Le code vestimentaire karen

 

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Traditionnellement, chaque Karen porte une tenue propre à son état au sein de la société. Les jeunes femmes non mariées portent une tenue blanche, symbole de pureté ; puis, quand elles sont mariées, elles portent une sorte de longyi (pagne, un tube de tissus) et une chemise dont la couleur dépend de leurs traits de caractère principaux. Les hommes portent le même pagne, et leur chemise illustre de la même manière les personnes qu’ils sont pour leur famille. Le rouge est par exemple symbole de courage, le bleu de pureté.

Ces considérations sont valables pour l’ensemble des villages des Karens de Thaïlande. Il existe en outre un code permettant d’exprimer les traits de caractères particuliers ou l’appartenance à certaines communautés. Il s’exprime par le biais de motifs spécifiques, dont la réalisation est connue techniquement des familles qui les composent. Les coiffes des femmes sont portées d’une manière qui révèle leur identité communautaire : chaque village a sa manière de porter la coiffe.

IMG_0322Outre les vêtements, les tisseuses réalisent des sacs traditionnels que la plupart des villageois portent en bandoulière. Les couleurs et les motifs du sac sont aussi caractéristiques de son propriétaire.

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Le tissage traditionnel, un savoir-faire unique au monde

 

L’habillement traditionnel est entièrement le fruit du travail des tisserandes (ou tisseuses). Savoir-faire unique au monde, fondé sur une technique complexe et minutieuse, le secret des combinaisons de motifs se transmet de génération en génération. Leur arrangement et leur disposition expriment un langage tacite que chacun porte sur soi et lit inscrit sur les vêtements des autres.

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Le code vestimentaire karen dépend des situations individuelles. Il permet aux uns et aux autres d’exprimer ce qui pudiquement ne se dit pas : la situation affective, la provenance, les traits de caractères… Les techniques mises en œuvre pour réaliser les motifs caractéristiques font intervenir un ensemble de tiges et de fils agencés différemment.

Aujourd’hui, l’industrie textile thaïe permet aux foyers de trouver des tenues à meilleur marché que leurs tenues d’autrefois. L’habillement traditionnel est malgré tout porté pendant les fêtes ou toute occasion de vie communautaire, et les plus âgés continuent de le porter au quotidien. La proportion des tenues “modernes” est très variable suivant le degré de contact des villages avec la société thaïe. L’habit reste la marque d’un attachement culturel et identitaire important pour la grande majorité des Karens.

OLYMPUS DIGITAL CAMERATerres Karens – Tous droits réservés. Ne pas citer ou utiliser sans la permission écrite de l’association.

Retour d’un volontaire à Mae Woei Clo deux ans après …

—- par Florian, ancien volontaire MEP —-

J’ai été volontaire MEP avec l’association Terres Karens dans le village de Mae Woei il y a deux ans. Expérience évidemment marquante s’il en est ! Le hasard des études et du début de la vie professionnelle m’ont donné l’opportunité d’effectuer un long voyage en Asie du sud-est récemment, l’occasion rêvée pour moi de refaire un petit passage dans mon village préféré.

Deux ans plus tard, ce retour se résume pour moi en deux mots : désemparement et espoir.

Désemparement, car plusieurs aspects de la vie et de la situation des Karens dans cette région sont toujours préoccupants et parfois révoltants. L’accès aux soins est toujours difficile pour les villages les plus reculés. Lors de mon passage chez les Filles de La Croix à Mae Tan – qui effectuent un travail extraordinaire auprès des villages de montagne alentour, je croise un homme atteint de la lèpre suivi depuis peu par Sœur Diane. Maladie d’un autre siècle pour nous français… Et pourtant, visiblement cela faisait trois ans qu’il était atteint et que l’hôpital de Mae Tan était incapable de le diagnostiquer et donc de le soigner en conséquence. La maladie a bien sûr eu le temps de progresser, jusqu’à atteindre un stade dramatique récemment, ce qui a nécessité toute l’efficacité des Sœurs et de leurs connaissances sur place pour réagir et tenter d’engendrer rapidement la progression de la maladie. La route est donc encore longue pour garantir des soins dignes de ce nom dans la région.

Désemparement encore, car l’accès à l’éducation et la possibilité d’étudier sont toujours un combat de tous les jours à cause de la difficulté à fournir aux enfants des montagnes les moyens d’étudier. Par exemple, il y aurait besoin de construire un centre d’hébergement à Mae Tan pour accueillir les jeunes villageois et ainsi leur permettre d’étudier dans les collèges et lycées de la ville. Sans cette capacité d’hébergement, les jeunes sont bien souvent obligés de stopper leurs études après la dernière année représentant le minimum légal (équivalent de la 3e chez nous). Un tel centre a bien évidemment un coût et pour le moment les ressources manquent.

Désemparement toujours, car malgré la bonne volonté, de l’intelligence dans la direction des projets, une connaissance des besoins locaux et une vraie efficacité, il n’est pas toujours facile de mener à bien ou de maintenir certains développements. Concrètement, l’Etat Thaï met parfois quelques bâtons dans les roues ou tente de récupérer à son profit des initiatives pour faire un peu de démagogie et montrer les effets de ses politiques de développement. Ce n’est pas plus le grave, mais il y a déjà tant à faire pour ne pas en plus perdre du temps en soucis administratifs.

Dans le même temps, ce retour m’a aussi rempli d’espoir car en seulement deux ans beaucoup de belles choses se sont produites et de nets changements sont à relever, notamment à Mae Woei. Tout d’abord, la coopérative Terres Karens s’est nettement développée. Il y a désormais des couturières supplémentaires et leur niveau technique et leur efficacité se sont nettement améliorés. Cela permet de réaliser plus de produits sur place au lieu de les faire produire dans d’autres ateliers, et le « débit » de production est plus élevé ce qui fait que les volontaires se retrouvent même parfois en pénurie de lés pour confectionner les produits ! Cela est d’une certaine façon problématique, mais c’était pour moi une grande surprise, plutôt positive, car à l’époque de ma mission, le rythme de tissage dépassait largement la demande de produits et la capacité de production de l’atelier, et nous étions débordés par les rachats de lés qui s’accumulaient. Cela n’était pas pérenne et nous avions parfois l’impression d’acheter les lés par charité, sans réel sens économique. De cette façon, je pense que le projet s’est pérennisé et équilibré. Ensuite, des panneaux solaires ont été posés sur les bâtiments de la coopérative, ce qui facilite la vie des volontaires pour la gestion qui se fait essentiellement sur ordinateur.

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De plus, grâce à un formidable effort de démarchage, un projet de petite centrale hydroélectrique alimentée par une rivière alentour est à l’étude avec une entreprise française et une ONG américaine. Le projet est en bonne voie et il permettra à terme d’alimenter le village pour améliorer les conditions de vie mais aussi, sans doute, des machines à coudre électriques pour la coopérative, ce qui fera encore progresser la qualité et la quantité de confection (et oui, pour rappel tout est encore fait à la force du mollet à Mae Woei, avec un petit plateau sur lequel on « pédale » pour faire tourner les vieilles Singer d’une autre époque !).

Enfin, pour le village en général, notamment grâce à la présence d’Enfants du Mékong, l’école fonctionne toujours bien : les enfants y suivent le début de leur scolarité avec des professeurs de Mae Woei avant d’aller la poursuivre en ville. Le pensionnat de l’école permet également l’accès à cette chance aux enfants de villages autour de Mae Woei.

J’ai également été personnellement touché, car Semouklemo, une couturière que j’adorais particulièrement pour sa gentillesse et sa joie de vivre, a enfin pu faire construire une maison décente grâce à son salaire Terres Karens. Vivant seule avec sa fille depuis le départ de son mari, elles partageaient un taudis en bambou à peine vivable. Elles ont désormais une petite maison qui, même si elle reste modeste même au regard des standards karens, offre un peu plus de confort et surtout de sécurité et de salubrité. Une belle illustration d’impact positif concret du projet qui encourage à continuer de le soutenir !

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Comme toujours, il y a beaucoup de joie à voir les rires et les sourires des villageois, toujours aussi chaleureux et accueillants, qui vous offrent souvent le peu qu’ils ont et vous font partager des moments qui semblent faire tomber toutes les barrières de langue, de culture et de tradition. Les Karens sont définitivement des personnes qui méritent notre attention, notre soutien et notre amour.

Continuez donc à soutenir Terres Karens et Enfants du Mékong ! L’impact sur place est réel car les projets sont ancrés dans la vie locale, voués à donner les clés de leur propre réussite aux villageois, respectueux du mode de vie et des traditions karens et porteurs d’avenir pour les enfants. Mais les besoins sont toujours bien présents, donc pas le temps de se reposer sur ses lauriers. Finalement, le désemparement doit laisser la place au goût du défi pour nous pousser à agir toujours et à aider autour de nous ceux qui en ont besoin !

Un mode de vie conditionné par la vie agricole 2/2

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La culture du riz en terrasses

Cette technique est apparue lors de la sédentarisation des communautés karens. Elle est celle généralement développée en Asie, en particulier par les producteurs thaïs. À l’inverse de leurs voisins, les agriculteurs karens ne l’utilisent que pour faire une seule récolte par an, alors que l’utilisation des eaux courantes permettrait d’en faire deux ou trois.

Les terrasses sont permanentes, et ce sont les dépôts vaseux du limon des rivières qui permettent de fertiliser les sols. Les principales étapes de cette technique sont les suivantes :

  1. Nettoyage des parcelles et réparation des canaux d’alimentation, généralement au début de la saison des pluies (mi-mai).
  2. Labourage de la terre.
  3. Plantation première. Le riz est planté sous forme de bouquets dans des parcelles dédiées.
  4. Repiquage : les bouquets sont déplantés et les racines des plants sont nettoyées ; puis le riz est replanté dans la rizière inondée par poignées de trois ou quatre plants.
  5. Protection des plants et entretien des infrastructures, pendant la montaison.
  6. Récolte du riz mûr : les plants sont réunis en bouquets puis foulés.

Les rendements obtenus par cette technique sont plus importants que ceux pratiqués par la technique précédente. L’utilisation des rizières permet en outre de dédier des champs aux cultures de manière permanente, épargant aux producteurs le travail laborieux et systématique de défrichement des parcelles.

Cependant, dans les montagnes, les surfaces de rizières ne sont pas suffisamment importantes pour assurer une production suffisante à l’ensemble des foyers, aussi la technique précédente survit-elle malgré sa moindre pertinence.

La culture du maïs

La culture s’est développée sous l’impulsion d’industriels des grandes villes des provinces frontalières. Ces derniers fournissent aux producteurs (le plus souvent des régions limitrophes de la vallée) les semences, les engrais et le savoir-faire élémentaire pour développer la culture du maïs à de grandes échelles. L’ensemble de la production leur est revendue au poids.

Parfois, la culture est panachée avec la production de riz. Elle est surtout développée dans les régions les plus proches de la vallée, pour des raisons évidentes de proximité avec les intermédiaires.

Si le développement de la culture du maïs est facilité par les hauts rendements qu’elle induit, le soutien des professionnels urbains, et l’assurance d’un revenu au terme du cycle de production (si tant est qu’aucun aléa ne vienne porter atteinte à l’intégrité des cultures), les industriels intermédiaires rendent la production précaire.

Si les récoltes sont mauvaises, le producteur karen devra faire face à un endettement important ; il devient prisonnier de l’initiateur de la technique. Les prix pratiqués par les industriels sont rarement à la mesure des prix qu’ils en obtiendront sur les marchés, mais les agriculteurs qui participent à ce système sont captifs de l’apport initial en semences et en engrais.

D’un point de vue écologique, l’utilisation massive d’engrais chimiques sans formation sur leur nature et sans prévention de leurs effets est préjudiciable aux écosystèmes des villages autant qu’à la santé des producteurs.

La culture du piment

La culture du piment est très répandue. Elle ne fait intervenir aucune technique particulière. Le piment cultivé est une plante de l’espèce des piments rouges dont les producteurs karens conservent les graines d’une année sur l’autre. L’épice donne du goût au riz et constitue l’un des ingrédients principaux de la soupe aux poissons et aux piments, l’une des spécialités culinaires du peuple karen. Tous les plats comportent leur proportion de piment.

La densité en goût du piment séché permet de n’utiliser qu’une petite partie des quantités produites pour l’autoconsommation alimentaire. Le reste est revendu sur les marchés les plus proches, ou à des intermédiaires qui se chargent de le commercialiser en ville. C’est souvent la seule source de revenus fiduciaires d’un foyer.

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Les cultures rudimentaires et la cueillette

Quelques foyers cultivent un petit nombre de légumes ou de fruits pour diversifier son alimentation, mais le phénomène reste peu répandu. Les légumes sont achetés sur les marchés, ou échangés contre des piments ou d’autres produits issus de la cueillette. Lorsque les foyers développent de telles cultures, ils le font sans apporter de soin agricole particulier aux produits qu’ils cultivent, aussi les rendements sont-ils le plus souvent très mauvais.

La jungle constitue une source de denrées alimentaires non négligeable. Elles sont recueillies par les producteurs pour compléter les modes de production précédents. Ce sont principalement des fruits (bananes, pamplemousses…).

La déforestation massive en certaines régions de Thaïlande et la sédentarisation des communautés karens a cependant réduit les ressources de la forêt.

Aussi ces pratiques ne constituent-elles plus aujourd’hui qu’un supplément de plus en plus contingent, qui ne permet que de varier les bolées de riz à l’aune de ce qui est trouvé au jour le jour : crustacés, oeufs de fourmi, miel sauvage, insectes, rats, oiseaux, serpents…

Élevage, pisciculture

Tous les foyers possèdent des animaux, qu’ils consomment généralement à l’occasion de fêtes religieuses ou d’autres événements de la vie publique. Les cochons noirs et les poulets sont les plus répandus. Récemment, un intérêt croissant est marqué pour les vaches et les chèvres, qui fournissent à effort égal une quantité de nourriture plus importante. Parfois parqués sous les maisons (notamment pendant la saison des pluies, pour réchauffer les salles), les animaux se promènent le plus souvent en liberté dans l’ensemble du village et de ses alentours.

Encore une fois, aucune technique particulière n’est mise en œuvre pour améliorer les rendements de l’élevage, par manque de connaissance le plus souvent. Les œufs des poules ne sont pas recueillis, de même que les excréments ne sont pas valorisés sous forme d’engrais.

Certains foyers qui pèchent construisent des bassins pour faciliter l’élevage des poissons. Ils sont le plus souvent la source des canaux des rizières.

Les grandes étapes de l’année agricole

La vie agricole étant essentiellement concentrée autour de la culture du riz, ce sont les phases de sa culture qui dictent la répartition des périodes d’activité. Les autres productions sont organisées en cohérence avec ces périodes.

Une année est organisée suivant les périodes suivantes :

  1. Décembre – Avril : saison chaude. On prépare les cultures et les champs pour recevoir les semences et accueillir la mousson, et l’on se repose après la fatigue des récoltes (pendant le mois de janvier). Pour ceux qui exploitent des rizières irriguées, l’essentiel du travail consiste à réparer les canaux d’alimentation hydraulique. Pour les autres, la période est éprouvante, et correspond au moment où l’on dégage de nouvelles parcelles en défrichant des pans de jungle. Pendant la période de repos, les femmes se consacrent au tissage.
  1. Avril – Mai : fin de la saison chaude, au cours de laquelle quelques violents orages en fin de période annoncent la saison des pluies. C’est la période pendant laquelle tout est préparé pour recevoir la pluie, élément essentiel du développement des plants de riz. On fait les semences et l’on achève d’isoler les parcelles de terre ou les rizières.
  1. Juin – Septembre : saison des pluies. Le riz des rizières est généralement repiqué fin juillet ; il faut pour les terrains d’abbatis-brûlis surveiller que la montaison se passe le mieux possible et que les champs sont bien à l’abri des animaux. On répand des engrais pour améliorer les rendements.
  1. Septembre – Octobre : fin de la saison des pluies – saison douce. C’est la période des récoltes. Tous les membres de la communauté villageoise participent aux récoltes.
  1. Octobre – Décembre : saison douce. Fin des récoltes et foulaison du riz.

Récoltes du piment, et revente des surplus sur les marchés.

Les outils de la production agricole

La mécanisation est encore très peu répandue. À la période des labours (pour les rizières irriguées, en juin), d’aucuns louent des machines à main.

Cependant, le prix horaire de l’essence décourage encore beaucoup de producteurs de renoncer à l’utilisation des buffles1. Les autres outils restent rudimentaires (pioches, bèches etc.), et leur usage n’est pas très répandu dans la mesure où l’essentiel de la culture des rizières se fait à la main (plantation, repiquage…) ou à l’aide de moyens simples (batons).

  1. Alors que des études de la FAO soulignent que l’utilisation d’engins motorisés multiplie la productivité des agriculteurs par 1000…

 

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Un mode de vie conditionné par la vie agricole 1/2

Le mode de vie et les coutumes des Karens de Thaïlande sont essentiellement le fait de leurs origines nomades et de leur socle de croyances. La vie agricole et le tissage traditionnel constituent le coeur de l’activité des villageois, encore largement à l’écart des développements économiques de la Thaïlande.

Volontiers indifférents de l’évolution économique ou sociétale du monde extérieur, leurs coutumes, qui permettent de préserver l’harmonie de la vie communautaire et les rapports à la nature, se sont préservées au cours des siècles jusqu’à aujourd’hui. La vie agricole rythme les habitudes de vie d’un village. Elle suit pour ceux de la montagne les étapes de la production du riz ou du maïs, en cohérence avec le cycle des saisons : une saison des pluies de mai à octobre, une saison sèche d’octobre à janvier, et une saison chaude de janvier à mai. Les femmes pratiquent le tissage quand les travaux des champs sont achevés, que la saison ne les réclame pas à la culture, ou pendant les soirées.

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Une alimentation dépendante de la production agricole

L’alimentation des foyers karens est peu variée, essentiellement à base de riz, de piments et de fruits de la jungle. Pendant les fêtes, on tue un cochon ou un poulet, issus des cheptels que l’on laisse libres d’aller et de venir à proximité d’un village. Le quotidien est agrémenté par les fruits de la chasse ou de la cueillette, mais la déforestation et les habitudes de vie sédentaire ont considérablement amoindri ces ressources traditionnelles.

L’eau consommée est généralement celle des rivières, parfois filtrée grâce aux investissements de l”’oboto”. Le flux hydraulique tend cependant à se réduire au fil du temps, conséquence de la coupe massive des arbres en certains endroits de la région. La tendance s’inverse cependant depuis quelques années, la coupe ayant été strictement réglementée par le gouvernement.

Description de la production agricole

Les Karens cultivent le plus souvent du riz. Ils développent traditionnellement la technique dite de l’abattis-brûlis, mais, interdite par le gouvernement et productrice de maigres rendements, elle est peu à peu remplacée par l’irrigation de parcelles en terrasses. Certains participent aux activités de grands producteurs urbains en développant une production de maïs, essentiellement destinée à la vente par le biais des intermédiaires qui ont introduit la semence.

Parallèlement, la très grande majorité des foyers possède quelques animaux, et produit pour sa propre consommation quelques fruits et légumes rudimentaires, mais sans mettre en pratique de technique particulière.

La culture du riz traditionnelle : l’abattis-brûlis

Cette technique est l’héritage des ancêtres nomades. Elle est fondée sur la fertilisation de la terre par le dépôt naturel des cendres de brûlis que vient féconder la pluie. L’humus forestier est détruit par le feu, ce qui oblige les producteurs à pratiquer un assolement hexaénal forcé par l’épuisement de la terre.

Le gouvernement thaïlandais, désireux de protéger les écosystèmes des forêts, n’autorise pas cette technique. Elle détruit en effet les sols, qui mettent une dizaine d’années à retrouver leur potentiel fertilisant initial. L’assolement forcé induit en outre que les surfaces cultivables soient très étendues autour d’un village.

Certains historiens expliquent que le peuple karen ait été nomade par le fait que leur technique de culture traditionnelle, en épuisant les sols, les obligeait à renouveler périodiquement leurs surfaces exploitables.

En pratique, bien que ce genre de culture soit théoriquement interdite par le “nayo”, elle est le plus souvent tolérée dans la mesure où les villageois en dépendent pour leur alimentation de survie.

Voici les principales étapes de mise en œuvre de cette technique :

1. Défrichement d’un pan de forêt : la broussaille est découpée en premier, puis les arbustes, puis les plus gros arbres.

2. Isolation du champ du reste de la jungle, par l’établissement d’un pourtour et d’une barrière.

3. Abandon de la parcelle pendant une grande partie de la saison chaude, le plus souvent pendant les mois de février et de mars. La terre sèche.

4. Brûlis, pendant la fin du mois de mars : le feu est mis à la parcelle, et la cendre permet de fertiliser la terre.

5. Plantation : les femmes creusent des trous dans la terre à l’aide de bâtons pointus, et l’on dépose une graine dans chaque trou.

6. Protection de la culture pendant la montaison, le plus souvent en faisant la chasse aux oiseaux à l’aide de frondes.

7. Récolte du riz mûr : les plants sont réunis en bouquets puis foulés.

Les rendements de cette production ne sont pas très importants. La cendre produite par le brûlis se disperse en grande partie, et ne suffit pas à fertiliser suffisamment la terre pour obtenir des récoltes denses. Ils sont en outre d’autant plus faibles, pris dans une vue globale, qu’ils épuisent la terre et nécessitent un très fort investissement pour défricher chaque année les parcelles que la jungle a reprises pendant les six ou sept années de jachère.

 

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