Tout va bien ! Novembre 2011

Coopérative, on rentre dans la cours des grands !

 Par Augustin Duport, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris à Mae Woei Clo, le village de la coopérative de tissus dont la création a été initiée par Terres Karens il y a maintenant 14 mois. La coopérative continue de se professionaliser et de se développer sur le terrain. 

Augustin Duport, volontaire à Mae Woei Clo

Production sur commande

Depuis quelques semaines maintenant, la coopérative n’organise la production de tissus qu’en réponse aux commandes pour la conception de produits finis. Les tissus sont désormais réalisés à la ligne près et nous pouvons répondre à un nombre important de commandes tout en garantissant notre qualité. Kitirot et les trois responsables élues y veillent !

Withoupih

Un an d’activité déjà…On tient le coup. 

La coopérative est bénéficiaire sur sa première année d’activité économique, grâce au soutien d’Esprit Karen Bangkok et des partenaires de la coopérative. Nous avons aujourd’hui une vue globale sur les variations de productions dues aux différentes activités des villages, de la rizière à la cueillette de fruits et légumes diverses. Ce premier retour d’expérience est précieux pour pouvoir nous organiser pour répondre au mieux à nos commandes ! Quand les unes ne sont plus disponibles, nous savons que nous pouvons compter sur le réseau des tisserandes de nos six villages.

Blédimoh

Vannerie … vous n’en verrez qu’en photos !

Le projet vannerie ne se développera qu’en Thaïlande, la législation thaïlandaise étant trop protectionniste pour l’export du bambou. Il y a actuellement quatre familles de produits en production a Mae Woei Clo : Ustensiles de cuisine, Arts de la table, Maison et Décoration d’intérieur. N’hésitez pas à nous contacter si vous connaissez des marchés en Thaïlande pour les produits de Mae Woei Clo !

Vannerie

Mae sot, un mois chargé

Par Thibault et Adélaïde Asselot, volontaires pour les Missions Etrangères de Paris à MaeSot. Thibault et Adélaïde soutiennent le travail d’Augustin dans la vallée en organisant la transformation des tissus de Maewe en produits et accessoires de mode. 

Thibault et Adélaide Asselot, volontaires à MaeSot

Lancement d’une nouvelle collection à Maesaï

Voilà un mois que nous sommes à Mae Sot, ayant pour mission de faire le lien entre la coopérative de Mae Woei Clo, Bangkok et la France. Après avoir fait le tri, le classement, l’inventaire et le rangement de tous les lès stockés dans notre maison, nous sommes allés à Mae Saï, dans le Grand Nord Thaïlandais, à l’atelier de couture, afin de lancer une nouvelle production destinée à la France. Nous y avons passé trois jours complets à peaufiner les produits avec Pee Noy, la responsable de l’atelier, pour qu’ils soient le plus réussis possible. Ce fut aussi l’occasion pour nous de profiter d’un cadre incroyable, niché aux pieds des montagnes, habité par 200 enfants de 3 à 18 ans qui semblent être totalement autonomes dés le plus jeune âge… et de prendre des douches CHAUDES !

Escapade à Mae Woei Clo

A peine de retour chez nous, nous sommes partis avec Augustin découvrir enfin LE village de Mae Woei Clo. Hissés à l’arrière d’un pickup nous avons profité pendant six bonnes heures, en plus du vent, des paysages époustouflants de la région ! Nous avons pu rencontrer les tisserandes de la coopérative et mieux comprendre l’environnement dans lequel elles évoluent.

Récolte

Ce voyage à Maewoei Clo a aussi été l’occasion de participer à la coupe du riz pendant une matinée entière. Malgré la difficulté de la tâche sous un soleil de plomb, nous avons bien « riz » et profité de l’hospitalité légendaire des Karens au cours d’un délicieux déjeuner préparé en notre honneur.

Recherche de débouchés en Thaïlande

Pour ce qui est du démarchage en Thaïlande, nous sommes retournés dans la boutique de Mae Sot ou nos prédécesseurs avaient négocié un dépôt vente de certains de nos produits. Nous bénéficierons lors d’un prochain rendez vous d’un état des lieux précis. D’autres magasins semblent également intéressés par le projet et souhaiteraient entreposer pour nous. Nous travaillons donc à l’élaboration de supports de communication en anglais et allons tâcher d’exploiter toutes les opportunités qui s’offrent à nous !

Un atelier de couture 

Dans trois semaines, Augustin reviendra en France, et c’est Claire Scaramus qui prendra le relais à Mae Woei Clo. Claire a déjà passé deux années comme volontaire dans la région, et est couturière de formation.

Sa mission, en plus de la gestion de la coopérative de tissu, sera donc d’initier la création d’un atelier de couture à Maewe, pour permettre à quatre ou cinq femmes du village de se former pour apprendre à coudre. C’est la réponse à un besoin de la coopérative qui doit aujourd’hui solliciter des ateliers de la vallée pour valoriser les tissus et les transformer.

Un projet d'atelier de couture à Maewe

Ce nouveau projet est en cohérence avec l’évolution de la coopérative, qui cherche à gagner en autonomie et à pouvoir répondre, à terme, à des commandes de produits et accessoires de mode sur mesure.

Plus de nouvelles de ce projet dans les prochaines newsletters !

En France, toute l’équipe se mobilise 

Vente des produits 

Nous continuons à nous organiser pour vous proposer les produits de la gamme Esprit Karen, et vous permettre de soutenir concrètement les tisserandes de Maewe, en achetant des produits qui vous plaisent.

Bientôt, nous pourrons réunir un stock suffisant de produits identiques qui vous permettra de commander sur une boutique en ligne.

Aujourd’hui, parce une meilleure gestion de notre stock, nous continuons à fonctionner par ventes privées.

Merci à tous ceux qui ont accepté de nous accueillir pour en organiser chez eux, et à tous ceux qui ont répondu à notre invitation. La coopérative continue de se développer en grande partie grâce à vous.

Terres Karens en vente privée

Pour connaître les lieux et horaires de nos ventes, n’hésitez pas à consulter le site internet rubrique Agenda : vous accédez à l’ensemble des points de vente des produits de la collection d’automne.

En particulier, à la veille de Noël, nous serons présents à la boutique des Missions Etrangères de Paris (128 rue du Bac, à Paris) tous les samedis, et à la Christmas Gallery, les 17 et 18 décembre. Nous vous attendons nombreux !

Un carnet de voyage 

Pour découvrir le village de Mae Woei Clo et comprendre le fonctionnement du projet coopérative, nous avons conçu un carnet de voyage, en partenariat avec Véronique Duflos. Plongez au coeur de Terres Karens !

Terres Karens rejoint la BacAsso 

BacAsso ? Une association cadre pour tous les projets portés par des anciens volontaires de solidarité internationale en Asie. Le lancement de la BacAsso a eu lieu samedi et dimanche aux Missions Etrangères de Paris ! Les membres de l’association Terres Karens en France ont pu assister à des conférences sur l’engagement associatif en France et dans le monde, avec l’Ordre de Malte, Lazare, Simon de Cyrène, ou des intervenants prestigieux du monde de l’entreprise (Henri Cattala et Pierre de Lauzun). Un événement riche, et un partenariat qui s’annonce fructueux !

Bac Asso

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Passation réussie ! Octobre 2011

Par Augustin Duport, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris. Augustin est arrivé depuis maintenant deux mois. Impressions et premiers bilans…

Arrivé le 19 août à la coopérative de Mae Woei Clo, Augustin est laissé seul par Alexis (depuis rentré en France) 4 jours plus tard. Il a donc entre ses mains la responsabilité d’un projet entamé il y a plus de dix mois. Face à lui, un immense défi empreint d’incertitudes mais aussi d’espérances. Une inquiétude naturelle l’habitait mais sa volonté et son engagement l’ont aidé à relever cet objectif et répondre ainsi aux espérances des Karens. Cette adaptation a été facilitée par trois aspects essentiels : le soutien et la rassurante présence de Marion venue a Mae Woei Clo une semaine durant après le départ d’Alexis ; la prise en main du projet par les karens eux-mêmes ; et le soutien de l’équipe française : Alexis n’étant parti que physiquement, et conseillant Augustin tous les WE, ainsi que du soutien de tout les acteurs investis dans le projet. Après 2 mois de mission, Augustin prend ses marques tout en continuant d’apprendre (la langue, les coutumes, le fonctionnement de la coopérative, etc.)

Augustin et Kitirot

La coopérative a aussi beaucoup évolué durant cette période. Après avoir laissé les tisserandes confectionner les lés de leur choix pour évaluer l’étendue de leur créativité, la coopérative répond désormais à des commandes déterminées. Depuis deux semaines, un tableau indiquant les commandes d’Esprit Karen Bangkok et d’Esprit Karen France a ainsi été installé dans la coopérative. La prise de conscience de la rigueur qu’impliquent les commandes est maintenant effective pour l’ensemble des tisserandes de Mae Woei Clo. D’autre part, Augustin s’est penché sur la question de la vannerie, qui pourrait concerner les hommes du village. La coopérative s’est ainsi dotée de 70 paniers pour ranger les fils et les protéger. La prochaine étape sera d’évaluer les différents produits pouvant être réalisés et leur possible commercialisation en Thaïlande.

Des paniers dans la coopérative !

Maesot :

Par Adélaïde Asselot, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris ; et Marion Le Coz, volontaire pour Enfants du Mékong.

En mission d’un an pour Enfants du Mékong, Marion Le Coz a participé au projet Esprit Karen qui a vu le jour il y a 4 ans en Thaïlande. Pendant cette année, ce projet a beaucoup évolué, notamment avec la création de la coopérative de tisserandes et le développement de la filière française. Cela a demandé beaucoup de coordination entre chacun des pôles : équipe de Bangkok, coopérative, atelier de coutures, équipe en France, etc. Marion a été ravie de participer au développement de ce projet. Il reste encore de nombreux défis à relever et la perspective de pouvoir s’investir lors de son retour en France est très motivante.

Marion et Kitirot

Thibault et Adélaïde Asselot sont arrivés à Bangkok le 6 septembre et remplaceront Foulques Le Tarnec (parti en juillet) et Marion Le Coz. Après un mois de cours de thaï, ils vont enfin rejoindre Maesot le 22 octobre pour un an. Leur mission sera de faire l’intermédiaire entre la coopérative de Mae Woei Clo, les ateliers de couture, Esprit Karen Bangkok et Esprit Karen France. Il y a actuellement deux ateliers de couture chargés de confectionner des produits avec les lés. L’un est situé à Maetan, à 1h30 en voiture de Maesot et fait travailler trois couturières Karens à plein temps. Les produits sont destinés à Esprit Karen Bangkok. L’autre atelier se trouve à Maesai, ville la plus au nord de la Thaïlande située à 9h en voiture de Maesot. Cet atelier appartient à une école fondée par la communauté de Bétharam où des étudiantes apprennent notamment la couture. Les produits qui y sont confectionnés seront destinés à la France. Actuellement, la collection de Noël est bloquée à Maesai à cause des inondations qui frappent la Thaïlande depuis plusieurs mois. Les routes joignant le nord au sud du pays sont presque toutes fermées empêchant l’acheminement des produits jusqu’à Bangkok.

Néanmoins, Bangkok est une des rares villes à être encore épargnée par l’eau ; mais n’étant qu’à deux mètres au dessus du niveau de la mer et étant traversée par le Chao Praya, qui peut sortir de son lit à tout moment, la capitale est loin d’être à l’abri. Des quartiers entiers se barricadent derrière des murs de sacs de sable et des centaines de pompes à eau ont été déployées aux abords du Fleuve. De plus, suite à la demande du Roi, des milliers de bateaux  ont parcouru le fleuve pour créer un fort courant et ainsi permettre à l’eau de s’écouler plus rapidement vers la mer. Ces inondations ont déjà fait plus de 300 morts et des millions de victimes.

Inondations à Bangkok (photo : lemonde.fr)

 

En France :

C’est la rentrée ! Après un ralentissement des activités dû aux retours des volontaires et aux vacances, l’association repart de l’avant ! Grâce à des volontaires reposés et disponibles, le projet va pouvoir se développer plus amplement. C’est dans cette optique que toute l’équipe s’est réunie le vendredi 7 octobre. Au programme de la réunion : la réorganisation des pôles et les événements à venir. En ce qui concerne le premier point, l’association s’est agrandie ! (pour plus d’information, consultez l’organigramme sur http://www.terres-karens.org/pages/notre-organisation/notre-organisation.html). Cette réorganisation a aussi permis une meilleure affectation des volontaires selon leurs compétences.

Les événements à venir sont quant à eux dans la continuité des démarches effectuées l’an dernier : multiplication des ventes de produits karens (consultez l’agenda !) et démarches relationnelles et administratives pour développer au mieux le projet et aider ainsi un maximum de femmes dans la montagne.

Au suivant ! Août 2011

Petit bilan d’une année sur le terrain …

Par Alexis BALMONT, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris, créateur de l’association Terres Karens et de la coopérative de Mae Woei Clo. Arrivé en Thaïlande le 1er septembre 2010, son temps de volontariat touche à sa fin.

La fin ?

Demain soir, mon avion m’emmène à Paris. C’est la fin de mon année à Mae Woei Clo.

La fin d’une aventure entrepreneuriale de terrain, aux côtés de ceux qui m’ont ouvert leurs maisons et leurs cœurs. La fin d’une année très dense, à tous points de vue.

Une dernière semaine à Mae Woei Clo, avec un seul mot d’ordre : la joie. Ils disent qu’on aura bien le temps de pleurnicher plus tard. C’est un peu comme quand ils enterrent quelqu’un : ils jouent de l’argent aux cartes toute la nuit, pour ne pas que la tristesse s’installe.

La fin ? En fait, tout vient à peine de commencer. Le projet Terres Karens n’a que 18 mois d’existence, et la coopérative fonctionne depuis moins de 9 mois. Le chemin parcouru depuis un an et demi est important, mais nous venons à peine de l’emprunter.

Quelques chiffres

En cette fin de mois d’août, la coopérative propose ses services à plus d’une centaine de femmes réparties sur sept villages. Ils sont tous très isolés, sans réseau téléphonique, sans internet, accessibles uniquement par pistes de terre, non carrossables pendant la saison des pluies.

Elles ont accès à un fil 30% moins cher que celui du marché, et peuvent répondre à des commandes qui leur donnent une vraie source de revenus supplémentaires, au point que le village de Mae Woei Clo vit cette année sans rizières, pour les raisons que vous connaissez déjà.

La coopérative organise l’acheminement d’une tonne et demie de riz dans la montagne par mois.

Le capital de la coopérative est de l’ordre de 13 000 euros. Cela correspond strictement à l’ensemble des dons que nous avons reçus depuis le début du projet. Il appartient à ses membres : des karens vivant pour la très grande majorité en dessous du seuil de pauvreté.

La coopérative est à l’équilibre financier depuis le mois de mars. Elle a même dégagé un bénéfice net de 1000 euros cette année, notamment grâce à l’envoi de produits en France et à l’expérience de l’association Esprit Karen à Bangkok. Nous le réinvestissons dans le projet en achetant ‘Keuboyou’, notre nouvelle moto. ‘Keuboyou’, en karen, cela signifie ‘avion’. En karen, on peut donc dire que l’on va de villages en villages en avion, un trait d’humour qui nous console après une saison de pluies plus qu’épuisante dans la montagne.

Le projet est pris en main par les karens

Le projet est pris en main par les tisserandes. Depuis plus d’un mois, je joue au mort : je ne parle plus aux réunions, je ne donne pas mon avis en cas de problème. La cheffe des tisserandes me demande si je suis malade. Non, je suis juste content et un peu vexé à la fois : tout à l’air de bien se passer.

L’organisation, qui repose sur l’autorité des trois cheffes, semble fonctionner. Pour le riz, pas de problèmes importants non plus pour le moment.

Un autre bénéfice du projet : le lien social

La coopérative a permis de créer un vrai lien social entre les femmes de Mae Woei Clo, et entre les tisserandes des autres villages. Tout le monde se réunit dans une bonne ambiance le dimanche. Ca rigole et ça papote. Ca tranche avec les mauvaises nouvelles de l’année, et notamment avec l’impossibilité de faire les rizières. Elles s’organisent entre elles et vont tisser les unes chez les autres, se chambrent sur la qualité des tissus. Les hommes ne sont pas en reste. Ils disent que leurs femmes se sont toutes remariées avec moi, et qu’ils vont organiser des trafics de riz en bandes pour faire couler la coopérative et retrouver une situation conjugale qui les mette mieux en valeur. Parce que c’est leurs femmes qui ont maintenant les moyens d’acheter le riz. Tout ça par ma faute.

Un social-business de type II

J’ai lu la semaine dernière le dernier livre de Mohammad Yunus : Pour une économie plus humaine. J’ai compris que l’initiative Terres Karens n’était pas isolée, mais qu’elle apportait sa petite pierre à un mouvement de beaucoup plus grande ampleur. La coopérative de Mae Woei Clo est typiquement ce que Yunus appelle un social-business de type II : une structure économique appartenant aux plus démunis, qui permet de lutter durablement contre la pauvreté. C’est un fonctionnement bien distinct de celui des ONG ou des organisations de bienfaisance : le projet acquière une indépendance financière qui lui donne de la pérennité. Le don n’est pas une perte : il est investi économiquement, donne du travail à ceux qui n’en ont pas et fructifie pour le bénéfice de ceux qui le reçoivent.

L’essentiel du travail consiste à apporter un soutien de compétences à la création et au suivi du projet. C’est par exemple ce que nous avons fait en mettant en place un système informatique de gestion de la coopérative : les logiciels BOB (MaeSot) et COCO (Mae Woei Clo), et la clé USB qui assure leurs synchronisations : HERMES. C’était un vaste chantier de cette année, qui est maintenant terminé. Aucun salarié local n’aurait pu programmer COCO, mais Kitirot sait en revanche le faire fonctionner. Et sait comment nous contacter en cas de problème, par le réseau des Missions Etrangères de Paris, par l’association d’anciens volontaires Terres Karens.

Le mot de la fin : une semence qui ne demande qu’à croître

Le projet ne prétend pas résoudre les problèmes rencontrés par les communautés karens de la région de MaeSot, mais il contribue à apporter quelques propositions de solutions à son échelle. On peut considérer que c’est du gâchis de consacrer autant de temps pour un petit village de 300 habitants, et des tisserandes isolées des montagnes qui forment la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande.

Mohammed Yunus répond à sa manière : « Même si vous n’améliorez la vie que de cinq personnes, cela vaut la peine d’être fait. Il n’est pas nécessaire de trouver des formules permettant d’atteindre des millions d’individus. Mais si vous réussissez à exercer un impact positif sur cinq ou dix personnes, vous aurez inventé une semence que vous pourrez planter un million de fois ».

Nous avons déjà planté deux graines. La coopérative ne demande aujourd’hui qu’à grandir, comme l’association Terres Karens.

Il faut espérer que le projet donnera envie à d’autres de se lancer dans des aventures analogues. Les organismes qui proposent l’envoi de volontaires sont nombreux, et vous pouvez par exemple postuler, comme moi, aux Missions Etrangères de Paris. Ou vous engager dans des projets correspondant mieux à votre profil ou à vos disponibilités. En tout cas, les opportunités, et surtout les besoins ne manquent pas !

Ce n’est en tout cas pas le genre d’expérience qui déçoivent, ou que l’on regrette. Et, contrairement à ce que beaucoup pensent, on peut espérer que la réussite soit au bout du chemin, ce qui ne représente pas une petite chose pour les personnes que l’on vient aider.

Et comme dit Brel « Au suivant ! » :

Par Augustin Duport, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris. Augustin vient d’arriver en Thaïlande : il restera quatre mois à Mae Woei Clo et s’occupera à mi-temps de la coopérative. Premières impressions après une semaine dans la montagne.

J’ai découvert avec joie et admiration l’impressionnante structure que constitue la coopérative : tous les gens qu’elle rassemble et fait travailler ensemble, les espoirs qu’elle nourrit etc… Pas de points négatifs à relever en une semaine en tout cas. Le projet semble assimilé et j’ai avant tout un rôle de maintien de l’ordre.

Mais un système bien rôdé ne signifie pas pour autant un volontariat inactif. Nous avons déjà développé cette semaine avec Alexis un projet proposant d’utiliser les capacités masculines du village (pas de sexisme !) : le tressage de paniers en bambou. Nous avons ainsi commandé environ 70 paniers pour contenir le fil en présentation dans le magasin de la coopérative. Une première initiative !

Voici une belle aventure qui s’annonce et j’ai encore aujourd’hui bien plus de chose à faire qu’à raconter : plus de nouvelles dans un mois un demi !

Et Esprit Karen France : on en est ou ?

En France, les mois de Juillet et Août signifient pour beaucoup départ en vacances et baisse de l’activité. En Thaïlande, c’est un peu le contraire, il nous fallait préparer la rentrée : des ventes privées sont prévues à partir du mois de septembre, et il faut donc des produits ! Le stock de lés actuel nous permettait d’en faire beaucoup, alors nous n’avons pas hésité. Foulques, Matthieu, Lorraine et Nicolas ont d’abord consulté l’équipe de Bangkok qui vend des produits Esprit Karen, à Bangkok, depuis trois ans. Nous avons pu utiliser leurs prototypes et grâce à leur expertise, une production de plus de 700 produits a été lancée à l’atelier de couture de Mae Saï. Ceux-ci sont maintenant en route, par bateau, vers le port du Havre.

Le 6 septembre, une nouvelle volontaire, Adélaïde, arrivera à Mae Sot. Elle remplacera Foulques (rentré en France en juillet) et sera chargée de la coordination entre la France et la Thaïlande ainsi que de la confection de produits qui seront ensuite vendus en France.

Le mot du bureau

La rentrée s’annonce chargée : de nouveaux volontaires, de nouvelles ventes et des nouveaux projets. Alexis revient en France, et va mettre son talent au profit du projet Esprit Karen France, qui est en train de se structurer. Les solutions pour le développement de la coopérative peuvent être trouvées ici, sur un terrain entrepreneurial plus accessible et plus connu pour l’ensemble de notre équipe.

Foulques est également rentré en France. Son travail, en collaboration avec l’équipe de Bangkok, nous a permis de réaliser la première vente de produits transformés en France. L’activité ne demande maintenant qu’à grandir pour le développement économique des Karens, en espérant que notre collaboration dure et s’enrichisse.

Un grand merci à eux deux pour leur investissement cette année sur le terrain, aux Missions Etrangères de Paris qui continuent à nous faire confiance et à nous soutenir, et à l’association Esprit Karen à Bangkok, qui inspire nos deux projets et nous aide à les mettre en place.

Nous mettons d’autre part en place des outils pour soutenir le travail des volontaires sur le terrain, et les accompagner comme nous le pouvons par nos expériences ou nos compétences.

Nous accueillons donc deux nouveaux volontaires, preuve du dynamisme de Terres Karens, et de la confiance des Missions Etrangères de Paris. Adelaïde remplacera Foulques pour la coordination d’Esprit Karen et Augustin remplacera Alexis pour la coordination de la coopérative. Un jeu de chaises musicales délicat mais qu’il faut espérer enrichissant. Une belle mission les attend : bienvenue à tous les deux !

Juin 2011 : Paré pour la saison des pluies !

Mauvais temps pour les karens …

Regard terne. Ambiance humide. Il pleut. Les moustiques sont revenus et flirtent autour de vos oreilles. La chaleur n’est pas tombée. Pas encore. Tout le monde sourit mais le cœur a du mal à y être.

Il a plu cette année un mois plus tôt que prévu. Une simple déprime sans les caresses du soleil ? C’est plus grave que ça. Les premiers orages se sont abattus sur les rizières, avant que les villageois n’aient eu le temps de les brûler. Des brûlis sans lesquels la terre ne peut donner. Ils ont bien essayé de faire comme si de rien n’était, mais la terre gorgée d’eau ne les a pas suivis.

Cette année, il n’y aura pas de récoltes.

Les plus anciens disent ne jamais avoir vu ça.

Ca a été difficile à digérer. Tout le monde s’est réuni. Plusieurs fois. On construira les maisons à côté des champs, pour la récolte prochaine. C’est toujours ça de pris. Elles n’ont jamais été construites aussi vite, comme pour se rattraper. Et puis, il a fallu faire face. Trouver des solutions.

 Certains envoient leurs enfants dans la vallée. Ils trouveront sûrement un emploi, et reverseront quelques sous à leurs familles. D’autres vont se louer dans les villages qui ne se sont pas faits surprendre (la majorité). Il faut savoir faire preuve d’humilité.

L’ambiance n’est pas à la fête, mais les karens ne sont pas encore du genre à déprimer.

Les hommes rigolent. Ils veulent apprendre à tisser, pour ‘gagner autant d’argent que leurs femmes !… ‘. Ils me demandent si on peut commercialiser de la vannerie. La concurrence est rude, j’ai peur que ce soit difficile… Et au contraire des produits transformés à partir de tissu, on ne peut pas ‘adapter’ les pièces en bambou à un marché-cible. La marge de manœuvre est presque nulle.

Dans ce contexte, le projet ‘coopérative’ prend une autre ampleur. La plupart des familles comptent sur nous. Certaines avaient choisies de tisser à plein temps, toutes sont maintenant contraintes de le faire.

C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Une bonne nouvelle que nous ayons pu apporter une solution, qui, a posteriori, permettra à beaucoup de foyers de continuer à vivre dans la montagne. Une mauvaise nouvelle pour la coopérative, parce que nous n’avions pas prévu un tel afflux de pièces de tissu. Nous avions compté que la production baisserait à partir de Pâques, les femmes retournant aux champs pour aider leurs maris. C’est le contraire qui s’est produit. Le stock augmente semaine après semaine, encore dans des proportions raisonnables. Et après ?

C’est un défi posé par les nuages. Si nous nous arrêtons, ou si nous nous limitons, de nombreuses familles partiront dans la vallée. Un exode rural contraint qui ne les ravit pas toutes.

Un défi que nous allons essayer de relever, avec les petits moyens que nous avons. Nous ne proposons pas de solutions révolutionnaires ou d’assistance humanitaire hors norme. Nous proposons simplement un travail aux femmes. En tissant deux pièces de tissu par semaine, on gagne de quoi nourrir sa famille.

Lancement de la coopérative de riz

Dans ce contexte, nous avons choisi de lancer les ‘opérations riz’. Sur le même principe que le fil, si tout le monde va acheter son riz ensemble, on économise le moyen de transport, et un peu plus. Avec soixante sacs de riz (le volume de notre première opération), nous proposons un sac de riz moins cher qu’à la ville la plus proche (à deux heures de route). Grand succès ! Grâce aux dons, nous avons pu avancer les achats, et nous gardons les sacs en stock, le temps que chacun trouve de quoi les acheter. Il baisse petit à petit et l’argent revient dans la caisse. Il faut espérer que le prix n’augmente pas trop entre temps … !

Les plus sceptiques ont attendu de le voir pour y croire. Et veulent acheter le riz qu’ils n’ont pas commandé ! Dimanche, nous organiserons une opération ‘retardataires’… A laquelle nous convions aussi les villages voisins, qui n’ont pas des volumes suffisants pour organiser un transport.

Le règlement intérieur a fait l’objet de longues discussions. Il est impossible, m’a-t-on expliqué, qu’une famille seule ne puisse plus participer au programme si elle ne peut acheter le sac qu’elle a commandé. ‘Tout le monde les regarderait de travers, et ils se sentiraient exclus’, m’explique la directrice de l’école (personnalité reconnue et écoutée par tous, porte-parole de l’affaire auprès des villageois).

Pas question pour autant de fonctionner à perte, ou d’autoriser les non-remboursements. C’est le seul moyen pour que la coopérative de riz périclite après quelques semaines de fonctionnement.

Il a fallu ruser ! Les mauvais payeurs pourront tisser une pièce compliquée pour l’acheter en dernier recours. Sinon, le sac en question retournera à la coopérative, qui n’aura aucun mal à le vendre dans les villages voisins, qui ne participent que de loin au programme parce que nous ne pouvons pas livrer le riz chez eux. Avec peu de mauvais payeurs, la coopérative ne perdra que le prix de petits trajets en moto dans les villages voisins. Le mauvais payeur, lui, ‘donnera son sac de riz au village voisin’ (je cite). Une manière comme une autre de voir les choses… !

Pour l’anecdote de la fin, nous avons répondu à une commande de 20 sacs supplémentaires dans un village très peu accessible, pas même en moto au cœur de la saison des pluies. – Comment sont-ils venus les chercher à Mae Woei Clo ? En éléphant, bien sûr ! Deux magnifiques éléphantes qui ont regardé avec une pointe de mépris la demie-tonne de riz que nous avons chargé sur leur dos, et sont reparties comme si de rien n’était…

Des nouvelles de Foulques et Marion

Après avoir expédié les produits pour la vente du 28 mai avec succès, la coopérative se devait de trouver de nouveaux débouchés. Deux secteurs possibles : le marchés des lés de tissu, et celui des produits transformés. Le premier est, localement, très difficile d’accès, et pour cause : les tissus produits dans les camps de réfugiés sont vendus à des prix défiant toute concurrence, et notamment celle de la coopérative. Nous nous sommes donc concentrés sur le marché des produits finis, à l’image de ceux que nous exportons en France. Nous avons ainsi conclu des partenariats avec des boutiques locales. Nos produits y sont exposés moyennant une marge à la vente pour le boutiquier.

Nous travaillons d’autre part à une nouvelle gamme de produits destination … la France !

Une première vente réussie !

Pour notre plus grande joie, la première vente privée d’Esprit Karen s’est en effet déroulée avec succès. Ravissement des yeux et joie partagée pour tous, nous avons pu exposer nos premiers produits. Les finitions et les gammes ont été appréciées par les amis, familles ou inconnus qui se sont rendus aux Missions Etrangères de Paris le samedi 28 mai, en répondant à notre rendez-vous. Un grand merci aux MEP de nous avoir accueillis !

Les bénéfices de cette vente ont entièrement été reversés à la coopérative, ce qui lui permet de continuer à fonctionner pendant la saison des pluies, malgré les imprévus climatiques de cette année.

L’univers art de la table, ou se mêlaient sets de table, maniques, range-couverts, des objets cocooning de trousses de toilette ou pochettes ont plongé les participants en Terres Karens, notamment aussi grâce aux aquarelles et photos qui défilaient sur le grand écran. Les plus curieux ont pu profiter des informations données par les membres de l’équipe de Paris, pour la plupart anciens volontaires de Thaïlande. Les recommandations et les appréciations de nos visiteurs nous permettront de développer une gamme de produits plus homogène, et qui corresponde de mieux en mieux aux attentes du marché français. Rendez-vous à la rentrée pour apprécier nos nouveaux produits !

Le mot du bureau

Ce mois de mai s’est avéré particulier pour l’association. La première vente de produits d’un côté, une anomalie météorologique de l’autre, dans la montagne. Un imprévu lourd de conséquences, une réussite. Terres Karens doit plus que jamais continuer à développer ses projets pour proposer à bien des familles une alternative à l’exode rural. La coopérative et Esprit Karen vont essayer de tenir leurs promesses !

Malgré la grosse production de tissus, que nous n’avions pas prévue, nous choisissons de continuer à soutenir les femmes tisserandes. C’est un investissement que nous faisons, en comptant que le succès de la vente du 28 mai pourra se reproduire à la rentrée, et que le stock de lés s’écoulera. Nous comptons sur votre aide pour nous guider et nous accompagner dans nos projets, et nous remercions tous ceux qui nous soutiennnent déjà ! A bientôt !

En avril, la coopérative vend encore du fil – Avril 2011

Par Alexis BALMONT, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris, responsable du projet ‘coopérative’ pour l’association Terres Karens. Alexis, parti en septembre 2010 pour créer une coopérative au village de Mae Woei Clo, initie le projet cette année en organisant les tisserandes du village.

La phase de croissance touche à sa fin

Le stock de tissu est constitué !

Deux cent lés de tissu : c’est le stock que nous avons constitué en plus de nos commandes pour pouvoir proposer un service uniforme sur toute l’année. Qu’il pleuve, qu’il vente, ou que les tisserandes boudent, nous pourrons proposer un service à nos clients en puisant dans notre armoire. Il s’agit donc, à partir de maintenant, de transformer les pièces de tissu hebdomadaires en produits finis (grâce aux couturières de Mae Tan ou de Mae Saï) pour les placer dans des boutiques de la région, ou les envoyer à l’équipe du projet K4K en France.

Quelques lés de tissu de la coopérative en cascade …

Les tisserandes sont fidèles …

Les hommes sont repartis aux champs, mais la production n’a pas baissé … ! Les femmes ont donc choisi de nous faire confiance et ont fait du tissage un métier à plein temps.

Deux-tiers des références sont en magasin

Grâce aux dons, la coopérative continue à s’équiper en couleurs pour pouvoir proposer aux tisserandes le plus de références de fils possible. Dans la gamme du fournisseur qu’elles ont choisi, il reste encore 44 couleurs. Dans un mois, elles seront en magasin !

Un projet pour la rentrée prochaine : un bâtiment

Une petite pièce ne suffit plus  pour stocker les fils proposés aux tisserandes. Le succès de la coopérative de tissus est confirmé par six mois d’activité et de croissance ; la confiance est acquise et tous ne demandent qu’à étendre les activités de la structure à d’autres secteurs (riz, essence). Il est temps aujourd’hui de prévoir la construction d’un bâtiment pour organiser nos activités, et continuer de les développer.

Le bâtiment s’inscrira dans un projet plus global : la coopérative s’insérera derrière une maternelle (pour que les jeunes tisserandes gardent un œil sur leurs enfants), et proposera un potager alimenté par … les nouvelles toilettes de l’école primaire ! Voici un aperçu de ces bâtiments que nous espérons pouvoir commencer à construire dés la fin de la saison des pluies, en octobre prochain.

De gauche à droite : l’école (déjà construite), la maternelle et les toilettes, et … la coopérative !

Le plan de la cooperative

Vue de face

Vue arrière

Vue de haut

Coupe vue de haut – face

Vue de derrière, avec son potager

Si tout se passe bien, ces bâtiments devraient être financés en grande partie par une caisse constituée par les bénéfices des premières ventes de l’équipe en France.

Vie privée, vie publique

Si beaucoup de femmes m’ont avouées qu’elles se débrouillaient dans les premiers mois pour se procurer du fil quand je n’étais pas chez moi, ou qu’elles envoyaient une audacieuse ambassadrice un peu plus courageuse que les autres prendre se procurer du fil chez le ‘grand gars à la peau blanche et au grand nez’ (mes trois caractéristiques principales ici), en voyant avec le temps que je mordais personne ni n’en insultais aucune, la tendance s’est inversée. Parfois un peu trop. D’aucunes n’hésitent plus à aboyer mon nom avant même que les premiers coqs ne se réveillent pour m’acheter trois bobines et me demander un peu troublées quand même par mon air rogue : ‘Tu es malade aujourd’hui ? Tu dors beaucoup ! Il est déjà presque cinq heures du matin !’.

Chodiphi, grande specialiste des reveils matinaux …

Un bâtiment distinct de la maison du volontaire pourrait au moins épargner le sommeil de mon successeur …

Créer du lien social …

Aujourd’hui, la plupart des tisserandes se regroupent dans la maison des unes ou des autres pour pouvoir, tout en travaillant, échanger leurs ragots sur les amourettes des plus jeunes ou les dernières nouvelles des jeunes partis à Bangkok. C’est une réalité bien connue de tous les volontaires de la région que, même sans réseau téléphonique et sans internet, l’information circule dans la montagne à une vitesse étonnante. Les cercles de tisseuses font partie de ces réseaux de cancaneries mystérieux par lesquels on peut, avec un peu de patience et quelques flatteries, obtenir les dernières nouvelles de la vallée. Par ce phénomène, les rassemblements de tisserandes sont naturels et recherchés.

L’idée serait de proposer aux tisserandes un endroit pour réunir celles qui le souhaitent, à proximité du magasin de fil et de la maternelle.

Une affaire à suivre (encore une…) !

Visite de l’équipe de Bangkok

L’équipe de Bangkok est montée à Mae Woei ! Deux jours dans la montagne pour réunir toute notre équipe ‘Thaïlande’ autour des tisserandes et renforcer notre collaboration avec l’équipe des femmes d’Esprit Karen. Au programme : visite de l’atelier de MaeTan, et rencontre des tisserandes de Mae Ou La Clo et Mae Woei Clo. Quelques photos de la rencontre !

L’équipe Esprit Karen de Bangkok en route vers Maewe …

Porimoh découvre une trousse Esprit Karen faite avec du tissu … de Mae Woei Clo !

Kitirot et la cheffe des tisserandes de Mae Ou La Clo

Kupomoh en plein travail sous l’oeuil attentif de toute l’équipe

Un nouveau coéquipier : Molly

Molly, petit singe déniché sur la route de Mae Woei Ta, a intégré notre équipe il y a maintenant deux mois. Très vite adopté par les jeunes et les moins jeunes, il contribue sans trop s’en douter à l’intégration de son maître, le ‘grand gars à la peau blanche et au grand nez’.

Quelques nouvelles de la vallée …

Par Foulques Le Tarnec, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris. Foulques, en école de commerce à Marseille, est arrivé en Thaïlande fin janvier. Sa mission : trouver de nouveaux débouchés pour la coopérative en coordonnant notamment la mise en place d’une filière de commerce équitable, K4K, qui exporterait des produits à l’étranger.

Entre les démarches administratives, les recherches de fonds, les évolutions du terrain et les renseignements logistiques, le dernier mois a été bien rempli ! Au-delà de ces différentes missions, le fait marquant du mois d’Avril a été les quelques jours que nous avons partagés à Mae Woeï Clo avec les tisserandes, Khem et Chichi (les couturières), Céline, Delphine, Julie, Françoise et Estelle (une partie de l’équipe Esprit Karen Bangkok), Marion, Alexis et Kitirot. Outre la possibilité de déguster quelques mets difficilement accessibles depuis Mae Woeï Clo (saucissons et gâteaux au chocolat, préparés par l’équipe Esprit Karen Bangkok), ce week-end « corporate » a surtout été l’occasion pour chacun de découvrir l’univers de l’autre. L’équipe d’Esprit Karen a ainsi pu découvrir les conditions de travail des tisserandes et découvrir sur le terrain quels étaient les effets de la coopérative tandis que les tisserandes ont pu apercevoir les produits que l’équipe Esprit Karen réalisait à partir des lés tissés. La réaction des femmes tisserandes face au « trois en un » (sorte de trio suspendu dans lequel l’on peut déposer toute sorte d’objet) était assez…étonnante ! Bref, cette rencontre a permis aux différentes parties de mieux se connaître et de réaliser que tous les efforts consentis depuis le début du projet en valent la chandelle !

 S’en sont suivis des rendez-vous à Bangkok auprès d’entrepreneurs, d’exportateurs et de transporteurs pour définir au mieux le processus que doivent respecter les produits finis depuis leur sortie de l’atelier de couture de Mae Saï. Il est donc arrêté que la coopérative s’associera avec une entreprise exportatrice de produits (textiles si possible) en France afin de simplifier les démarches administratives. Une fois en France, les produits seront alors à nouveau sous le giron de Terres Karens. Cette étape à Bangkok a aussi été l’occasion de récupérer des fonds confiés par l’AFB (Accueil Francophone de Bangkok) qui seront alloués à l’achat de nouvelles couleurs de fil de Chiang Maï.

Après quelques jours de repos nécessaires pour le renouvellement de mon visa au Cambodge (où j’ai fait d’une pierre deux coups : tampon sur mon visa et visite d’Angkor, avec une large préférence pour la seconde pierre !), j’ai dû rester quelques jours de plus à Bangkok : le pays était « paralysé » à cause de Sonkran (nouvel an local qui dure cinq jours pendant lesquels le pays se transforme en terrain de jeu pour une bataille d’eau géante). Après plusieurs seaux d’eau dans la tête du « farang » (moi), me voilà de retour à Mae Sot (après avoir lavé mon honneur) où les quinze prochains jours vont être intensifs ! Les produits réalisés par l’atelier de Mae Saï vont en effet être livrés la semaine prochaine ! Après un contrôle qualité sous l’œil exercé de l’équipe Esprit Karen Bangkok, ils seront expédiés en France… où l’équipe locale pourra enfin voir le résultat de leur travail ! Les quinze prochains jours seront aussi l’occasion de continuer les procédures de déclaration de la coopérative et de réaliser les derniers ajustements logistiques.

Quelques nouvelles de Paris (K4K) … une invitation !

Les Missions Etrangères de Paris vous ouvrent leurs portes le 28 mai pour une vente privée dont tous les profits seront reversés à l’association Terres Karens ! Soutenez nos projets en venant découvrir nos produits et accessoires de mode, et … plongez en terres karens !

Invitation aux MEP le 28 mai !

Et le mot du bureau !

Le mois dernier, la décision de lancer la première production de produits en Thaïlande en vue d’une première vente privée en France a été prise. Toute l’équipe s’est donc mobilisée afin que ce premier événement soit une réussite. Dans le but de définir exactement l’action de K4K, nous avons multiplié les rencontres. Ces dernières nous ont permis d’avancer et d’affiner le projet. La coopérative est désormais bien établie et son bâtiment est conçu virtuellement.

Des premiers partenaires nous font confiance : l’Accueil Francophone de Bangkok, le séminaire Saint Sulpice, et nous avons remporté le concours organisé par la Coordination des Jeunes Promotions de l’Ecole Centrale Paris. Si vous souhaitez soutenir nos projets, n’hésitez pas à télécharger et à diffuser la présentation de nos initiatives !

Terres Karens – Présentation

Le printemps Karen – Mars 2011

Des nouvelles d’Alexis et de la coopérative de Mae Woei Clo

Par Alexis BALMONT, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris, responsable du projet ‘coopérative’ pour l’association Terres Karens. Alexis, parti en septembre 2010 pour créer une coopérative au village de Mae Woei Clo, initie le projet cette année en organisant les tisserandes du village. Après 4 mois de fonctionnement, le bilan est positif, et la coopérative continue de se développer. Plus de nouvelles dans cette partie !

Le magasin propose ses services à plus de villages

Un principe simple : acheter groupé

Le projet est fondé sur une idée toute simple : si toutes les femmes se fédèrent, elles acquièrent un pouvoir économique qui leur permet de faire des économies importantes en achetant leurs matières premières à des prix de gros. Dans cette logique, elles peuvent aller acheter du fil de meilleure qualité à un prix unitaire plus bas.

C’est ainsi que nous avons créé un magasin de détail à Mae Woei Clo, qui propose aux tisserandes des bobines à des prix inférieurs que celles qu’elles peuvent trouver dans la ville la plus proche, à quelques heures de piste. Une petite révolution que je vous avais racontée fin novembre !

Rupture de stock !

Aujourd’hui, le magasin commence à être connu dans la montagne, au point que nous avons vu débarquer il y a deux semaines des groupes de jeunes femmes de Mae Ou Gna Clo, un village isolé à quelques heures de piste de MaeWoei. Tout était plié en quelques minutes : chacune a acheté de quoi tisser des chemises et des sacs pour toute sa famille pendant quelques mois, et notre précieux stock de fil était épuisé… Un succès que nous n’avions pas prévu, mais qui est tout à fait opportun …

Un impératif de volume

En effet, pour profiter des services de notre grossiste de Chang Maï, il nous faut commander à chaque fois au moins 1050 bobines de fil. C’est la condition pour qu’il mette à notre disposition son transporteur (Thaï Parcels), qui envoie notre fil à des prix dérisoires jusqu’à MaeSot. C’est donc aussi la condition pour que nous puissions le vendre à Mae Woei Clo à un prix quasiment identique au prix de gros : le prix du transport se répartit sur un nombre important de bobines et devient presque nul.

En raisonnant à l’échelle de 60 tisserandes, il n’est pas possible de consommer une telle quantité de bobines dans l’intervalle de temps qu’il faut pour épuiser les couleurs les plus. Il est donc tout à fait heureux que les volumes du magasin augmentent : si le succès permet de proposer du fil bon marché à de plus en plus de femmes, il garantit aussi que le fonctionnement du magasin soit durable, en obtenant un volume de bobines suffisant pour pouvoir commander en gros.

Dans cette logique, nous avons décidé de proposer nos bobines à plus de villages : aujourd’hui,  six villages s’approvisionnent au magasin : Poblaki, Mae Ou La Clo, Mae Po Ki, Mae Woei Clo, Mae Ou Gna Clo et Po Mu Ba Le Ko.

En repartant de la coopérative …

Les lés tissées sont de plus en plus compliquées

La coopérative permet aussi aux femmes de vendre leur production en s’affranchissant des intermédiaires, et de participer aux commandes de ses partenaires commerciaux. Si dans les premiers temps, nous avons choisi de proposer aux tisserandes de vendre des lés unis, nous fabriquons aujourd’hui des pièces de plus en plus complexes !

Valoriser  le savoir-faire local

Ces pièces correspondent davantage au vrai savoir-faire karen, et sont uniques : aucune machine n’est encore capable de les reproduire. Le principe de la coopérative n’est pas d’imposer des commandes aux femmes de la montagne, mais de proposer des débouchés à leur artisanat. L’objectif est donc de mettre en valeur ce qu’elles produisent, l’essentiel du travail étant de trouver des marchés qui correspondent à leurs pièces de tissu, et de contrôler que leurs fabrications puissent être vendues pour atteindre l’équilibre financier indispensable à la survie de l’organisation. Cela implique des contrôles de qualité ou de forme, mais ce sont toujours les femmes qui sont à l’origine des motifs et qui imaginent les tissus. Le catalogue de la coopérative présente les pièces du village, et les clients choisissent ce qui leur plaît.

Quelques motifs karens

Lâchez-vous !

Pour mieux savoir ce que savent faire les unes et les autres, nous avons aussi choisi de lancer une opération un peu inhabituelle : un lé dont les tisserandes font … ce qu’elles veulent ! La coopérative leur fournit le fil qu’elles veulent et s’engage à racheter le produit fini (mais un seul) à 300 baths. Un prix volontairement bas pour ne pas se retrouver avec un stock de lés aux motifs et aux couleurs bien particuliers mais … invendables. En pratique, 7 femmes ont participé à l’opération et ont tissé des pièces de grande qualité.

Un équilibre à trouver

Pour autant, il ne s’agit pas non plus de chercher des points de vente pour des chemises et des sacs traditionnels, ou de racheter systématiquement ce que font les unes et les autres. Même avec une bonne dose de marketing et beaucoup de communication, je doute que la mode d’ici quelques années soit à porter des chemises rouges bariolées dans les rues de Paris, parce que, vraiment, c’est archi-tendance…  Il s’agit donc de choisir dans les produits proposés en puissance par les femmes ceux qui auraient aussi le goût de leurs clients. En ce sens, une partie du travail reste un travail de tri et de choix de couleurs, avec, bien sûr, quelques petites erreurs d’appréciation d’un volontaire masculin pas toujours très au fait de ce qui se porte et de ce qui ne se porte pas toujours très bien hors du village. Par exemple, emballé par les lés en fil karen (un fil de coton naturel que les femmes confectionnent elles-mêmes), sans doute plus pour leur histoire que pour leur esthétique, il faut bien se rendre à l’évidence que, vu de loin et dans le brouillard, si on apercevait  une pièce pareille à Paris, on s’écrierait certainement : ‘Non mais qui a laissé traîner ce grossier sac de jute dans le salon ?’. Et pourtant, c’est sans doute aussi une technique au monde. Il y a donc un équilibre à trouver, qui s’articule entre le marché et la volonté de préserver un patrimoine culturel en danger, qui n’est pas sans quelques tâtonnements esthétiques. Dans ce jeu d’essais et de ratés, il ne s’agit pas de trop faire d’erreurs d’appréciations, qui représentent autant de pertes sèches pour la structure.

Une logique de prix imaginée au service des commandes

Un autre principe, qui distingue la coopérative d’une structure entrepreneuriale classique, est de laisser une totale liberté aux tisserandes. Si elles veulent tisser, elles tissent ; si elles ne peuvent plus pour des raisons X ou Y, elles peuvent s’arrêter. Aucune contrainte autre que nos encouragements ou nos réserves.

C’est une liberté qu’elles apprécient, mais qui implique un système de gestion un peu plus compliqué que ceux pratiqués habituellement. Comment s’assurer que les femmes ne tisseront pas que des lés unis toute l’année, sans toucher aux commandes ? Par la confiance, d’abord, et la responsabilisation : elles ont bien compris que la pérennité de la structure dépendra de sa capacité à vendre. Par les prix, ensuite : il est nécessaire que le travail soit rémunéré à la mesure de la complexité et de l’investissement en temps des tisserandes.

Ainsi, à chaque nouveau tissu que la coopérative est chargé de faire, il s’agit de poser les bonnes questions au bureau des trois cheffes de la coopérative : ‘Qui sait réaliser ce motif ? Toi, si tu avais le choix entre une pièce unie et une pièce de ce motif, à partir de quelle rémunération est-ce que tu choisirais la pièce complexe ?’ Et, en plus des réponses, de confronter les informations avec celles qui sont objectives : nombre de jours de travail, nombre de motifs, nombre de couches dans la trame (un critère que évalue la complexité de la réalisation) … L’objectif est de faire en sorte que les prix correspondent très exactement à la valeur des tissus rapportée à une pièce unie à 200 baths (notre choix initial).

En pratique, quand une tisserande se présente et veut tisser, on discerne vite la pertinence du choix des cheffes : quand le prix est bien fixé, il lui est égal de tisser une pièce unie ou une pièce complexe. En revanche, quand les unes et les autres refusent systématiquement un motif, on devine qu’il n’est pas rémunéré à sa juste valeur …

Il y a parfois aussi quelques détails que l’on n’avait pas forcément pu prévoir : on présente une photo de motifs, et l’on pose les questions. Elles y jettent toutes un coup d’oeil, me regardent, puis éclatent de rire ! Cela dure dix bonnes minutes pendant lesquelles on ne comprend pas grand-chose. Pour m’expliquer, elles me retendent la photo et me disent ‘mais enfin, tiens, regarde, c’est évident quoi !’. Le motif est simplement caractéristique d’un autre village ‘mais enfin c’est évident, ce motif là vient de Poblaki !’. On dit que les motifs et l’agencement des symboles ont une signification. Celui qui sait les lire connaît la provenance de son interlocuteur, et un peu de son histoire inscrite sur son habit.

Et si c’était vrai ?

La confiance, au cœur de notre fonctionnement

Vous l’aurez compris, le système de fixation des prix repose largement sur la confiance. Ni Kitirot ni  moi ne pouvons vraiment apprécier et la qualité des tissus et la complexité des motifs. C’est un risque à prendre, mais c’est aussi dans l’ordre des choses que ce soit elles qui décident pour la structure qui leur appartient.

Adapter ses moyens aux avancées du projet

Extension du logiciel de la coopérative

Avec les nouveaux villages, et tous les ‘déménagements’ après la fin de la récolte (des personnes construisent leur maison ou la déplacent), le logiciel de la coopérative n’est plus forcément à jour. En particulier, il s’agit d’incorporer des tissus beaucoup plus compliqués, qui demandent à ce que la tisserande ait accès à certaines couleurs d’un point d’approvisionnement et à certaines autres d’un autre endroit ; l’objectif étant de conserver le système actuel : c’est l’ordinateur qui fait la comptabilité, met à jour les stocks et garde en mémoire les lés commandés. Cela représente un gros travail de mise à jour permanente qui, il faut l’espérer, aboutira à un outil de gestion parfaitement en phase avec la réalité du terrain. Et facilement utilisable par quelqu’un qui n’a aucune affinité de longue date avec l’informatique…

Une première ébauche de catalogue électronique

Maintenant que certains lés sont bien connues des tisserandes et de Kitirot (il y a un modèle connu qui permet à chaque tisserande de le reproduire), nous pourrons le proposer de manière plus systématique à nos éventuels clients, sans prendre le risque de lui donner un produit qui n’a qu’un vague rapport avec ce qu’il aurait pu s’imaginer à la commande. Je travaille donc à la réalisation d’un catalogue électronique ne prenant en compte que les tissus ‘connus’, qui permet au client de choisir en quelques clics le tissu qui l’intéresse et les couleurs qu’il veut pour ses motifs. Ensuite, il suffit de montrer les bonnes couleurs et le modèle aux tisserandes, qui savent tisser la pièce sans trop de problèmes (du moins pour les quelques tissus que nous avons essayés aujourd’hui). Un premier outil qui sera utile pour savoir si la coopérative pourrait fonctionner en réalisant des pièces sur mesure, un service haut-de-gamme en cohérence avec les exigences de cet artisanat. Encore une fois, c’est une affaire à suivre !

Cette fois-ci, je vous épargne les autres rubriques de la newsletter : la newsletter est déjà bien trop longue ! Venez me voir, et vous saurez tout des autress aspects de ma mission à Mae Woei Clo !

 

Un bilan plus détaillé après six mois de mission

Dans le document ci-dessous (‘Création d’une coopérative de tisserandes à Mae Woei Clo’), vous trouverez beaucoup plus de détails sur mon activité ici, et vous saurez tout de nos besoins pour continuer notre projet de coopérative.

Creation d’une cooperative a Mae Woei Clo

Pendant que Foulques entre dans le vif de sa mission !

Par Foulques Le Tarnec, volontaire pour les Missions Etrangères de Paris. Foulques, en école de commerce à Marseille, est arrivé en Thaïlande fin janvier. Sa mission : trouver de nouveaux débouchés pour la coopérative en coordonnant notamment la mise en place d’une filière de commerce équitable, K4K, qui exporterait des produits à l’étranger. Un projet ambitieux, dont vous trouverez ici les premières nouvelles de terrain.

La coopérative sollicite … des couturières !

Nous pouvons diversifier les débouchés de la coopérative de deux façons : soit en recherchant des clients de lés, soit transformer les lés de la coopérative en produits finis, tels que des objets de décoration intérieure par exemple. Le marché pour le tissu Karen étant faible, l’objectif est de confectionner des produits finis pour renforcer la pérennité de la coopérative. La diversification des débouchés permet en effet de pallier la défaillance d’un client.

Plus que la pérennité de la coopérative, c’est  la valorisation des tissus qui sera améliorée ; la marge étant plus importante sur les produits finis. Ce bénéfice dégagé garantit une meilleure valorisation du lé mais aussi la constitution d’un fonds commun pour des projets du village (constructions sanitaires ou autres).

A Maewe, des projets, on en a … : une maternelle !

Un modèle qui fonctionne : Esprit Karen

Esprit Karen est une association qui a pour but de développer une activité économique dans les villages des montagnes karens de la province de TAK. Cette association, gérée par des expatriées françaises, propose en effet trois collections d’articles de décoration par an, faits à partir de tissus Karens. L’équipe (composée de huit femmes) gère ainsi le design des produits, l’achat des matières premières, les commandes et la vente. Elles emploient un atelier de trois couturières Karens pour la confection des produits. Les produits réalisés sont alors vendus grâce à des ventes privées dans le milieu expatrié de Bangkok. Ce projet permet donc de créer des débouchés pour les lés tissés dans la montagne et de sauvegarder le patrimoine culturel Karen en faisant la promotion du tissage traditionnel.

L’équipe d’Esprit Karen est assistée dans sa gestion par Marion Le Coz (volontaire Enfants du Mékong) qui assure la relation entre les expatriées de Bangkok et les couturières basées à Mae Tan.

Ce modèle fonctionnant très bien auprès de la communauté « expat’ », nous cherchons à mettre en place le même système en France, tout en travaillant de concert avec Esprit Karen en  Thaïlande. (C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’elles nous ont aimablement prêté leurs prototypes). Nous ne pouvons cependant passer par les mêmes infrastructures parce que l’atelier de Mae Tan est saturé. Trois collections par an à raison de plus de 500 produits par collection suffisent largement à remplir l’emploi du temps des trois couturières !

Marion Le Coz

 

Marion et moi sommes donc partis à la recherche de nouvelles couturières… Après une journée dans les transports en commun et des discussions diverses et ô combien intéressantes, nous voici, deux compagnons, débarquant à Chiang Mai. Arrivés sur le tard, l’accueil par les sœurs de l’école de Chiang Maï n’est pas conforme à la réputation d’hospitalité (pourtant non usurpée !) du peuple Thaï… Il est même question de me refuser l’entrée parce que je suis … un homme ! C’est un peu fort de café alors que nous avions prévenu de notre visite. Après quelques palabres, le problème est réglé. Il en reste cependant un : cette école ne peut produire pour nous mais sa directrice nous recommande une école de couture à Mae Saï (ville la plus au nord de la Thaïlande). Après une nouvelle journée de transport (ce n’est pas grave, la route est belle), nous sommes accueillis les bras ouverts (cette fois-ci) par le personnel dirigeant. L’école prend en charge des enfants Akhas (ethnie minoritaire du nord de la Thaïlande) et forme les jeunes filles à la couture pour leur apprendre un métier et leur éviter de « tomber » dans la prostitution. L’école est tenue par une directrice Thaï qui, à travers les objets qu’elle confectionne, veut mettre en exergue l’histoire du peuple qui les fait. Elle nous parle ainsi des Akhas mais aussi des Hmongs et des Karens.

Charmés tant par les produits qu’elle propose que par son discours, nous décidons de lui proposer une collaboration avec notre future structure qu’elle accepte volontiers. Au début, cet atelier ne sera qu’un simple prestataire. A terme, l’idée est de recruter les couturières qui auront appris leur métier dans cette école. Une affaire à suivre …

Un impératif : travailler tous ensemble

Comme vous pouvez le constater, cela fait encore une partie prenante de plus dans le projet ! Entre Alexis isolé dans ses montagnes, Marion à MaeTowo, l’atelier de couture de Mae Tan, l’école de Chiang Maï, les bénévoles d’Esprit Karen à Bangkok, les Missions Etrangères de Paris, Foulques l’itinérant et la France, la communication n’est pas des plus aisées ! C’est pourquoi une autre mission de mes missions est d’harmoniser la communication et favoriser l’échange d’informations entre le terrain et Paris. Cette tâche n’est pas facile mais nous avons le luxe de partager un même objectif : aider la population Karen. Cela nous permet de travailler ensemble et d’avancer vers les mêmes objectifs.

En vue de réaliser ces objectifs, nous avons mis en place différents moyens tels qu’une plate-forme de travail collaboratif, un rendez-vous skype hebdomadaire pour favoriser les échanges entre la France et le terrain, un profil facebook pour relayer les projets de l’association, etc.

Trouver la structure la plus pertinente et la déclarer

Afin de rendre le projet d’entreprise de commerce équitable pérenne, il faut déclarer une entité juridique. Après différentes recherches sur les structures, nous n’avons pas encore arrêté notre choix. Nous sommes d’ailleurs preneurs de tout conseil avisé ! Plusieurs options se présentent à nous : soit déclarer une entreprise (CAS N°1), soit déclarer une association (CAS N°2), soit que le projet soit supporté par l’association Terres Karens (CAS N°3), soit que la coopérative exporte directement des produits finis (CAS N°4).

CAS N°1 : Déclarer une entreprise. Dans ce cas de figure, il est plus difficile de démarcher des partenaires. Or nous n’avons pas le capital pour lancer l’entreprise qui a besoin de fonds de roulement.

CAS N°2 : Déclarer une association. Les boutiques de commerce équitable en France accordent peu de crédibilité aux associations, ce qui rend la vente aux entreprises et boutiques plus complexe.

CAS N°3 : Projet supporté par Terres Karens. La vocation de Terres Karens n’est pas de commercialiser des produits (et sa structure nous confronte au cas n°2).

CAS N°4 : La coopérative exporte les produits finis.  La coopérative est incapable à l’heure actuelle de vendre ses produits sur un marché français : le marketing en thaï ne risque pas de remplir le panier de la ménagère…

è Face à cette complexité, le choix n’est pas encore arrêté. Les informations se multiplient et nous ne devrions pas tarder à choisir la structure idéale. Toute personne ayant une connaissance de ces problématiques juridiques est la bienvenue pour nous aider !

En France, le bureau de Terres Karens s’organise pour faire face à de nouveaux défis

Un nouveau bureau a été élu

A sa tête, Matthieu Grzybowski, qui rentre de 6 mois de volontariat à Maesot où il a travaillé pour Tak Border Children Assistance Foundation (TBCAF). Ce nouveau bureau accueille également une nouvelle secrétaire générale, Clélia Piquin, qui rentre d’un an passé à Mae Ramat où elle a rempli la mission de coordinatrice pédagogique au sein d’une école de 1000 élèves.  Amaury Vuatrin complète notre équipe en tant que trésorier. Il a passé 3 mois en Thaïlande dans les villages Karens où il a assisté différents projets du père Nicolas Lefébure, prêtre des missions étrangères de Paris.

Ce nouveau bureau cumule près de deux ans passés en Thaïlande et reflète la volonté de l’association de devenir une organisation de volontaires au service des volontaires, qui eux-mêmes se mettent au service de la minorité Karen à travers différents projets.  Cette connaissance du terrain est impérative pour mettre en place des projets crédibles et adaptés aux besoins locaux.

 Matthieu, nouveau president de l’association

 

 Clelia, notre secretaire generale

 

 Amaury, notre tresorier

 

Terres Karens, c’est désormais deux projets cohérents qui se complètent

Le projet fondateur géré par Alexis qui consiste au développement d’une coopérative dans un village Karen, Mae Woei Clo, et un deuxième projet tout neuf, géré par Nicolas, Lorraine et Noël en France, Marion et Foulques en Thaïlande, qui porte le nom de K4K (Karens for Karens).

La coopérative est en train de voir le jour avec une première filière d’achat de bobines de fil, une seconde de vente de lés de tissus, et une troisième filière d’achat de riz et d’essence. Nous avons actuellement besoin d’un soutien financier pour constituer notre fonds de roulement et financer les premiers achats, c’est pourquoi nous lançons un appel aux dons.

K4K est un projet de filière intégrée de commerce équitable dont le but est de revendre les produits de la coopérative en France afin de trouver des débouchés pour les produits des tisserandes mais aussi afin de rentrer dans une logique d’autosuffisance financière.

Terres Karens souhaite tout mettre en œuvre pour permettre un développement  des initiatives économiques Karens sans être soumis aux aléas financiers de l’assistanat. Par ses volontaires et l’immersion totale dans laquelle ils vivent ou ont vécu, elle possède des qualités exceptionnelles. Elle a les moyens de ses ambitions, avec une connaissance de la culture Karen inégalée. Alexis parle désormais couramment Karen, il est actuellement en train de réaliser une méthode pour apprendre le Karen. Par ailleurs, les différents membres de l’association ont développé au cours de leur mission un réseau en Thaïlande qui permet  d’aider les différents projets et les autres acteurs de l’action humanitaire dans la région de MaeSot.

Souhaits du bureau

Le nouveau bureau aura à cœur de faciliter la mise en place des projets par un soutien actif aux projets de coopérative en Thaïlande et de K4K en France. La coordination entre ces deux projets sera leur priorité. Ils sont en contact permanent avec Alexis, coordinateur du projet coopérative en Thaïlande, et Foulques, coordinateur du projet K4K en Thaïlande. Le bureau est également responsable du développement des projets futurs dans un but de cohérence et de soutien aux Karens.  

Vous trouverez une présentation synthétique de notre association et de nos projets dans le document ci-dessous !

Terres Karens en quelques slides…

Quelques nouvelles du projet K4K

Par Nicolas Boutin, étudiant à l’école Centrale Paris, ancien volontaire dans la province de Tak à l’été 2011.

Pourquoi K4K ?

Le réseau des expatriés de Bangkok est un marché limité qui n’a aucune extension possible en Thaïlande. Et comme Alexis le dit plus haut, la coopérative s’ouvre à de nouveaux villages, et de plus en plus de femmes karens souhaitent adhérer à la coopérative afin d’avoir des revenus pour leur famille. Nous avons donc décidé de créer de nouveaux débouchés en développant la distribution en France, en parallèle avec ce que fait Esprit Karen en Thaïlande.

K4K se donne donc deux missions principales :

–          S’associer à Esprit Karen et donner une forme juridique adéquate à la nouvelle structure pour permettre l’exportation en France.

–          Vendre les produits Esprit Karen en France (via les boutiques de commerce équitable, les ventes privées et le e-commerce).

Historique du projet

Le projet de création d’une filière de commerce équitable est né pour aller dans la continuité du projet de coopérative d’Alexis.

Noël Barjon, Nicolas Neiman et moi, dans le cadre d’un projet à l’Ecole Centrale Paris, avons tout d’abord conceptualisé le projet de septembre à décembre 2010 puis nous l’avons présenté à un collège de professeurs, experts en projet dans le domaine du commerce équitable, qui l’ont validé. Nous avons également rencontré des acteurs du développement économique de pays en voie de développement. Nous nous sommes donc engagés dans ce projet en février. Foulques est parti fin janvier pour s’occuper du projet en Thaïlande pendant qu’une équipe se mettait en place en France.

Une fine équipe

Développer la vente des produits karens en France n’est pas une mince affaire et nécessite donc diverses compétences. Une étudiante en école de commerce à Marseille, Lorraine de Joybert, soutenue par Clélia, est en charge de la partie développement produit et distribution dans les points de vente en France.  Noël Barjon, qui partira en septembre pour un an en Thaïlande afin de prendre la suite de Foulques et d’Alexis, s’occupe de l’élaboration du budget et de la recherche de financements, épaulé par Matthieu Grzybowski et Amaury Vuatrin. Nicolas Boutin est en charge de la coordination du projet en France et participe à la recherche de financements.

Ainsi, pour s’occuper de tout le travail que représente le projet, une fine équipe est réunie, dont les membres viennent de tous horizons, ce qui permet une complémentarité très enrichissante.

Noel Barjon

Lorraine de Joybert

Nicolas Boutin

 

Deux nouvelles recrues

Etant tous étudiants ou en stage, nous avons besoin d’être nombreux pour réaliser toutes les tâches que nécessite un tel projet. Ainsi, deux nouvelles recrues sont venues rejoindre nos rangs. Augustin Laudet, volontaire en Thaïlande pendant 3 mois l’année dernière, apporte son soutien dans la gestion de Terres Karens et dans la recherche de financements. De son côté, Olivier Dubourdieu a connu le projet grâce à la newsletter de la coopérative de Mae Woei Clo ; il soutiendra K4K en participant à la distribution et aux différentes études qui seront réalisées pour le développement de la structure en France.

Augustin Laudet

Pour favoriser l’implantation de nos produits en France, il nous a paru judicieux de  réaliser une étude sur le marché du commerce équitable et de la décoration intérieure en France. Pour assurer la viabilité de notre projet, nous avons constitué un plan de financement sur 3 ans en ayant toujours comme objectif que la structure soit avant tout au service des Karens. Nous avons également participé à un concours de création d’entreprise tourné vers le développement durable, le concours ACCEDE. Les mois prochains seront consacrés au démarchage en vue de vendre les produits dans des boutiques spécialisées ou non pour la rentrée prochaine.L’arrivée prochaine de produits en France

Ce sont des produits de décoration intérieure où l’on retrouve sets de table, trousses, linge, sacs et autres accessoires aux motifs karens. Les produits devraient arriver en France mi-mai  dans le cadre d’une vente privée.

Un sac Esprit Karen

Des tissus pour la table …

 

 

A vos agendas… la date vous sera communiquée prochainement !

 

Quelles sont les nouvelles – Janvier 2011

La coopérative de tisserandes continue de se développer !

Fin novembre, je vous racontais comment nous avions décidé avec Kitirot de nous lancer dans l’aventure de la création d’une coopérative de tisserandes, pour lancer les opérations sur un exemple concret. Après six semaines de fonctionnement riches en expérience et l’intégration de trois nouveaux villages à la structure, nous proposons aujourd’hui du travail et du fil à une soixantaine de femmes. Elles ont accès aux meilleures matières premières de la région à un prix unitaire en-dessous de celui du marché ; et peuvent aujourd’hui commercialiser leurs pièces de tissu jusqu’à Bangkok. Last but not least, si tout se passe bien, on trouvera bientôt des produits confectionnés à partir de tissus karens … en France ! Tous les détails dans cette partie !

Quelques mots pour se remettre en tête le fonctionnement de notre coopérative :

Une idée simple : s’organiser pour travailler ensemble

Acheter ensemble

Le projet est fondé sur une idée toute simple : si toutes les femmes se fédèrent, elles acquièrent un pouvoir économique qui leur permet de faire des économies importantes en achetant leurs matières premières à des prix de gros. Dans cette logique, elles peuvent aller acheter du fil de meilleure qualité à un prix unitaire plus bas.

En pratique, Kitirot et moi sommes allés enquêter dans les villes de la province ; et nous avons fait affaire avec un négociant de la ville de Chang Mai, à plus de 500 kilomètres de Mae Woei Clo. Monsieur Ngamlertrat, que nous appelons maintenant par son prénom (Ratana), nous envoie du fil à MaeSot en nous faisant profiter des accords qu’il a passés avec une entreprise de transport industriel thaï. Ce fil, de la meilleure qualité que l’on puisse trouver sur le marché, peut ainsi ensuite être revendu à Mae Woei Clo à un prix de bobine unitaire de 11 Baths. Une petite révolution pour nos tisserandes qui devaient faire deux heures de route pour acheter du fil de moins bonne qualité … à 15 Baths la bobine !

Vendre ensemble

En fonctionnant ensemble, les femmes acquièrent une structure pour vendre leurs produits sur les marchés. Seules, elles ne peuvent réunit suffisamment de tissu pour amortir le prix du transport jusqu’aux marchés thaïs ; et n’ont donc pas d’autres possibilités que de vendre leurs pièces d’artisanat aux villages alentours.

Petit souci : il y a peu de débouchés commerciaux pour les chemises traditionnelles karens…

Nous leur avons donc proposé de tisser des lais (c’est l’unité de mesure du tissu : une pièce de 3 mètres de long sur 45 centimètres de large) unies, et récemment plus compliquées, que nous nous chargeons de vendre, principalement à Esprit Karen, une association qui imagine et commercialise des produits à partir de tissu karen dans les réseaux expatriés de Bangkok.

S’organiser

Les femmes se réunissent tous les dimanches soirs pour prendre les décisions ensemble. Ce sont elles qui fixent les prix de rachat des pièces finies (en fonction des possibilités de vente et de la complexité des tissus) ; et qui sanctionnent le cas échéant les tissus de mauvaise qualité (chose que ni Kitirot ni moi n’avons le courage de faire).

La semaine, chacun peut se référer à Eyrimoh, cheffe élue de la nouvelle structure, qui doit prendre les décisions avec au moins deux autres tisserandes. Ces décisions devront être validées par tous à la fin de la semaine, mais il n’y a généralement pas de soucis.

Eyrimoh, la cheffe élue de la coopérative de tisserandes

Trois nouveaux villages s’intègrent au projet

Ayant eu vent des changements, des femmes des villages alentours ont voulu s’intégrer à cette nouvelle organisation pour profiter des prix de rachat du fil et trouver de nouvelles sources de revenus pour leurs foyers. Nous les avons acceptées avec joie, et elles ont élues leur responsable, qui se rendent toutes les semaines à MaeWoei pour participer aux réunions.

Toutes les tisserandes de ces nouveaux villages peuvent venir acheter leur fil à MaeWoei, et participer aux commandes de lais de tissu.

Ces trois villages, MaePoKi, PoMuBaLeKo et MaeOuLaKlo, sont situés à moins d’une heure de piste.

Un nombre croissant de tisserandes

Partant, ce sont aujourd’hui une soixantaine de femmes qui participent aux activités de la toute nouvelle coopérative, qui en achetant simplement quelques bobines de fil, qui en devenant tisserande à plein temps pour les commandes … Les choses avancent très vite ! Chacune est libre de tisser quand elle veut, mais il faudra veiller à faire suffisamment de stock pour proposer un service continu toute l’année à nos partenaires commerciaux, service qui ne tienne pas compte des saisons agricoles.

Cela fait des réunions plus joyeuses qu’aux tous débuts !

Qui tisse pour la coopérative de Mae Woei Clo ?

Diversification des achats et des ventes

Nous avons fait un catalogue qui donne un aperçu du savoir-faire des tisserandes ; il a fallu pour cela photographier tous les motifs de toutes les tisserandes, chacune ayant sa compétence propre… Une fois que chacune avait bien compris ce que la coopérative pouvait proposer comme produits à l’extérieur (des pièces de tissu normées et de bonne qualité), et avait fait ses preuves en tissant une lai unie de bonne qualité, nous lui proposons de tisser des pièces plus compliquées, qui, vendues plus chères, permettent d’augmenter ses revenus.

Un aperçu du catalogue

En conséquence, nous avons du nous procurer d’autres types de fil pour produire des tissus bien spécifiques (Kitirot et moi sommes devenus de véritables spécialistes : nous connaissons mieux que beaucoup de vieilles femmes les fils et les motifs traditionnels, leurs noms et leurs points de vente. Inutile de dire que tous les hommes ne se privent pas de se moquer de ces deux gaillards qui sont devenus plus renseignés que leurs propres femmes sur ces sujets bien féminins. C’est une source intarissable de blagues en tout genre…).

Pour vous donner un petit aperçu, nous nous procurons par exemple du fil karen (« prakegno ») dans un village de la montagne assez inaccessible (Poblaki), et du fil délavé bicolore (« a ki ») auprès de la Karen Women Organisation (KWO), une association qui travaille avec les femmes des camps de réfugiés. Heureusement, l’essentiel du fil est maintenant acheté au téléphone à Chang Maï. C’est plus simple : le réseau téléphonique n’est qu’à deux heures de piste…

Une meilleure qualité de fil au service d’une production haut-de-gamme

Aujourd’hui, il semble que nous devions nous placer sur un marché haut-de-gamme, qui tienne compte à la fois de la qualité de nos fils et de l’exigence de notre artisanat (qui implique une valorisation importante du travail de la tisserande). En ce sens, Esprit Karen, qui propose des produits aux réseaux expatriés de Bangkok, est un interlocuteur adapté.

Des commandes, enfin !

Si nous avons déjà vendu un premier stock de tissus unis, nous avons reçu la semaine dernière notre première commande de tissus complexes ! Elle vient de Bangkok, Esprit Karen. Nous la répartirons dimanche entre toutes les tisserandes. C’est, il faut l’espérer, le début d’un partenariat de long terme !

Et puis, si l’équipe de Bangkok parvient à séduire le marché expatrié, pourquoi ne pas développer une ligne de produit vers les marchés français ?

Un projet de commerce équitable : K4K (Karens for Karens)

Ce serait bien dommage de ne pas tenter l’aventure ! La nouvelle équipe fraichement élue de Terres Karens se lance à l’assaut de ce nouveau projet : plus de détails dans les paragraphes qui suivent …

Une nouvelle équipe pour Terres Karens

L’équipe de Terres Karens à Paris s’est réunie pour élire une nouvelle équipe : merci à tous les anciens, et place au nouvel organigramme !

L’association vivra cette année autour du commerce équitable, pour relayer la toute nouvelle coopérative de Mae Woei Clo. Parole à Nicolas Boutin, nouveau président de l’association :

 » Nous formons cette année une équipe de 8 étudiants issus d’écoles d’ingénieur et  de commerce,  et nous nous sommes ralliés à l’association Terres Karens d’Alexis avec pour objectif de créer une filière de commerce équitable. Nos compétences, conjuguées à l’expérience de volontariat que certains d’entre nous ont déjà faite au service de cette ethnie minoritaire, les Karens, nous permettent de bien cerner les enjeux de ce projet.

L’objectif à ce jour est de relayer la mise en place à Mae Woei Clo d’une coopérative de tisserandes, et de structurer un atelier de couture permettant de confectionner toute une gamme de produits karens : coussins, chemins de table, trousses, hamacs, sacs aux mille et une couleurs de ce peuple. Dans un second temps, importer ces produits sur le marché français permettra d’aider toujours plus de femmes karens (et tous leurs foyers…). Cette entreprise portera le nom de K4K (Karen for Karen).

Foulques, un membre de notre équipe, part rejoindre Alexis mi-janvier. Sa mission va être de définir un statut juridique à notre entreprise, afin que celle-ci soit conforme à la législation thaïlandaise, et d’assurer la cohésion et le travail d’équipe de toutes les parties-prenantes potentielles du projet sur le terrain : Esprit Karen (notre projet vient compléter le leur), coopératives de tisserandes, ateliers de couture… 

 De notre côté depuis Paris, fin février, nous pourrons commencer à démarcher les boutiques en France et voir comment les produits karens sont perçus sur le marché, pour confectionner des produits qui s’adaptent au marché français. « 

Un nouveau volontaire sur le terrain : Foulques LE TARNEC

Vous l’avez lu : nouveau projet, nouveau volontaire ! Foulques LE TARNEC, étudiant en école de commerce à EUROMED (Marseille), mettra donc pour cinq mois ses compétences au service de l’action de Terres Karens sur le terrain, pour aboutir, il faut l’espérer, à la création d’une entreprise permettant de proposer un nouveau débouché pérenne à la coopérative de tisserande de Mae Woei Clo. Pourquoi une entreprise ? C’est une structure plus pérenne et plus professionnelle qu’une association, qui sera plus crédible auprès des marchés français.

J’accueille Foulques à l’aéroport samedi, et nous fonçons dans les montagnes pour que je lui explique tout ce que je sais du terrain et des karens. Nous y définirons plus précisément les détails pratiques de sa mission, toujours en accord avec les Missions Etrangères de Paris, pour qui nous sommes tous les deux volontaires cette année.

Plus de nouvelles de ce projet dans la prochaine newsletter !

La coopérative de tisserandes : un exemple concret au service de la mise en place d’une structure plus large

Vous l’aurez compris, la création d’une coopérative de tisserandes n’est pas mon objectif principal. L’enjeu est de tester un modèle de coopérative qui permettrait, outre les tisserandes, d’apporter une structure pour organiser et moderniser la vie agricole ; et, à long terme (5 ou 10 ans), être suffisamment solide financièrement pour supporter des activités de crédit. Ces trois activités sont les trois activités qu’autorise la loi thaïlandaise.

Le projet initial de Terres Karens : une coopérative, mais pas seulement pour les femmes

Si vous avez lu les dossiers de présentation du projet ‘coopérative’, téléchargeables sur le site internet de Terres Karens (www.terres-karens.org, rubrique Nos Projets), vous savez déjà qu’une coopérative développant ces trois activités apporterait des solutions concrètes aux problèmes rencontrés par les villages karens de la région de Tak. L’objectif, pour cette année, plus humble, est de créer une coopérative à l’échelle d’un village.

L’enjeu est le suivant : si la structure est effectivement adaptée aux besoins de la région et trouve un accueil favorable (ce qu’on peut espérer au vu des premiers résultats de la coopérative de tisserandes), elle se développera facilement aux villages alentours, « naturellement », c’est-à-dire de la même manière que la coopérative de tissage se développe : en répondant aux demandes concrètes des habitants des villages voisins. Si tout se passe bien, ce sera l’objet d’un second projet qui commencera avec un nouveau volontaire à la rentrée prochaine.

Il faut donc qu’à un moment ou un autre la structure, profitant de l’exemple très concret des tisserandes, applique les mêmes principes pour développer d’autres activités.

Le déclic : « Mais, Alexis, pourquoi on ne ferait pas pareil pour le riz, ou pour l’essence ? »

La phrase est de Kitirot. Elle montre que l’idée fait son chemin dans les esprits des uns et des autres, et permet d’espérer une diversification des activités de la coopérative sous peu. Si l’organisation des tisserandes a encore besoin d’un accompagnement à plein temps pour au moins un bon mois, on peut espérer pouvoir appliquer les mêmes principes pour organiser un cadre pour la vie agricole ou l’approvisionnement en produits ‘non concurrentiels’ (il ne s’agit pas de priver les trois épiceries du village de leurs sources de revenus) : le riz, le piment, l’essence … Ce sera sans doute en ce sens que nous progresserons dans les prochaines semaines. Plus de détails, encore, dans la prochaine newsletter !

Gros plan sur …

Le logiciel de gestion de la coopérative

Dans la rubrique ‘innovation’, je vais vous présenter plus particulièrement aujourd’hui le logiciel de gestion de la coopérative. Je vous avais écrit dans les premières semaines que je me formais au langage de programmation d’Excel (ce qui n’a pas forcément du vous passionner) ; je peux vous donner aujourd’hui un aperçu de ce que ce travail m’a permis de faire (ce qui est un peu plus intéressant).

La problématique est la suivante : nous créons une structure économique un peu complexe à destination d’un public qui n’a pas forcément eu la chance de se former pour la gérer. A titre d’exemple, Kitirot ne connait pas les chiffres décimaux… Il faut donc créer un outil simple très simple d’utilisation qu’il sache utiliser. S’il pouvait me faciliter la vie dans le village, ce serait un avantage.

Sur la page d’accueil du logiciel, on trouve une carte du village.

Page de garde de notre logiciel de gestion

En cliquant sur une maison, on accède à une page qui présente un trombinoscope de ses habitants (ça, c’est pour moi, histoire de ne pas faire trop d’impairs diplomatiques quand on m’annonce avec un grand sourire : « Tu es invité à dîner chez Mouwimoh ! ». Réaction des premières semaines (intérieure) : « Au secours ! Qui est-ce !? ». Maintenant, plus détendu, je trouve la photo de Mouwimoh et l’emplacement de sa maison en quelques coups de clics).

Les 56 maisons du village ont le droit à une page analogue

En cliquant sur la maison du volontaire, on accède à un onglet de gestion de la coopérative.Le logiciel calcule le prix de revient des intrants en répercutant le coup des transports, garde en mémoire les tisserandes qui participent aux commandes en leur attribuant la bonne quantité de fil, gère les stocks de la coopérative, tient la comptabilité et gère le magasin de fil. Tout ça en quelques clics, que Kitirot, malin comme il est, a très rapidement maîtrisé.

Un petit aperçu de l’onglet de gestion de la coopérative, avec ce petit espace de vente

Nous sommes allés un peu plus loin en donnant des cartes de la coopérative à nos tisserandes (coût de la carte : 4 Baths = 10 centimes d’euros). Le logiciel, grâce à une poussette, lit le code barre et sait identifier la tisserande. On gagne du temps, et les tisserandes sont relativement fières de leurs cartes…

La carte de Nowawamoh, que le logiciel connaît sous le numéro 79 …

Dans l’onglet ‘Récapitulatif’, on a accès aux tisserandes à qui l’on a donné du fil et qui n’ont pas encore terminé de tisser. Lorsque qu’elles ont terminé, elles viennent nous trouver, le logiciel les identifie dans la liste, reporte le mouvement comptable et met à jour les stocks.

Personne ne pourra s’échapper dans la nature avec son fil

Bledimoh, toute heureuse de tisser à plein temps

Bledimoh m’a annoncé toute heureuse mercredi que grâce aux commandes de la coopérative, elle n’aurait pas à faire la rizière cette année. « Avec Blédipah –sic : son mari-, nous avons calculé que, si je tisse à plein temps, nous pouvions employer quelqu’un pour cultiver le riz à ma place, et nous sommes gagnants ». Puis elle m’a fait le descriptif de toutes les douleurs aux jambes que la rizière avait infligé à sa cinquantaine d’années, pour conclure par un joyeux : « Tu me sauves la vie, petit frère ! ». Outre de proposer une activité plus respectueuse de la santé des femmes du village, la coopérative crée donc une forme d’activité économique dans la montagne. Un effet tout à fait heureux que nous n’espérions pas aussi rapide.

On demande un ingénieur !

Le logiciel une fois terminé, il s’avère que la gestion de la coopérative ne prends pas beaucoup de temps. J’ai donc pu mettre mes compétences d’ingénieur au service des uns et des autres.

De la conception assistée par ordinateur

Voilà un aperçu des bâtiments que j’ai dessiné sur mon ordinateur thaïlandais. L’église est destinée au village de Poblaki, comme le pensionnat dont la construction a d’ailleurs déjà commencé. La maison est celle de Layo, qui, après quatre ans d’économies, a amassé de quoi se construire un véritable palace à l’échelle du village ! J’ai gagné un renom pas possible, et je me retrouve à devoir faire les plans de quatre autres maisons… (plus humbles, heureusement).

Le futur pensionnat de Poblaki

Une maison en dur pour Layo

La future église de Poblaki

Quelques statistiques de Mae Woei Clo

Grâce au logiciel, nous avons pu établir des statistiques à l’échelle de Mae Woei Clo. Les principaux résultats sont reportés dans le tableau suivant :

On remarque que les conclusions de nos études sont pertinentes : la pyramide des âges comporte un creux dans la branche des 18 – 35 ans. Tous les jeunes sont partis à la ville faute de ressources économiques dans la montagne, et le village n’est plus habité que par les personnes âgées et les enfants. Voilà de quoi nous redonner de l’ardeur à la tâche, pour essayer de créer une activité économique qui propose une vraie alternative à l’exode rural.

L’expérience karen du mois : alimentation

En rentrant de la pêche au masque la semaine dernière (la technique consiste, équipé d’un masque et d’un harpon, à explorer les dessous de berge pour y dénicher son déjeuner. Pour l’anecdote, les karens emploient l’expression consacrée « regarder les poissons »…) Loubopah a rapporté … un boa !

Loubopah

– Il y en avait deux sur le chemin, nous dit-il avec fierté, mais je n’ai réussi qu’à avoir le petit.

Petit qui mesurait quand même deux mètres de long. Après avoir fait la blague classique qui consiste à le jeter sur les nouveaux arrivants en criant « Serpent ! », il nous l’a … cuisiné. On le déguste avec les os et une bonne dose de piments ; et ce n’est pas mauvais. Il m’a décrit pendant un bon moment toutes les maladies que j’évitais en acceptant de manger le reptile, connu pour ses vertus médicinales ; et son discours a été si convaincant que je me suis resservi plusieurs fois. Depuis, je me porte comme un charme !

La directrice est, dans le même genre, passionnée d’araignées. Quand on est invité à dîner chez elle et qu’elle veut vous faire plaisir, on n’y coupe pas : vous avez dans votre assiette des araignées géantes.

Chrisamoh, directrice de l’école primaire de MaeWoei

Voilà pour quelques nouvelles du terrain ! Vous l’aurez sans doute deviné à la longueur de la newsletter, j’ai pris trois jours de repos après ces quelques mois sans pause … Inutile de vous dire donc que je suis en pleine forme !

N’hésitez pas à m’envoyer de vos nouvelles à l’adresse suivante :

Alexis BALMONT
92 / 9 Catholic Church MaeTowo
Tha Song Yang
C.Tak 63150 Thaïlande

Alexis BALMONT, Volontaire pour les Missions Etrangères de Paris
alexis.balmont@terres-karens.org
+ 668 00 31 53 57

 PS : Si vous voulez venir me voir, le village de Mae Woei Clo s’est récemment équipé d’une Guest House ! Toutes les informations en téléchargeant le document suivant :

Informations sur la Guest House

Brèves de Mae Woei Clo – Novembre 2010

Six semaines plus tard … Une coopérative de tisserandes !

Mi-octobre, je cherche à mobiliser une dizaine de villageois pour commencer à poser les premières fondations d’un coopérative. Quand je me présente dans les familles, je me rends compte que les interlocuteurs les plus accrochés à mon mauvais karen sont … les femmes. Et chacune d’entre elles, en discutant, continue à tisser. Je leur demande donc de quoi elles ont besoin et ce qu’elles aimeraient que je fasse pour elles. Après quelques rires quand elles me proposent de m’apprendre à tisser, je leur propose de me confier leurs commandes de fils.
Je leur explique que si chacune me donne sa commande, nous aurons suffisamment de volume poiur aller acheter du fil en grande quantité à MaeSot et amortir le prix de la voiture pour s’y rendre. Elles ne comprennent rien … mais elles prennent le temps de m’expliquer comment elles se débrouillent pour s’approvisionner, le plus souvent en allant à la ville la plus proche (deux heures de piste), parfois aussi en profitant des trajets des unes et des autres à l’occasion des fêtes ou des visites. Elles me donnent leurs prix : presque le double de celui de MaeSot… Dans le village, personne ne vend de fil. Toutes tissent. Il n’y aura pas de jaloux et je ne boulverserai rien que les prix d’achat du fil. Il faut saisir l’opportunité.
Je rédige mon premier papier en karen pour leur expliquer à toutes que j’irai à MaeSot le week-end suivant et que celles qui ont besoin de fils n’ont qu’à me le faire savoir, je leur revendrai au prix où je l’ai acheté, corrigé simplement du prix de l’essence. Je vais chez chacune d’elles avec mon ami Kitirot pour leur dire face à face et pour apprendre à connaître leurs tissus et leurs visages.

Le texte écrit pour relayer mon mauvais karen en cas de compréhension difficile …

Chacune d’elle me montre les motifs qu’elle sait faire, que sa mère lui a enseigné et qu’elle enseignera à sa fille. Ils sont uniques. Et magnifiques. Je les prends consciencieusement en photo et je les classe dans une base de données sur mon ordinateur (vous en trouverez un petite aperçu dans les photos que j’ai mises en ligne sur ce site). Ce n’est pas pour tout de suite, mais cela sera utile pour la suite : je pense que leur vraie valeur ajoutée est ce savoir-faire unique, cette connaissance des motifs,du tissage traditionnel, et cette créativité lentement imprégnée d’années de pratique qu’aucune machine ne pourra jamais reproduire.

Une chemise traditionnelle, avec ses motifs …

Le week-end suivant, j’enquête à MaeSot pour trouver le meilleur rapport qualité-prix. Kitirot m’accompagne et nous prenons le temps de consulter sa cousine qui habite la ville et qui a fait du tissage sa principale source de revenus. Elle nouss indique sans hésiter un commerçant indien du marché et nous donne les prix courants. C’est Kitirot qui prend la commande et qui négocie les prix. Nous choisissons de ne pas prendre de risque et nous n’achetons qu’une pelote de fil en plus des commandes de la semaine précédente. C’est moi qui fait le calcul, en lui expliquant une première fois : on divise le prix de l’essence par le nombre de pelotes et on le répartit sur la commande. On peut revendre la pelote au village de Mae Woei Clo au prix de 9 Baths, sans perdre aucun argent. Elles allaient l’acheter à deux heures de piste à 14 Baths la pelote. Aucun assistanat : personne ne perd de l’argent ; un bénéfice : directement redistribué aux tisseuses sous forme de prix de rachat du tissu. Je transforme avec Kitirot une pièce de ma maison en petit magasin où je présente mes bobines. Nous organisons une réunion pour faire savoir à toutes que je vends du fil à 9 Baths à Mae Woei Clo. Et de bonne qualité. Ma porte est ouverte, tout le monde est le bienvenu. Les tisserandes ne se privent pas ! Le stock est grignoté en moins d’une semaine. L’activité est lancée !

Je mets au point un logiciel très simple d’utilisation pour organiser ce travail un peu compliqué : connaître les 70 tisserandes du village et prendre en charge leurs commandes. Il est géographique : sur une superbe carte dessinée par Kitirot, puis coloriée et retouchée sur mon ordinateur, il suffit de cliquer sur une maison pour savoir qui y habite, et qui y a commandé quoi, et de cliquer sur la mienne pour accéder au résumé de la commande en gros et en entrer de nouvelles.

La carte dessinée par Kitirot

Chaque tisseuse n’a qu’à nous dire son nom quand elle vient, l’ordinateur sait déjà tout. Parallèlement, il faut aussi que les villageois se rendent compte que la toute nouvelle organisation est capable de leur fournir un interlocuteur pour vendre leurs produits au meilleur prix. Si je cherche des débouchés pour ces tissus, ils ne sont pas encore assurés, mais grâce à mes simulations, nous décidons avec Kitirot de racheter la pièce de tissu unie deux fois le prix habituel : 250 Baths la pièce de 45 cm de large sur trois mètre de long (6 euros et deux jours de travail). Pour que personne ne puisse être laissé de côté si elle n’a pas les moyens d’acheter le fil pour faire des tissus de cette sorte, nous proposons aussi de fournir le fil et de racheter la pièce finie à 200 Bths. Les premières lais de tissu sont stockés dans mon petit grenier … C’est un premier pas pour assurer la confiance des tisserandes et commencer une première activité rapidement : elle permet d’éprouver les méthodes et les outils de travail, de contacter les premiers acheteurs sur une offre simple etc.

Pour les six prochaines semaines, je pense que nous allons essayer de diversifier notre offre en mettant en forme les motifs de chacune, parce que c’est le seul moyen de se différencier des coopératives qui existent et fonctionnent déjà à 200 kilomètres au Nord de Mae Woei Clo. Et c’est leur vrai savoir-faire. Nous allons aussi chercher à améliorer la qualité du tissage en allant acheter du fil de meilleure qualité au Nord, dans la région de Chang Mai. Les calculs montrent qu’on pourrait le revendre pour 11 Baths la pelote, et elles disent que ce serait pour elles un vrai plaisir de tisser ce beau fil. Il faut aussi s’assurer des débouchés pérennes, et commencer sans doute à prendre en charge des commandes.

Pour s’adapter à la vie des unes et des autres, laissées parfaitement libres de tisser ou de s’occuper autrement, il faut mettre en place un système de stock capable d’amortir les vides et les creux liés aux saisons de la vie agricole et aux rythmes de vie du village. En ce moment par exemple, la plupart des femmes sont à la rizière, et peu tissent. En janvier au contraire, beaucoup m’ont dit qu’elles auront du temps pour tisser et qu’elles seront ravies de pouvoir revendre leur pièce de tissu deux fois plus cher que d’habitude. Nous pourrons stocker pour amortir le prochain creux. Les femmes ne mettent pas beaucoup de temps à comprendre ces idées. Simplement, personne ici n’avait suffisamment d’argent pour acheter en gros ou être capable de constituer des stocks, c’est-à-dire pour accepter de perdre de l’argent liquide pour un certain temps.

L’équipe locale

Sur ces photos, vous avez un aperçu des premières tisseuses qui sont venus tisser pour la coopérative.

Bioumo

NowawaMo

YèbaMo

Kitirot

Le gars à côté de la moto, c’est Kitirot, qui travaille avec moi. On s’entend à merveille ! Il m’apprend le karen, explique le projet aux tisseuses, m’emmène à la rizière pour me présenter tout le monde et me faire mieux comprendre la vie ici, traduit en thaï les boutons de mon logiciel (il a d’abord fallu qu’il apprenne à taper …) etc. En ce moment, il n’est pas très disponible parce que sa femme vient de mettre au monde un petit garçon (qui a déjà une grande soeur), et qu’il y a eu des complications après la naissance. Il est parti à l’hôpital avec sa femme mais devrait être de retour en milieu de semaine prochaine.

Layo

Layo, c’est un employé de la mission qui est devenu un bon copain : c’est un peu l’homme de confiance ici. Sur cette photo, il fait semblant de couper le riz ; en fait, il coupe trois gerbes avec son chapeau de cow-boy et préfère aller voir l’éléphant Noocafé qui se promène pas loin des rizières, en haut de la montagne.

Et pendant ce temps-là à Paris, les choses continuent de se préciser pour faire vivre l’association Terres Karens. Vous savez déjà que si vous souhaitez vous y impliquer, vous n’avez qu’à contacter Nicolas Boutin, Nicolas Neiman et Noël Barjon en écrivant un mail à contact@terres-karens.org. Il y aura sans doute beaucoup de choses à faire si nous cherchons des débouchés importants pour nos tissus karens : pourquoi pas une filière de commerce équitable … ? Nous avons du temps et des compétences : il ne manque plus que l’aide des bonnes volontés !

L’expérience karen du mois : trois jours à la rizière

Parce que les femmes sont très occupées à couper le riz, et que j’ai encore des progrès à faire pour améliorer toujours et encore mon babil karen, Layo m’a emmené trois jours et deux nuits au champ de Lohépa, un agriculteur du village. On coupe les gerbes de riz à la faucille puis l’on fait sécher les gerbes que l’on a nouées avec l’ivraie. Les rizières sont à une heure de marche du village ; on y arrive après une ascencion assez raide dans la forêt pour y découvrir une vie parallèle dans des cabanes construites pour la saison. On mange les rats piégés et les fruits de la forêt, et l’on travaille huit heures par jour sous un soleil pas toujours très compatissant. L’ambiance est géniale : on chante, on se bagarre un peu avec les gerbes battues à la fin de la journée, et l’on dort dans les maisons de fortune sous les étoiles qu’aucune lumière ne vient faire pâlir.

Un petit point politique

Vous avez peut-être appris par les médias que 20 000 réfugiés karens birmans ont franchi la frontière il y a un peu moins de deux semaines, poussés par la junte. Ces événements ont eu lieu à 200 kilomètres au Sud de Mae Woe Clo, et il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour moi ! Ici, je ne risque rien, et le village est suffisamment perdu pour avoir ignoré tous ces événements que je n’ai découvert qu’une fois le calme revenu …

Quelques imprévus

Desertion informatique

Mon ordinateur n’a pas résisté aux conditions de vie un peu spartiates. Il est mort dans un ultime sursaut électrique, et je me suis retrouvé au chômage technique. Quand j’exposais mes plaintes à mon voisin, il a rigolé un peu et m’a demandé ce que cela pouvait bien changer à la vie des tisserandes et à la qualité du tissu. J’ai du reconnaître qu’effectivement, pour deux semaines, on pouvait bien mettre à contribution un papier et un crayon. A Bangkok, j’ai acheté un onduleur pour résister à ce courant fantasque de la turbine du village qui a eu raison de mon macbook. J’ai trouvé des ordinateurs très bien et pas très chers. J’en achèterai un la semaine prochaine avec l’argent qui était prévu pour ce poste de dépense. Mon voisin m’a redonné le sourire, et m’a appris à relativiser un peu … !

Unités de mesure

Les premières lais de tissu avaient des largeurs indexées sur … la largeur du bassin des tisserandes ! Qui, comme de bien entendu, à entendre les tisserandes, sont l’unité de mesure la plus précise que l’on trouve ici. Et la pièce des généreuses mères de famille et des sèches grand-mères était supposées être rachetées au même prix (à entendre surtout les grands-mères). Avec Kitirot, nous avons découpé des morceaux de bambou que l’on remet aux tisserandes et qui font tous le même longueur : 45 cm. Et tout est rentré dans l’ordre !

Visa

En Thaïlande, même en possession d’un visa en bonne et due forme pour un an, il faut se présenter à un poste de frontière tous les trois mois. Celui de MaeSot étant fermé, et même parfois un peu risqué (pour ceux qui ont suivi les actualités récentes), je reviens de la frontière cambodgienne où j’ai fait un passage éclair de 20 minutes pour tamponner mon passeport. 24h de bus pour un petit tampon qui certifie aux administrations thaïlandaises que je ne suis pas entré dans le pays pour me faire la malle en catimini …

Une petite anecdote d’immersion …

Samedi dernier, pour souffler un peu après une semaine chargée, Kitirot et moi sommes allés à la pêche. Fier comme Artaban, je sors de mon petit grenier le dernier modèle en titane de Décathlon, persuadé qu’avec un avantage technologique aussi important, je pourrai démontrer la supériorité occidentale sur les méthodes karens en matière de pêche à la ligne. Pendant que je faisais nager une cuillère en inox multicolore equipée d’un hameçon taille 6 renforcée par de la soie sauvage imitant avec la plus grande fidélité les battements de nageoire de tous les poissons du monde, les poissons m’ont boudé et Kitirot, avec un gros hameçon rouillé monté sur un morceau de bois trouvé en chemin, a péché une soixantaine de truites en une matinée. J’ai laissé ma canne à pêche dans la rivière, et je suis allé diner chez lui. Rendez-vous dans six semaines, pour les dernières avancées de Terres Karens sur le terrain !

Alexis Balmont, volontaire MEP

254 Silom Road
Bangkok 10500
Thaïlande

+ 338 48 12 24 31
alexis.balmont@student.ecp.fr
contactez Terres Karens à l’adresse contact@terres-karens.org

Premier bilan après six semaines en Thaïlande !

Après trois semaines passées à Bangkok, je me suis enfin installé dans le village de Maewe, dans la province de Tak, au coeur des montagnes qui forment la frontière avec la Birmanie.

Bref retour sur mes premières semaines à Bangkok : j’ai passé l’essentiel de mon temps à apprendre les bases du thaï et à m’acclimater à ce nouveau pays et à sa culture. J’en ai aussi profité pour prendre contact avec les personnes susceptibles de participer à un projet de coopérative agricole, et je me suis fait connaître des administrations.

Le changement de mode de vie et l’acclimatation à la société thaïlandaise s’est bien passée, bien que j’ai eu la chance (!) d’attraper la grippe A après seulement deux semaines à Bangkok. Si la maladie avait beaucoup fait parler d’elle en France, elle est ici beaucoup plus commune. Après cinq jours de quarantaine et quelques doses de tamiflu, j’étais à nouveau en pleine forme !

Parallèlement, je me suis équipé et formé pour construire les outils qui permettront de faciliter la gestion des projets : apprentissage du langage VBA pour construire des logiciels simples d’utilisation sous excel, construction de bases de données … Des savoir-faire qui, je l’espère, seront utiles le moment venu.

J’ai ensuite passé trois semaines à Maewe, pour un nouveau temps d’immersion. L’objectif, après avoir appris à me débrouiller en thaï, est d’apprendre à parler karen (la plupart des villageois ne parlent que ce dialecte).

Il faut maintenant prendre le temps de confirmer les résultats des études qui fondent le projet ‘Terres Karens’. L’ensemble du projet repose sur ces travaux que nous avions faits à Paris, et sur les quelques semaines que j’avais passées dans le village l’an dernier.

Cette expérience et ces travaux sont encore insuffisants pour mettre en place un projet qui  corresponde vraiment aux besoins et aux attentes des karens du village.

C’est une première phase assez longue et compliquée, notamment parce que la communication reste encore difficile, L’apprentissage du thaï et du karen n’est pas évident : Les langues utilisent en particulier des tons que les phonèmes occidentaux ne connaissent pas, ce qui ne facilite pas les choses : par exemple, en thaï, les mots ‘proche’ et ‘loin’ s’écrivent en alphabet latin de la même manière, mais se distinguent par une légère différence d’intonation…

Pendant ces trois semaines, je donnais le matin des cours d’anglais, et l’après-midi je prenais des cours de karen. Mon professeur s’appelle Kitirot, un karen qui m’accompagnera cette année dans nos projets. Le soir, j’allais dans les maisons pour faire connaissance avec les familles. Je suis aussi allé faire quelques enquêtes sur le terrain dans les rizières de montagne, invité par les uns et par les autres.

Ici, je suis le seul occidental, et tout le monde est très accueillant. Dans ma maison, il n’y a pas encore l’électricité, mais je suis installé confortablement. Le village est à un peu plus d’une heure de piste de la première route goudronnée, et souvent il faut faire les derniers kilomètres à pied parce que le 4.4 patine dans la boue, saison des pluies oblige. La beauté des paysages et la gentillesse des gens compensent très largement les conditions de vie difficiles.

Ces six semaines ont donc essentiellement été un temps d’écoute et d’apprentissage. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de pouvoir être opérationnel pour réunir une équipe de création d’une coopérative agricole. C’est l’objectif que je me fixe pour ces six prochaines semaines.

Ici, il n’y a pas internet et le téléphone ne capte pas, aussi je ne pourrai répondre à vos messages que toutes les deux semaines, quand je redescends à MaeSot pour prendre un bol d’air et parler un peu français avec les autres volontaires. Vous aurez sinon des nouvelles de la vie à Maewe et de nos projets toutes les six semaines.

Voilà pour quelques nouvelles du terrain !

À Paris, l’association s’organise désormais autour de Nicolas Boutin, Nicolas Neiman et Noël Barjon, des centraliens de deuxième année. Elle continue de réunir toutes les bonnes volontés qui souhaitent donner un peu de leur temps en mettant leurs compétences au service des karens. Ce seront eux qui organiseront la vie de l’association, donneront vie à vos projets ou relayeront à Paris le travail du terrain. Pour les contacter, écrivez leur à l’adresse contact@terres-karens.org.

À très bientôt, pour plus de nouvelles de notre projet ‘Terres Karens’ !

Alexis Balmont, volontaire pour les Missions Étrangères de Paris 

Premières nouvelles du projet Terres Karens !

Je suis bien arrivé à Bangkok ce matin. Je loge à la maison des Missions Étrangères de Paris sur l’avenue Silom, et je commence demain matin à apprendre les bases de la langue thaï à l’école linguistique de la ville. J’y côtoierai d’autres volontaires, mais aussi du personnel diplomatique ou des expatriés.

C’est la fin de la phase de préparation de ce projet, place maintenant à la mise en pratique ! Cette première phase aura été marquée par la création de l’association Terres Karens, la construction de son site internet, la publication des travaux de l’association et de son projet, la recherche de fonds pour le réaliser, et l’exposition photo pour le faire connaître et promouvoir l’association. C’est déjà un long chemin parcouru depuis le mois de janvier, et il convient ici de remercier tous ceux qui ont permis que ce travail ait pu se faire dans une ambiance efficace et chaleureuse, ceux qui ont accordé leur confiance à notre jeune organisation pour soutenir son projet et permettre qu’il se réalise, ceux qui ont accordé un peu de leur temps pour nous donner leurs conseils, ou qui ont mis à notre disposition leurs compétences ou leurs locaux… Il faut espérer aujourd’hui que leur confiance ne sera pas déçue !

Je rejoindrai dans deux semaines le village de Maewe, le village-pilote de notre projet, où je logerai au sein du pensionnat de l’école primaire, notamment pour continuer plus facilement mon apprentissage des langues en vivant avec des karens.

Pendant ces quinze jours d’étude à Bangkok qui me séparent de mon installation là-bas, j’en profiterai pour faire connaissance avec les responsables de la filière ‘Esprit Karen’ : un projet de valorisation et de commercialisation des produits issus du tissage traditionnel des femmes de la montagne porté par des femmes expatriées de Bangkok. Une coopérative de femmes tisserandes, dont les principes de fonctionnement se calquent sur ceux des coopératives agricoles, apportera des solutions concrètes à certains des problèmes rencontrés par la marque. Elle permettra notamment de fédérer les femmes en un unique interlocuteur structurel à même de gérer des stocks ; et des réductions de coût liés aux économies d’échelle et à l’organisation de l’approvisionnement en matières premières sont à prévoir.

Pour le projet ‘Terres Karens’, c’est aussi un moyen très concret de préparer les familles à réfléchir aux bénéfices liés à une organisation sous forme coopérative, en mettant pratiquement une telle organisation en place dans un secteur très spécifique. Il faut en outre espérer que l’organisation globale permette de proposer aux femmes de la montagne un prix de rachat de leur artisanat plus élevé que celui du marché. Cette hausse des prix pourrait provoquer un dynamisme local vertueux.

Je profiterai également de ces quinze jours pour identifier les administrations thaïlandaises qui seront à solliciter dans le cadre du projet, et prendre contact avec la mission économique française et les principaux acteurs qui pourront s’y investir.

Pendant ces quinze jours, je serai joignable par internet sur l’adresse électronique suivante : alexis.balmont@terres-karens.org. Par la suite, c’est à Bangkok que je serai cette année joignable par courrier, à l’adresse suivante :

Alexis BALMONT,
chez les Missions Étrangères de Paris
254 Silom Road
Bangkok, THAILAND

Les volontaires de passage ou les permanents me feront suivre ce courrier, et je vous promets de répondre à toutes les lettres. Je n’aurai en revanche accès à internet que trois ou quatre fois par mois. Je vous communiquerai d’autre part le numéro de téléphone mobile que je me serai procuré ici, mais les problèmes de réseaux seront les mêmes. Vous serez cependant tenu au courant des avancements du projet régulièrement.

En France, l’association Terres Karens continue de vivre et de relayer le travail effectué ici sur le terrain, et toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !

À très bientôt pour plus de nouvelles de notre projet ‘Terres Karens’

Alexis Balmont, volontaire MEP

www.terres-karens.org