Des nouvelles de Claire ! Mars 2012

Claire Scaramus, volontaire à Maewe

Voila quelques nouvelles toutes fraîches arrivant de Mae Woei ! Enfin, toutes fraîches … Il commence a faire bien chaud !

Ca y est : les villageois ont brûlé les terres pour faire la rizière. Ce jour-là personne ne tisse : les anciens disent que ça apporterait de mauvais presages pour la riziere.

Ce sont maintenant les grandes vacances, les enfants sont heureux et passent leur journée à se baigner dans la rivière, à pêcher, à s’amuser, ce qui n’empêche pas leurs mères de travailler. C’est aussi l’époque où les villageois refont leurs toits de feuilles avant l’arrivée de la saison des pluies, l’époque des réserves de bois et des mariages.

La cooperative fonctionne bien et les tisserandes ont du travail. Elles sont une quinzaine à Maewe à tisser toutes les semaines et demandent du fil avec impatience. L’autre jour, alors que je m’étais absentée pour aller refaire faire mon visa,  que je revenais d’une longue route, à peine un pied dans la maison et les villageoises m’ont alpaguées, réclamant du fil pour tisser. Elles ne me ménagent pas !

Claire et les tisserandes, dans le magasin coopératif de fil

Une trentaine de lés sont donc tissés par semaine, parfois plus, sans compter les autres vilages. Kitirot est vigilant sur la qualité des tissages. Nous avons essayé de trouver des moyens pédagogiques pour expliquer à celles qui ne connaissent pas les mesures, la largeur des frises… pour les tissus de Laure, qui est venue cette semaine.

L’autre jour, une femme me racontait que des villageoises de Mepohki (un village voisin, à deux heures de marche) ont voulu aller acheter leur fil à Mae Tan (la grande ville la plus proche, à 90 kilomètres). Elles ne l’ont pas trouvé de bonne qualite et, sont donc revenues a Mae Woei pour faire leurs achats en disant qu’elles préféraient le fil de la coopérative. La bonne blague !

A mon avis il va y avoir plus de femmes qui tisseront le mois prochain avec le retour au village, pour les vacances, des jeunes filles qui étudient à la ville.

L’atelier couture fonctionne bien ! Ca y est,la quatrième machine à coudre a été achetée, elles ont donc maintenant chacune leur outil de travail.

La quatrième machine à coudre, en route pour la montagne

Les couturières progressent chaque jour et restent motivées et investies. Elles ont fait une jolie production joyeuse et colorée que l on vous enverra pour la vente de Mai. Il a été décidé que les couturières pourraient continuer à tisser une fois qu’elles commenceront à toucher un revenu sur la vente des produits. Elles sont quatre, s’entendent bien, se complètent et s’entraident.

Porimoh en plein travail

Maintenant que l’atelier a commencé, d’autres voudraient venir apprendre mais nous manquons de place. L’une des couturieres a décidé de s’acheter une machine pour coudre chez elle, une autre le prévoit aussi.

J’ai prévu d’organiser des cours le samedi pour les villageoises de Mae Woei qui aimeraient venir apprendre en dilettantes, et coudre par exemple leurs jupes.

Bientôt Sonkran, la fête de l’eau, des jours fériés à respecter, qui vont me permettre de partir me promener.

Tout va bien, je suis toujours aussi heureuse !

En savoir plus sur le projet d’atelier de couture 

Plus de photos du mois de mars

Publicités

Petite présentation…

Faustine est une ancienne volontaire des Missions Etrangères de Paris.  Elle a passé un an dans un village proche de Maesot. A son retour en France, elle a choisi de se pencher un peu plus sur cette population à travers une licence en ethnologie.

J’aimerais vous parler du peuple Karen, d’un point de vue historique, géographique, puis sous un aspect plus socio-culturel. Je parlerai de leur mode de vie, leur système de parenté et de leurs religions.

J’espère que ces posts nous aideront à mieux comprendre cette population, son histoire, sa vision du monde et son évolution au fil du temps. J’aimerais d’ailleurs que d’autres volontaires, de retour ou encore sur le terrain, n’hésitent pas à me faire part de leurs observations qui viendraient contredire ou corroborer mes dires, car les Karen de Thaïlande, et de Birmanie ne sont pas un peuple uniforme, et mon passage dans ce pays ne m’a pas permis de tout voir. Je ne suis qu’un petit grain de riz dans la rizière, j’ai encore beaucoup à apprendre !
J’aimerai aussi aborder la question du vêtement, car c’est ce qui était au cœur de ma mission chez les Karens ( je m’occupais d’un atelier de couture et de tissage). J’aimerai vous présenter les vêtements Karen, autrement que sous le simple aspect esthétique que nous connaissont, mais aussi  comme une forme de représentation sociale et comme élément d’appartenance ethnique à part entière.

Je commencerais ici une brève présentation du peuple Karen, que je poursuivrai dans d’autre post.

D’après les sources que j’ai trouvées, les Karen représentent environ quatre à cinq millions de personnes : 90% vivent en Birmanie, et 10% en Thaïlande, certains depuis plus de trois cent ans. Mais on en trouve également, du fait des migrations aux États-unis, et dans plusieurs pays d’Europe.

Nous essayerons de répondre à la question « qui sont les Karen ? »… et nous nous appuierons pour cela sur différents auteurs.

Pour Lehman, être Karen revient à s’attacher à une catégorie ethno-linguistique particulière. Pour lui, l’identité ethnique a beaucoup à voir avec la capacité des peuples à s’adapter, en particulier à leur environnement socio-politique et à d’autres peuples. D’ailleurs, dans son article, il fonde toute sa théorie de l’appartenance des Kayah (sous-groupe karen) à l’ethnie Karen, sur l’usage de la langue. Les éléments de toilette, ont également été considérés comme des marqueurs d’identité culturelle, mais toujours de manière incomplète.

Dans Lewis (1984) les auteurs y comparent les différents peuples de cette région de l’Asie du Sud-est, mais ne traitent la question des Karen que du point de vue des Sgaw et des Pwo, ce qui, nous le verrons par la suite, est incomplet. Les petits sous groupes sont inexistants dans la littérature Karen, et ont peu fait l’objet d’études.

Pour ma part, il me semble plus instructif d’évoquer en premier lieu quelques points historiques, et politiques afin de mieux appréhender la spécificité du peuple Karen.

Les Karen sont l’une des principales minorités ethnique d’Asie du Sud-est. Ils vivent essentiellement en Birmanie. Marshall (1922) écrivait que ce groupe vivait « in the easternmost province of the British Indian Empire, in the Indo-Chinese peninsula, and in the adjoining country of Siam to the east. They are found between the tenth and twenty-first degrees of north latitude and between the ninety-fourth and one hundredth degrees of east longitude. » Aujourd’hui les karen vivent toujours en Birmanie, dans l’état karen et dans l’Etat Kayah, mais aussi le long de la frontière Birmano-Thaïe, en Thaïlande, dans les régions de Chiang-Rai, Mae Hong Son, Chiang-Mai, Lampang, Sukhotai, Nakon Sawan et Kanchananburi,. En Thaïlande les Karen représentaient 438 131 personnes en 2003, réparties en 1912 villages (PERVE, 2007). 

Comme j’ai cité plusieurs auteurs, je vous livre mes sources pour que vous aussi puissiez lire les auteurs dans le texte.

BIBLIOGRAPHIE:

  • LEHMAN, F. K., 1979, « Who Are the Karen, and If So, Why ? Karen Ethnohistory and a formal Theory of ethnicity », Ethnic Adaptation and Identity, the Karen on the Thai Frontier with Burma, C. F. Keyes (éd.), Philadelphia : Institute for the Study of Human Issues, pp. 215-253.
  • LEWIS, Paul et Elaine, 1984, Peuples du triangle d’or, Six tribus, Genève (Suisse), Olizane.
  • MARSHALL, H., 1922, The Karen people of Burma : a study in Anthropology and Ethnology, Ohio
    State University, Columbus.

L’exposition / vente du 10 mars : un succès !

Vous étiez plus de 300 à répondre à notre invitation dans les salons des Missions Etrangères de Paris, rue du Bac à Paris ce samedi 10 mars. Vous avez fait bon accueil aux aquarelles du carnet “Mae Woei Clo, un village karen”, et vous avez été très enthousiastes sur les produits de la collection de printemps Esprit Karen. Merci pour votre soutien et votre fidélité !

Le monde entier l’attendait avec impatience. Sur le web ou au coin du feu, de Bangkok à Paris en passant par Mae Woei Clo, les rumeurs les plus folles circulaient à son sujet :
« As-tu vu les nouvelles foutahs ? »

Et le succès a été au rendez-vous. Trois cent personnes sont venues au cours de la journée du samedi 10 mars dans les salons des Missions Etrangères de Paris (au 128 rue du Bac).

La salle était divisée en plusieurs espaces : les arts de la table, la salle de bain et le maquillage, la décoration de la maison, les accessoires vestimentaires et évidemment un espace de présentation de Terres Karens. La grande nouveauté se situait aux murs sur lesquels étaient exposées les aquarelles originales du carnet de voyage « Mae Woei Clo, un village karen ». Les cartes de vœux qui en reprennent les aplats ainsi que les carnets de voyage étaient aussi disponibles à la vente.

L’accueil réservé aux tableaux a été excellent, presque tous ont été vendus ainsi qu’un grand nombre des cartes et des carnets de voyage. La nouvelle collection Esprit Karen a aussi soulevé votre enthousiasme ; en particulier les sacs d’été (indispensables), les foutahs (un must-have), les sets de table (so chic) mais aussi les pochettes d’iPad nouvellement intégrées à notre collection ! Enfin, nos produits désormais traditionnels, avec de nouveaux coloris et motifs, ont complété ce tiercé gagnant : les trios suspendus, les range-jouets, les pochons et les panières.

En tout ce sont presque 500 articles qui ont été vendus. Les bénéfices réalisés vont nous permettre de continuer à porter nos projets : l’école de couture, la coopérative de tissu, la coopérative de riz et investir pour une nouvelle collection de commerce équitable Esprit Karen. La vente nous a aussi permis de développer notre réseau pour pouvoir organiser de nouvelles ventes privées ou participer à de nouvelles initiatives. Les bonnes idées et surtout les bonnes volontés sont toujours les bienvenues !

L’ensemble des villageois de Mae Woei Clo, de Poblaki et de leurs environs s’associent à nous pour vous remercier de votre soutien et votre fidélité !

Tableu do do (Merci beaucoup) !

En savoir plus sur les ventes Esprit Karen

Quand sont les prochains événements Terres Karens ? 

Organiser une vente Esprit Karen 

Découverte du village de Poblaki

Yann Denieul est volontaire pour les Missions Etrangères de Paris à Poblaki, un petit village  isolé à quelques dizaines de kilomètres de la ville de MaeTan, au Nord de MaeSot. Premières impressions en pays karen … 

Voila bientôt trois semaines que je suis arrivé en Thaïlande, comme volontaire pour les Missions Étrangères de Paris.

Si je devais résumer ce que je vis jusqu’à présent : c’est très fort, dans tous les sens du terme (et ce n’est pas seulement une basse allusion a la nourriture épicée !)

Il s’agit pour moi de donner des cours d’anglais dans le village de Poblaki. Ce village, mon village dorénavant, est d’un isolement qui confine au sublime. On m’en avait parlé, pourtant ! Mais comment mon pauvre esprit jamais sorti d’Europe pouvait-il imaginer un sentier infini serpentant à travers la jungle thaïlandaise ?

Pour accéder a Poblaki, prenez un pick-up, de préférence age, c’est plus rigolo. Casez-y 19 personnes (aujourd’hui je nous ai compté 24 personnes a l’arrière) et faites rouler ce « transport en commun » pendant 3h sur une piste défoncée s’enfonçant dans les montagnes. 


Plusieurs fois on se dit que le village doit être de l’autre cote du
col, mais c’est en fait 4 ou 5 vallées qu’il faut traverser. Quant aux paysages, c’est exactement le décor de rizières et de jungles luxuriante que l’on retrouve dans les films sur la guerre du Viet-Nam.

Concrètement nous vivons (très bien) sans électricité à part quelques panneaux solaires, internet n’en parlons pas, et le téléphone ne capte pas. Bref, la paix ! Concernant l’eau courante, je ne sais pas trop ; il y a bien un liquide plus ou moins transparent que je me force à ne pas regarder lorsque je le bois…

Concernant la nourriture, c’est riz, riz et riz. J’ai d’ailleurs appris récemment que le mot désignant les repas signifie en fait « manger du riz ». Mais je n’ai pas du tout à me plaindre, on me prépare spécialement des accompagnements non épicés (j’ai tenté de faire illusion au début, mais encore deux semaines de piment et c’était le rapatriement). C’est vrai que le menu du jour a souvent une tête de « riz au bambou aromatisé aux feuilles de bananes » mais je m’attendais à pire.


Je pourrais vous
fournir maints détails croustillants tranchant avec notre confort habituel (douches à la casserole d’eau froide !) Cependant cela ne reflèterai pas ce que je vis réellement ni ce pour quoi je suis venu.

Non, ce qu’il faut retenir c’est la bonté naturelle des gens qui m’accueillent, et c’est ce qui sauve tout. Ici je suis un enfant qu’il faut prendre par la main. Je ne sais pas où ni comment manger, que faire, où me doucher… et sans ces gens qui m’aident avec une bienveillance incroyable, je serais au fond du trou depuis longtemps. 

Une styliste dans la jungle !

Mercredi 14 mars, Laure s’envole pour Bangkok. Styliste de formation, elle part mettre ses compétences au service du projet Esprit Karen, pour valoriser les tissus karens et le transformer en produits et accessoires de mode qui soient beaux, utiles, et qui correspondent aux attentes d’un marché … à la pointe de la mode !

Sur le terrain, elle ira rencontrer l’association Esprit Karen, à Bangkok, qui est à l’origine du projet.

Elle ira rencontrer Thibault et Adélaïde, à MaeSot, qui ont déjà coordonné la réalisation de deux collections de produits pour la France.

Elle ira rencontrer les tisserandes de la coopérative de Mae Woei Clo dans la montagne, et concevoir des tissus qui valorisent leur savoir-faire traditionnel, ces motifs que seules deux ou trois femmes par famille savent tisser. Un trésor ethnique et textile, que Laure cherchera à traduire dans les canons de mode français.

Plus de nouvelles dans les prochains posts !