Organisation sociale et politique 3/3

 

Structuration des communautés

Relations des communautés karens entre elles

Les différents villages entretiennent entre eux des relations d’autant plus cordiales que c’est à l’occasion des fêtes ou des cérémonies religieuses que les plus jeunes se rencontrent, et peuvent trouver des homologues qu’ils sont susceptibles d’épouser. Les mariages intra-villages étant minoritaires, il s’établit des relations nombreuses entre les villages d’une même région. On s’invite à l’occasion de fêtes ou de chasses, et les relations sont généralement bonnes.

Quand elles sont mauvaises, on ne s’invite plus et les apparences sont préservées.

Les différents villages se connaissent bien. À l’origine, toutes les caractéristiques de caractère et la provenance des karens sont inscrites sur les motifs des habits traditionnels. Ces motifs ou la manière dont les femmes portent la coiffe traditionnelle sont propres à chaque communauté villageoise, aussi chacun sait d’où vient son interlocuteur et à quel groupe il appartient.

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Relations entre les karens et les thaïs

Les relations entre les karens et les thaïs sont encore l’héritage de la politique nationaliste de Rama V au début du XXème siècle. Les karens sont encore considérés par la plupart des thaïs ou des chinois comme un peuple inférieur, et ce sentiment conditionne les relations qu’ils peuvent entretenir lors de leurs confrontations économiques ou administratives. Un thaï ou un chinois aura toujours le dernier mot.

Aujourd’hui, une distinction importante commence à se creuser entre les karens partis à la ville et ceux qui sont restés dans les villages de la montagne ou y sont revenus. Ces derniers sont plus attachés aux valeurs traditionnelles et éprouvent l’importance de les préserver d’une assimilation préjudiciable pour leur culture et leurs références identitaires.

Cependant, contrairement à leurs cousins birmans, les karens thaïlandais ne revendiquent pas de pouvoir politique, aussi aucune structure ne vient représenter administrativement l’ethnie que des organisations non gouvernementales, présentes le plus souvent dans les camps. Les relations sont rarement explicitement conflictuelles.

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Organisation sociale et politique 2/3


La vie politique dans les villages karens

Autrefois, le village était sous l’autorité absolue du conseil des anciens et d’un chef de village. Le collège des plus âgés de chaque famille se réunit, discute et prend ses décisions ensemble. En cas de désaccord, c’est l’avis de la majorité qui l’emporte, ou de celui qui a été choisi pour être le chef des anciens. Le conseil des anciens n’a pas le pouvoir exécutif, il revient au chef du village, élu par tous. Au sein du conseil des anciens siège en outre le chef religieux, qui a un rôle de conseiller.

organisation village karen

Aujourd’hui, il faut ajouter à ce gouvernement traditionnel un système de représentation politique du gouvernement thaï hérité de la politique de concentration du pouvoir des années 60. Il permet théoriquement aux karens d’être les électeurs de la vie politique de leur village : ils doivent élire un maire, ou “oboto”, et son conseil municipal. Les karens en âge de voter étant peu nombreux dans leurs villages, le maire est le plus souvent responsable de l’administration de plusieurs villages.

Les “obotos” se réunissent entre eux pour prendre les décisions concernant la vie des villages et allouer les budgets émanant du gouvernement central.

En particulier, ils sont responsables de la construction des infrastructures comme la construction de routes, l’installation de lignes électriques…

Le dernier fonctionnaire qui participe à la vie politique du village est le “nayo”. Il est nommé par le gouvernement pour le représenter : il est donc l’incarnation de l’autorité royale, et se charge du respect des lois et de la sécurité.

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Organisation sociale et politique (1/3)

L’organisation sociale et politique du peuple karen est très largement le fait de son histoire nomade. La famille fonde le sentiment communautaire.

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La famille de Lipomo (à droite), responsable de la Coopérative de Terres Karens à Mae Woei Clo .© Amaury Perrachon

 

Le plus souvent sous l’autorité de femmes, elles s’assemblent pour former un village. Les anciens, réunis en conseil, décident pour la vie du village, encadrés aujourd’hui par les fonctionnaires administratifs thaïs.

Le modèle familial, fondement du sentiment communautaire

Le fondement du sentiment identitaire karen tient à son appartenance à une famille. Cette dernière est sous l’autorité de l’ancien, dont il n’est pas question de remettre en cause l’autorité. Même si l’ancien a tort, le plus jeune préfèrera s’effacer que de contester ses compétences ou la pertinence de ses décisions. À l’origine, la société est matriarcale : c’est la femme qui prend les décision pour l’ensemble de son foyer. Les décisions se prennent toutefois de manière collective, mais la voix de la cheffe du foyer est prépondérante.

La famille forme une communauté solidaire ; on y appartient véritablement qu’une fois que l’on a atteint l’âge adulte. Autrefois, ce passage s’effectuait à l’occasion d’une cérémonie pendant laquelle le jeune initié se tatoue depuis le haut du bassin jusqu’au-dessus des genoux pour réparer les souffrances maïeutiques qu’il a imposées à sa mère. Ces traditions disparaissent aujourd’hui à mesure que de nouvelles voies sont construites entre les villages de la montagne et les villes de la vallée.

La société karen est strictement monogame. Les relations hors mariage sont sévèrement condamnées par la communauté ; et la sanction peut aller jusqu’à l’expulsion du village des fautifs concernés. Cet ostracisme est le plus souvent synonyme de mort : un individu seul a forcément été mis à l’écart d’une société et n’est jamais réintégré à aucun village. Il mourra rapidement dans le milieu hostile de la jungle, exposé aux dangers hostiles de la forêt.

La solitude n’est pas compréhensible : aller seul par les chemins de la jungle n’est pas envisageable pour des raisons de sécurité. L’attachement aux valeurs de la famille s’explique donc en partie par le mode de vie des communautés nomades : il préserve les individus par la solidarité existant au sein d’une entité communautaire.

Pour la jeune génération, qui se confronte à une société thaï en pleine mutation, la rencontre avec les modes de vie occidentaux, exaltés par les médias auxquels ils ont accès depuis peu, est souvent difficile. La plupart, parfois encouragés par leur famille pour des raisons financières, quittent le foyer familial et vont dans les villes thaïs expérimenter l’occident et gagner un argent plus facile, qu’ils transmettent à l’ensemble de leurs foyers. Ce mouvement est relativement récent, catalysé en outre par le manque d’opportunités professionnelles des montagnes.

Tiré de l’Etude culturelle du peuple Karen de Terres Karens (Tous droits réservés. Ne pas citer ou utiliser sans la permission écrite de l’association.)