie dans le village, ce serait un avantage.

Sur la page d’accueil du logiciel, on trouve une carte du village.

Page de garde de notre logiciel de gestion

En cliquant sur une maison, on accède à une page qui présente un trombinoscope de ses habitants (ça, c’est pour moi, histoire de ne pas faire trop d’impairs diplomatiques quand on m’annonce avec un grand sourire : « Tu es invité à dîner chez Mouwimoh ! ». Réaction des premières semaines (intérieure) : « Au secours ! Qui est-ce !? ». Maintenant, plus détendu, je trouve la photo de Mouwimoh et l’emplacement de sa maison en quelques coups de clics).

Les 56 maisons du village ont le droit à une page analogue

En cliquant sur la maison du volontaire, on accède à un onglet de gestion de la coopérative.Le logiciel calcule le prix de revient des intrants en répercutant le coup des transports, garde en mémoire les tisserandes qui participent aux commandes en leur attribuant la bonne quantité de fil, gère les stocks de la coopérative, tient la comptabilité et gère le magasin de fil. Tout ça en quelques clics, que Kitirot, malin comme il est, a très rapidement maîtrisé.

Un petit aperçu de l’onglet de gestion de la coopérative, avec ce petit espace de vente

Nous sommes allés un peu plus loin en donnant des cartes de la coopérative à nos tisserandes (coût de la carte : 4 Baths = 10 centimes d’euros). Le logiciel, grâce à une poussette, lit le code barre et sait identifier la tisserande. On gagne du temps, et les tisserandes sont relativement fières de leurs cartes…

La carte de Nowawamoh, que le logiciel connaît sous le numéro 79 …

Dans l’onglet ‘Récapitulatif’, on a accès aux tisserandes à qui l’on a donné du fil et qui n’ont pas encore terminé de tisser. Lorsque qu’elles ont terminé, elles viennent nous trouver, le logiciel les identifie dans la liste, reporte le mouvement comptable et met à jour les stocks.

Personne ne pourra s’échapper dans la nature avec son fil

Bledimoh, toute heureuse de tisser à plein temps

Bledimoh m’a annoncé toute heureuse mercredi que grâce aux commandes de la coopérative, elle n’aurait pas à faire la rizière cette année. « Avec Blédipah –sic : son mari-, nous avons calculé que, si je tisse à plein temps, nous pouvions employer quelqu’un pour cultiver le riz à ma place, et nous sommes gagnants ». Puis elle m’a fait le descriptif de toutes les douleurs aux jambes que la rizière avait infligé à sa cinquantaine d’années, pour conclure par un joyeux : « Tu me sauves la vie, petit frère ! ». Outre de proposer une activité plus respectueuse de la santé des femmes du village, la coopérative crée donc une forme d’activité économique dans la montagne. Un effet tout à fait heureux que nous n’espérions pas aussi rapide.

On demande un ingénieur !

Le logiciel une fois terminé, il s’avère que la gestion de la coopérative ne prends pas beaucoup de temps. J’ai donc pu mettre mes compétences d’ingénieur au service des uns et des autres.

De la conception assistée par ordinateur

Voilà un aperçu des bâtiments que j’ai dessiné sur mon ordinateur thaïlandais. L’église est destinée au village de Poblaki, comme le pensionnat dont la construction a d’ailleurs déjà commencé. La maison est celle de Layo, qui, après quatre ans d’économies, a amassé de quoi se construire un véritable palace à l’échelle du village ! J’ai gagné un renom pas possible, et je me retrouve à devoir faire les plans de quatre autres maisons… (plus humbles, heureusement).

Le futur pensionnat de Poblaki

Une maison en dur pour Layo

La future église de Poblaki

Quelques statistiques de Mae Woei Clo

Grâce au logiciel, nous avons pu établir des statistiques à l’échelle de Mae Woei Clo. Les principaux résultats sont reportés dans le tableau suivant :

On remarque que les conclusions de nos études sont pertinentes : la pyramide des âges comporte un creux dans la branche des 18 – 35 ans. Tous les jeunes sont partis à la ville faute de ressources économiques dans la montagne, et le village n’est plus habité que par les personnes âgées et les enfants. Voilà de quoi nous redonner de l’ardeur à la tâche, pour essayer de créer une activité économique qui propose une vraie alternative à l’exode rural.

L’expérience karen du mois : alimentation

En rentrant de la pêche au masque la semaine dernière (la technique consiste, équipé d’un masque et d’un harpon, à explorer les dessous de berge pour y dénicher son déjeuner. Pour l’anecdote, les karens emploient l’expression consacrée « regarder les poissons »…) Loubopah a rapporté … un boa !

Loubopah

– Il y en avait deux sur le chemin, nous dit-il avec fierté, mais je n’ai réussi qu’à avoir le petit.

Petit qui mesurait quand même deux mètres de long. Après avoir fait la blague classique qui consiste à le jeter sur les nouveaux arrivants en criant « Serpent ! », il nous l’a … cuisiné. On le déguste avec les os et une bonne dose de piments ; et ce n’est pas mauvais. Il m’a décrit pendant un bon moment toutes les maladies que j’évitais en acceptant de manger le reptile, connu pour ses vertus médicinales ; et son discours a été si convaincant que je me suis resservi plusieurs fois. Depuis, je me porte comme un charme !

La directrice est, dans le même genre, passionnée d’araignées. Quand on est invité à dîner chez elle et qu’elle veut vous faire plaisir, on n’y coupe pas : vous avez dans votre assiette des araignées géantes.

Chrisamoh, directrice de l’école primaire de MaeWoei

Voilà pour quelques nouvelles du terrain ! Vous l’aurez sans doute deviné à la longueur de la newsletter, j’ai pris trois jours de repos après ces quelques mois sans pause … Inutile de vous dire donc que je suis en pleine forme !

N’hésitez pas à m’envoyer de vos nouvelles à l’adresse suivante :

Alexis BALMONT
92 / 9 Catholic Church MaeTowo
Tha Song Yang
C.Tak 63150 Thaïlande

Alexis BALMONT, Volontaire pour les Missions Etrangères de Paris
alexis.balmont@terres-karens.org
+ 668 00 31 53 57

 PS : Si vous voulez venir me voir, le village de Mae Woei Clo s’est récemment équipé d’une Guest House ! Toutes les informations en téléchargeant le document suivant :

Informations sur la Guest House

Brèves de Mae Woei Clo – Novembre 2010

Six semaines plus tard … Une coopérative de tisserandes !

Mi-octobre, je cherche à mobiliser une dizaine de villageois pour commencer à poser les premières fondations d’un coopérative. Quand je me présente dans les familles, je me rends compte que les interlocuteurs les plus accrochés à mon mauvais karen sont … les femmes. Et chacune d’entre elles, en discutant, continue à tisser. Je leur demande donc de quoi elles ont besoin et ce qu’elles aimeraient que je fasse pour elles. Après quelques rires quand elles me proposent de m’apprendre à tisser, je leur propose de me confier leurs commandes de fils.
Je leur explique que si chacune me donne sa commande, nous aurons suffisamment de volume poiur aller acheter du fil en grande quantité à MaeSot et amortir le prix de la voiture pour s’y rendre. Elles ne comprennent rien … mais elles prennent le temps de m’expliquer comment elles se débrouillent pour s’approvisionner, le plus souvent en allant à la ville la plus proche (deux heures de piste), parfois aussi en profitant des trajets des unes et des autres à l’occasion des fêtes ou des visites. Elles me donnent leurs prix : presque le double de celui de MaeSot… Dans le village, personne ne vend de fil. Toutes tissent. Il n’y aura pas de jaloux et je ne boulverserai rien que les prix d’achat du fil. Il faut saisir l’opportunité.
Je rédige mon premier papier en karen pour leur expliquer à toutes que j’irai à MaeSot le week-end suivant et que celles qui ont besoin de fils n’ont qu’à me le faire savoir, je leur revendrai au prix où je l’ai acheté, corrigé simplement du prix de l’essence. Je vais chez chacune d’elles avec mon ami Kitirot pour leur dire face à face et pour apprendre à connaître leurs tissus et leurs visages.

Le texte écrit pour relayer mon mauvais karen en cas de compréhension difficile …

Chacune d’elle me montre les motifs qu’elle sait faire, que sa mère lui a enseigné et qu’elle enseignera à sa fille. Ils sont uniques. Et magnifiques. Je les prends consciencieusement en photo et je les classe dans une base de données sur mon ordinateur (vous en trouverez un petite aperçu dans les photos que j’ai mises en ligne sur ce site). Ce n’est pas pour tout de suite, mais cela sera utile pour la suite : je pense que leur vraie valeur ajoutée est ce savoir-faire unique, cette connaissance des motifs,du tissage traditionnel, et cette créativité lentement imprégnée d’années de pratique qu’aucune machine ne pourra jamais reproduire.

Une chemise traditionnelle, avec ses motifs …

Le week-end suivant, j’enquête à MaeSot pour trouver le meilleur rapport qualité-prix. Kitirot m’accompagne et nous prenons le temps de consulter sa cousine qui habite la ville et qui a fait du tissage sa principale source de revenus. Elle nouss indique sans hésiter un commerçant indien du marché et nous donne les prix courants. C’est Kitirot qui prend la commande et qui négocie les prix. Nous choisissons de ne pas prendre de risque et nous n’achetons qu’une pelote de fil en plus des commandes de la semaine précédente. C’est moi qui fait le calcul, en lui expliquant une première fois : on divise le prix de l’essence par le nombre de pelotes et on le répartit sur la commande. On peut revendre la pelote au village de Mae Woei Clo au prix de 9 Baths, sans perdre aucun argent. Elles allaient l’acheter à deux heures de piste à 14 Baths la pelote. Aucun assistanat : personne ne perd de l’argent ; un bénéfice : directement redistribué aux tisseuses sous forme de prix de rachat du tissu. Je transforme avec Kitirot une pièce de ma maison en petit magasin où je présente mes bobines. Nous organisons une réunion pour faire savoir à toutes que je vends du fil à 9 Baths à Mae Woei Clo. Et de bonne qualité. Ma porte est ouverte, tout le monde est le bienvenu. Les tisserandes ne se privent pas ! Le stock est grignoté en moins d’une semaine. L’activité est lancée !

Je mets au point un logiciel très simple d’utilisation pour organiser ce travail un peu compliqué : connaître les 70 tisserandes du village et prendre en charge leurs commandes. Il est géographique : sur une superbe carte dessinée par Kitirot, puis coloriée et retouchée sur mon ordinateur, il suffit de cliquer sur une maison pour savoir qui y habite, et qui y a commandé quoi, et de cliquer sur la mienne pour accéder au résumé de la commande en gros et en entrer de nouvelles.

La carte dessinée par Kitirot

Chaque tisseuse n’a qu’à nous dire son nom quand elle vient, l’ordinateur sait déjà tout. Parallèlement, il faut aussi que les villageois se rendent compte que la toute nouvelle organisation est capable de leur fournir un interlocuteur pour vendre leurs produits au meilleur prix. Si je cherche des débouchés pour ces tissus, ils ne sont pas encore assurés, mais grâce à mes simulations, nous décidons avec Kitirot de racheter la pièce de tissu unie deux fois le prix habituel : 250 Baths la pièce de 45 cm de large sur trois mètre de long (6 euros et deux jours de travail). Pour que personne ne puisse être laissé de côté si elle n’a pas les moyens d’acheter le fil pour faire des tissus de cette sorte, nous proposons aussi de fournir le fil et de racheter la pièce finie à 200 Bths. Les premières lais de tissu sont stockés dans mon petit grenier … C’est un premier pas pour assurer la confiance des tisserandes et commencer une première activité rapidement : elle permet d’éprouver les méthodes et les outils de travail, de contacter les premiers acheteurs sur une offre simple etc.

Pour les six prochaines semaines, je pense que nous allons essayer de diversifier notre offre en mettant en forme les motifs de chacune, parce que c’est le seul moyen de se différencier des coopératives qui existent et fonctionnent déjà à 200 kilomètres au Nord de Mae Woei Clo. Et c’est leur vrai savoir-faire. Nous allons aussi chercher à améliorer la qualité du tissage en allant acheter du fil de meilleure qualité au Nord, dans la région de Chang Mai. Les calculs montrent qu’on pourrait le revendre pour 11 Baths la pelote, et elles disent que ce serait pour elles un vrai plaisir de tisser ce beau fil. Il faut aussi s’assurer des débouchés pérennes, et commencer sans doute à prendre en charge des commandes.

Pour s’adapter à la vie des unes et des autres, laissées parfaitement libres de tisser ou de s’occuper autrement, il faut mettre en place un système de stock capable d’amortir les vides et les creux liés aux saisons de la vie agricole et aux rythmes de vie du village. En ce moment par exemple, la plupart des femmes sont à la rizière, et peu tissent. En janvier au contraire, beaucoup m’ont dit qu’elles auront du temps pour tisser et qu’elles seront ravies de pouvoir revendre leur pièce de tissu deux fois plus cher que d’habitude. Nous pourrons stocker pour amortir le prochain creux. Les femmes ne mettent pas beaucoup de temps à comprendre ces idées. Simplement, personne ici n’avait suffisamment d’argent pour acheter en gros ou être capable de constituer des stocks, c’est-à-dire pour accepter de perdre de l’argent liquide pour un certain temps.

L’équipe locale

Sur ces photos, vous avez un aperçu des premières tisseuses qui sont venus tisser pour la coopérative.

Bioumo

NowawaMo

YèbaMo

Kitirot

Le gars à côté de la moto, c’est Kitirot, qui travaille avec moi. On s’entend à merveille ! Il m’apprend le karen, explique le projet aux tisseuses, m’emmène à la rizière pour me présenter tout le monde et me faire mieux comprendre la vie ici, traduit en thaï les boutons de mon logiciel (il a d’abord fallu qu’il apprenne à taper …) etc. En ce moment, il n’est pas très disponible parce que sa femme vient de mettre au monde un petit garçon (qui a déjà une grande soeur), et qu’il y a eu des complications après la naissance. Il est parti à l’hôpital avec sa femme mais devrait être de retour en milieu de semaine prochaine.

Layo

Layo, c’est un employé de la mission qui est devenu un bon copain : c’est un peu l’homme de confiance ici. Sur cette photo, il fait semblant de couper le riz ; en fait, il coupe trois gerbes avec son chapeau de cow-boy et préfère aller voir l’éléphant Noocafé qui se promène pas loin des rizières, en haut de la montagne.

Et pendant ce temps-là à Paris, les choses continuent de se préciser pour faire vivre l’association Terres Karens. Vous savez déjà que si vous souhaitez vous y impliquer, vous n’avez qu’à contacter Nicolas Boutin, Nicolas Neiman et Noël Barjon en écrivant un mail à contact@terres-karens.org. Il y aura sans doute beaucoup de choses à faire si nous cherchons des débouchés importants pour nos tissus karens : pourquoi pas une filière de commerce équitable … ? Nous avons du temps et des compétences : il ne manque plus que l’aide des bonnes volontés !

L’expérience karen du mois : trois jours à la rizière

Parce que les femmes sont très occupées à couper le riz, et que j’ai encore des progrès à faire pour améliorer toujours et encore mon babil karen, Layo m’a emmené trois jours et deux nuits au champ de Lohépa, un agriculteur du village. On coupe les gerbes de riz à la faucille puis l’on fait sécher les gerbes que l’on a nouées avec l’ivraie. Les rizières sont à une heure de marche du village ; on y arrive après une ascencion assez raide dans la forêt pour y découvrir une vie parallèle dans des cabanes construites pour la saison. On mange les rats piégés et les fruits de la forêt, et l’on travaille huit heures par jour sous un soleil pas toujours très compatissant. L’ambiance est géniale : on chante, on se bagarre un peu avec les gerbes battues à la fin de la journée, et l’on dort dans les maisons de fortune sous les étoiles qu’aucune lumière ne vient faire pâlir.

Un petit point politique

Vous avez peut-être appris par les médias que 20 000 réfugiés karens birmans ont franchi la frontière il y a un peu moins de deux semaines, poussés par la junte. Ces événements ont eu lieu à 200 kilomètres au Sud de Mae Woe Clo, et il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour moi ! Ici, je ne risque rien, et le village est suffisamment perdu pour avoir ignoré tous ces événements que je n’ai découvert qu’une fois le calme revenu …

Quelques imprévus

Desertion informatique

Mon ordinateur n’a pas résisté aux conditions de vie un peu spartiates. Il est mort dans un ultime sursaut électrique, et je me suis retrouvé au chômage technique. Quand j’exposais mes plaintes à mon voisin, il a rigolé un peu et m’a demandé ce que cela pouvait bien changer à la vie des tisserandes et à la qualité du tissu. J’ai du reconnaître qu’effectivement, pour deux semaines, on pouvait bien mettre à contribution un papier et un crayon. A Bangkok, j’ai acheté un onduleur pour résister à ce courant fantasque de la turbine du village qui a eu raison de mon macbook. J’ai trouvé des ordinateurs très bien et pas très chers. J’en achèterai un la semaine prochaine avec l’argent qui était prévu pour ce poste de dépense. Mon voisin m’a redonné le sourire, et m’a appris à relativiser un peu … !

Unités de mesure

Les premières lais de tissu avaient des largeurs indexées sur … la largeur du bassin des tisserandes ! Qui, comme de bien entendu, à entendre les tisserandes, sont l’unité de mesure la plus précise que l’on trouve ici. Et la pièce des généreuses mères de famille et des sèches grand-mères était supposées être rachetées au même prix (à entendre surtout les grands-mères). Avec Kitirot, nous avons découpé des morceaux de bambou que l’on remet aux tisserandes et qui font tous le même longueur : 45 cm. Et tout est rentré dans l’ordre !

Visa

En Thaïlande, même en possession d’un visa en bonne et due forme pour un an, il faut se présenter à un poste de frontière tous les trois mois. Celui de MaeSot étant fermé, et même parfois un peu risqué (pour ceux qui ont suivi les actualités récentes), je reviens de la frontière cambodgienne où j’ai fait un passage éclair de 20 minutes pour tamponner mon passeport. 24h de bus pour un petit tampon qui certifie aux administrations thaïlandaises que je ne suis pas entré dans le pays pour me faire la malle en catimini …

Une petite anecdote d’immersion …

Samedi dernier, pour souffler un peu après une semaine chargée, Kitirot et moi sommes allés à la pêche. Fier comme Artaban, je sors de mon petit grenier le dernier modèle en titane de Décathlon, persuadé qu’avec un avantage technologique aussi important, je pourrai démontrer la supériorité occidentale sur les méthodes karens en matière de pêche à la ligne. Pendant que je faisais nager une cuillère en inox multicolore equipée d’un hameçon taille 6 renforcée par de la soie sauvage imitant avec la plus grande fidélité les battements de nageoire de tous les poissons du monde, les poissons m’ont boudé et Kitirot, avec un gros hameçon rouillé monté sur un morceau de bois trouvé en chemin, a péché une soixantaine de truites en une matinée. J’ai laissé ma canne à pêche dans la rivière, et je suis allé diner chez lui. Rendez-vous dans six semaines, pour les dernières avancées de Terres Karens sur le terrain !

Alexis Balmont, volontaire MEP

254 Silom Road
Bangkok 10500
Thaïlande

+ 338 48 12 24 31
alexis.balmont@student.ecp.fr
contactez Terres Karens à l’adresse contact@terres-karens.org