Retour d’un volontaire à Mae Woei Clo deux ans après …

—- par Florian, ancien volontaire MEP —-

J’ai été volontaire MEP avec l’association Terres Karens dans le village de Mae Woei il y a deux ans. Expérience évidemment marquante s’il en est ! Le hasard des études et du début de la vie professionnelle m’ont donné l’opportunité d’effectuer un long voyage en Asie du sud-est récemment, l’occasion rêvée pour moi de refaire un petit passage dans mon village préféré.

Deux ans plus tard, ce retour se résume pour moi en deux mots : désemparement et espoir.

Désemparement, car plusieurs aspects de la vie et de la situation des Karens dans cette région sont toujours préoccupants et parfois révoltants. L’accès aux soins est toujours difficile pour les villages les plus reculés. Lors de mon passage chez les Filles de La Croix à Mae Tan – qui effectuent un travail extraordinaire auprès des villages de montagne alentour, je croise un homme atteint de la lèpre suivi depuis peu par Sœur Diane. Maladie d’un autre siècle pour nous français… Et pourtant, visiblement cela faisait trois ans qu’il était atteint et que l’hôpital de Mae Tan était incapable de le diagnostiquer et donc de le soigner en conséquence. La maladie a bien sûr eu le temps de progresser, jusqu’à atteindre un stade dramatique récemment, ce qui a nécessité toute l’efficacité des Sœurs et de leurs connaissances sur place pour réagir et tenter d’engendrer rapidement la progression de la maladie. La route est donc encore longue pour garantir des soins dignes de ce nom dans la région.

Désemparement encore, car l’accès à l’éducation et la possibilité d’étudier sont toujours un combat de tous les jours à cause de la difficulté à fournir aux enfants des montagnes les moyens d’étudier. Par exemple, il y aurait besoin de construire un centre d’hébergement à Mae Tan pour accueillir les jeunes villageois et ainsi leur permettre d’étudier dans les collèges et lycées de la ville. Sans cette capacité d’hébergement, les jeunes sont bien souvent obligés de stopper leurs études après la dernière année représentant le minimum légal (équivalent de la 3e chez nous). Un tel centre a bien évidemment un coût et pour le moment les ressources manquent.

Désemparement toujours, car malgré la bonne volonté, de l’intelligence dans la direction des projets, une connaissance des besoins locaux et une vraie efficacité, il n’est pas toujours facile de mener à bien ou de maintenir certains développements. Concrètement, l’Etat Thaï met parfois quelques bâtons dans les roues ou tente de récupérer à son profit des initiatives pour faire un peu de démagogie et montrer les effets de ses politiques de développement. Ce n’est pas plus le grave, mais il y a déjà tant à faire pour ne pas en plus perdre du temps en soucis administratifs.

Dans le même temps, ce retour m’a aussi rempli d’espoir car en seulement deux ans beaucoup de belles choses se sont produites et de nets changements sont à relever, notamment à Mae Woei. Tout d’abord, la coopérative Terres Karens s’est nettement développée. Il y a désormais des couturières supplémentaires et leur niveau technique et leur efficacité se sont nettement améliorés. Cela permet de réaliser plus de produits sur place au lieu de les faire produire dans d’autres ateliers, et le « débit » de production est plus élevé ce qui fait que les volontaires se retrouvent même parfois en pénurie de lés pour confectionner les produits ! Cela est d’une certaine façon problématique, mais c’était pour moi une grande surprise, plutôt positive, car à l’époque de ma mission, le rythme de tissage dépassait largement la demande de produits et la capacité de production de l’atelier, et nous étions débordés par les rachats de lés qui s’accumulaient. Cela n’était pas pérenne et nous avions parfois l’impression d’acheter les lés par charité, sans réel sens économique. De cette façon, je pense que le projet s’est pérennisé et équilibré. Ensuite, des panneaux solaires ont été posés sur les bâtiments de la coopérative, ce qui facilite la vie des volontaires pour la gestion qui se fait essentiellement sur ordinateur.

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De plus, grâce à un formidable effort de démarchage, un projet de petite centrale hydroélectrique alimentée par une rivière alentour est à l’étude avec une entreprise française et une ONG américaine. Le projet est en bonne voie et il permettra à terme d’alimenter le village pour améliorer les conditions de vie mais aussi, sans doute, des machines à coudre électriques pour la coopérative, ce qui fera encore progresser la qualité et la quantité de confection (et oui, pour rappel tout est encore fait à la force du mollet à Mae Woei, avec un petit plateau sur lequel on « pédale » pour faire tourner les vieilles Singer d’une autre époque !).

Enfin, pour le village en général, notamment grâce à la présence d’Enfants du Mékong, l’école fonctionne toujours bien : les enfants y suivent le début de leur scolarité avec des professeurs de Mae Woei avant d’aller la poursuivre en ville. Le pensionnat de l’école permet également l’accès à cette chance aux enfants de villages autour de Mae Woei.

J’ai également été personnellement touché, car Semouklemo, une couturière que j’adorais particulièrement pour sa gentillesse et sa joie de vivre, a enfin pu faire construire une maison décente grâce à son salaire Terres Karens. Vivant seule avec sa fille depuis le départ de son mari, elles partageaient un taudis en bambou à peine vivable. Elles ont désormais une petite maison qui, même si elle reste modeste même au regard des standards karens, offre un peu plus de confort et surtout de sécurité et de salubrité. Une belle illustration d’impact positif concret du projet qui encourage à continuer de le soutenir !

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Comme toujours, il y a beaucoup de joie à voir les rires et les sourires des villageois, toujours aussi chaleureux et accueillants, qui vous offrent souvent le peu qu’ils ont et vous font partager des moments qui semblent faire tomber toutes les barrières de langue, de culture et de tradition. Les Karens sont définitivement des personnes qui méritent notre attention, notre soutien et notre amour.

Continuez donc à soutenir Terres Karens et Enfants du Mékong ! L’impact sur place est réel car les projets sont ancrés dans la vie locale, voués à donner les clés de leur propre réussite aux villageois, respectueux du mode de vie et des traditions karens et porteurs d’avenir pour les enfants. Mais les besoins sont toujours bien présents, donc pas le temps de se reposer sur ses lauriers. Finalement, le désemparement doit laisser la place au goût du défi pour nous pousser à agir toujours et à aider autour de nous ceux qui en ont besoin !

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2 réflexions au sujet de « Retour d’un volontaire à Mae Woei Clo deux ans après … »

  1. Ce compte rendu m’a beaucoup touchée : merci à Florian. Je suis très fière de mon filleul et de son parcours depuis son baptême. Simone H

  2. Ping : Terres Karens se met au sport ! #SwimBikeRun4Karens | Terres Karens – Le blog !

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